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Pourquoi tout coûte cher ?

2 octobre 2004, 20:00

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Les fins de mois sont en général heureuses. Pas celle-ci. L?avalanche d?augmentations des prix fait du budget un véritable exercice d?équilibriste. Les sous s?envoleront aussi vite qu?ils sont entrés. Frustrant. À peine digérée l?augmentation du prix de l?essence et du ticket d?autobus, il faut se préparer à en gérer les conséquences : l?augmentation, la troisième depuis le début de l?année, du prix des produits pétroliers.

Le coût de la vie augmente. L?indice officiel de l?inflation en minimise l?ampleur. Mais le consommateur, lui, le sent bien à la station-service, au supermarché ou à la pharmacie où les prix des médicaments ne réussissent qu?à le rendre plus malade. L?éducation des enfants prend des allures de sacrifice et l?idée de vacances en famille reste dans le domaine du rêve? Même les touristes visitant l?île s?en aperçoivent !

Faute de comprendre qui en est responsable, on tempête contre le gouvernement. Mais est-il entièrement fautif ? N?est-ce pas aussi un peu celle de la conjoncture internationale, puisque le pays importe pratiquement tout ce qu?elle consomme ? Ou du tempérament dépensier ? financièrement irresponsable, selon un banquier ? du consommateur ? Plus probablement, c?est une conjugaison de ces trois influences qui fait que ça fait si mal.

C?est d?abord la faute de la roupie, c?est-à-dire de l?État et de son administration. Le premier souci de tout gouvernement est d?assurer une bonne rentrée d?argent. Sinon, c?est la faillite. Pour cela, nos administrateurs soutiennent l?exportation et donc le secteur manufacturier et ses emplois. Et laissent la valeur de la roupie dégringoler. Une roupie d?aujourd?hui ne vaudrait pas plus de 50 sous, cinq ans plus tôt. L?exportation rapporte ainsi davantage en roupies et entretient une illusion de prospérité économique et donc sociale. Mais l?inverse est aussi vrai.

Les importations coûtent plus cher. Et le choix de nos partenaires commerciaux n?est pas pour faire baisser les prix. Maurice importe les produits alimentaires principalement de l?Australie, de la France et de l?Afrique du Sud, des pays qui ne sont pas les plus compétitifs. En outre, leurs monnaies sont en nette appréciation par rapport à la roupie.

Si le gouvernement cessait de contrôler les prix, il y aurait eu une véritable compétition et on aurait payé moins, entend-on. L?État a effectivement pris le pari de libéraliser le commerce. « Nous éliminons graduellement le contrôle des prix », confirme un haut responsable. Le conseil des ministres vient d?approuver la libéralisation de dix autres produits. Lait pour bébé, insecticide, fruits, biberons? La liste sera publiée sous peu. L?État fixe les prix de certaines denrées de base et la marge de profit d?autres produits.

Le libre commerce ne pouvant porter ses fruits ? prix et qualité compétitifs ? que s?il existe sur le marché une bonne dose de compétition, on ouvre donc les portes aux hypermarchés. « Les hypermarchés se livrent une compétition féroce et les petits commerces de quartiers luttent pour leur survie. Une telle situation ne peut que bénéficier au consommateur », relève notre interlocuteur.

Cependant, en dépit de ce discours progressiste, un certain conservatisme continue à caractériser l?administration du secteur commercial. L?importation de nombreux produits est délibérément restreinte dans le but avoué de protéger la production locale. Ce type d?intervention est surtout courant dans le secteur agro-alimentaire. Les barrières se présentent principalement sous forme d?exigences phytosanitaires.

L?exemple qui illustre le mieux cette situation est probablement celui du poisson. Récemment, des opérateurs hôteliers, notamment, ont appuyé l?importation du poisson bourgeois des Seychelles.

Le ministère de la Pêche s?y est opposé farouchement, sous prétexte que ce poisson était toxique. Or, les Seychellois en exportent sur le marché européen ! Le Premier ministre, Paul Bérenger, a dû intervenir pour mettre un terme à cette résistance « incohérente ».

Si nous importions librement du capitaine ou de la vieille rouge surgelés de l?Inde, le prix au détail sur le marché baisserait de près de la moitié, indique-t-on au ministère du Commerce. Le volume d?importation est contrôlé pour ne pas pénaliser les pêcheurs locaux. Si la pomme de terre était achetée en Inde, au Pakistan ou dans d?autres pays africains (le Kenya par exemple), elle coûterait un cinquième du prix actuel. Idem pour la viande et les fruits.

« Dire que ces pays n?observent pas les normes phytosanitaires internationales est une aberration. Si c?était le cas, la Grand-Bretagne ne mangerait pas la pomme indienne ! », relèvent certains commerçants. À l?ère de la vache folle, de la dioxine et de la salmonellose, il faut certainement se montrer intransigeant sur la qualité. Mais il ne faut pas pour autant profiter de cette psychose pour privilégier les lobbys.

La Chine bouleverse le commerce international

Est-ce à dire que le consommateur local subventionne l?exportation ? Oui. Est-ce que ses intérêts sont sacrifiés pour celui d?une poignée de producteurs ? Très souvent. Alors quelles sont les options ? On pourrait commencer par restituer l?intégrité du ministère du Commerce afin que puisse être dégagée et gérée de manière pointue, une politique commerciale cohérente et moderne pour le marché domestique. Actuellement, c?est le ministère des Finances et celui des Affaires étrangères qui décident de l?orientation générale. Le ministère du Commerce en est réduit à administrer les prix?

Le service phytosanitaire du ministère de l?Agriculture pourrait revoir sa façon de procéder. Interdire ou autoriser l?importation d?un produit est largement la décision d?une seule personne actuellement. Si on en confiait la responsabilité à un panel, peut-être pourrait-on s?attendre à plus de flexibilité ?

On n?aurait pas fini d?en dire sur l?efficience de l?administration publique, mais il reste encore les conditions externes qui influent sur le coût des produits. Le prix à l?importation tient compte de trois paramètres : coût, assurance et fret.

Les conditions climatiques et économiques prévalant dans le pays exportateur dictent le coût du produit. Le prix du riz, par exemple, souffre d?une baisse de production mondiale due aux intempéries associée à une augmentation de la consommation domestique chez les principaux exportateurs, comme la Chine et l?Inde. « Ce 5 octobre, nous ouvrons les soumissions pour le riz. Nous nous attendons à ce que le prix ait encore augmenté d?au moins 20 % comparé au précédent exercice », explique un responsable.

La hausse dans le coût du fret et de l?assurance cargo ne fait qu?aggraver la situation. Celle-ci se nourrit de l?insécurité et du réveil de l?Asie. L?augmentation des primes d?assurance touche surtout le transport du pétrole. Les assureurs réclament 10 dollars de plus par tonne pour compenser les risques liés à la guerre et au terrorisme.

Le réveil de l?Asie, celui de la Chine en particulier, bouleverse toutes les données sur l?échiquier commercial international. Ce pays monopolise une bonne partie des ressources internationales. Ce prix plus cher, comme pour le riz par exemple, c?est d?une manière détournée que le consommateur le paie. Il paie des impôts qui permettent à l?État de subventionner lourdement l?importation du riz dit de ration et de le vendre à un prix dérisoire.

L subvention sur le riz mobilise déjà Rs 100 millions, un budget qu?il a fallu récemment augmenter de 50 %. Le mois prochain, il faudra envisager une nouvelle hausse. C?est beaucoup d?efforts pour un produit dont la consommation ne cesse de chuter.

Les partisans d?une gestion plus saine de l?argent du contribuable s?insurgent. Ceux qui consomment encore le riz ration sont peu nombreux et facilement identifiables. Pourquoi ne pas pratiquer une aide plus ciblée à leur intention ? Et s?il faut subventionner, alors optons pour une gamme de riz plus grand public, de qualité supérieure.

La subvention ne peut trouver sa pertinence que si elle touche l?ensemble de la population. Suivant cette logique, le subside sur le prix de la farine est plus facilement accepté. Cette intervention coûtait Rs 300 millions aux contribuables. Cette année, il faudra payer Rs 150 millions de plus? Comme le fait remarquer Sadeck Ruhmaly, chef économiste et directeur régional des stratégies de la Barclays Plc, les Mauriciens ne rechigneraient pas à payer le pain ou le riz quelque sous plus cher s?il obtienaient une qualité supérieure. Mais on comprend que le clientélisme politique exige une intervention aveugle?

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