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Pourquoi le coeur du sportif lâche ?

6 septembre 2007, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Deux samedis noirs se sont succédé. Le 19 aôut, le pilote de rallye automobile, Gérard Ah-Mouck, 52 ans, décède suite à deux crises cardiaques alors qu?il disputait la deuxième spéciale chronométrée du Rallye Citroën, deuxième épreuve du championnat national. Une semaine plus tard à Curepipe, c?est la famille du kick-boxing mauricien qui allait être boulversée. Jean-Ali Emilien meurt à la Clinique Darné après s?être senti mal sur le ring dans son combat pour le titre de champion national chez les 63,5 kg. À seulemennt 22 ans, son coeur a lâché suite à une insuffisance cardiaque aïgue.

Depuis, les questions se multiplient sur les possibles origines de ces drames. Surtout que le 28 août dernier, un drame très médiatisé a secoué le milieu du football professionnel. Le joueur du FC Séville, Antonio Puerta, est décédé après avoir eu plusieurs arrêts cardiaques. Lui aussi était âgé de 22 ans. Le syndrome de la mort subite du sportif est dans beaucoup de conversations. Ce mal se définit par le décès inattendu d?une personne apparemment en bonne santé et survenant moins d?une heure après l?apparition des premiers symptômes. Ces symptômes peuvent se présenter sous forme de douleur dans la poitrine, d?essoufflement et de perte de connaisance qui précèdent une tachycardie, une accélération du rythme du cardiaque.

?Le facteur âge n?a malheureusement rien à y voir. Pour empêcher de tel drame, tout sportif doit prendre ses précautions en passant des examens pour voir s?il est à risque ou pas?, explique le Dr Cassam Hingun, cardiologue.

Bilan médical

Le praticien insiste sur le fait qu?il y a toujours une cause derrière un arrêt cardiaque. ?Pour une insuffisance cardiaque par exemple, il y a des maladies prédisposantes. Ça peut être un infarctus par exemple. Mais malheureusement la cause n?a pu être décelée chez la victime.?

Une personne ayant subi un infarctus peut ne pas en être au courant. ?Certains peuvent ne pas avoir de douleurs. Certaines peuvent avoir des infarctus silencieux et des thromboses cardiaques silencieuses. Et cela arrivent souvent chez les diabétiques ou d?autres qui prennent des anti-inflammatoires ou de la cortisone?, poursuit le cardiologue.

En ce qui concerne le sportif habitué à la douleur, son corps se conditionne jusqu?à en faire abstraction. ?Bien souvent, il y a une sécrétion d?endorphines chez les sportifs de haut niveau. Cette substance sécrétée par le cerveau donne une sensation de bien-être. Elle agit un peu comme de la morphine, on ne ressent pas la douleur?, dit-il.

Pour éviter tout drame, un suivi médical approfondi du sportif est fortement recommandé. Ces causes pour les sportifs de haut niveau peuvent être une tachycardie, une hypertrophie cardiomyopathie ou des problèmes valvulaires. Le cardiologue recommande un bilan médical constitué de cinq étapes. La première étape consiste à établir le profil du patient. ?Le praticien doit faire une liste des antécédents personnels et familiaux de la personne. Par la suite, nous passons à l?examen clinique. Le médecin vérifie le pouls, la fréquence et le rythme cardiaque ainsi que la tension entre autres?, explique-t-il.

Une troisième phase est également recommandée dont l?électrocardiogramme de repos. ?L?examen donne une indication mais il y a 80 % de chance de se tromper sur un électrocardiogramme de repos. Il y a seulement 20 % de chance de détectecter une maladie ou une infection cardiaque?, dit-il. L?épreuve d?efforts est beaucoup plus révélatrice. ?Le patient est sur le tapis roulant. On accélère son coeur à un certain rythme dépendant de son âge. Pour quelqu?un qui a 20 ans, on pousse son coeur jusqu?à 200 battements par minutes. À l?accélération, on a beaucoup plus de renseignements physiologique?, explique-t-il.

Épaississement du coeur

Une échographie du coeur du sportif est également recommandée. Afin de prévenir une hypertrophie cardiomyopathique. ?C?est l?épaississement du coeur. L?hypertrophie peut être fatale. Et c?est très dangereux chez le grand sportif. La taille du muscle cardiaque chez une personne normale est de 11 mm. Quand on fait beaucoup d?efforts, la taille du muscle tend à s?épaissir pouvant aller de 13 à 15 mm. Au-delà, ça peut être générateur de problèmes. Comme le muscle est plus épais, cela demande plus d?oxygène. Et comme les artères coronaires n?arrivent pas à se dilater, elles n?arrivent pas à donner un apport suffisant de sang. Par conséquent le muscle cardiaque n?a pas suffisamment d?oxygène et de nutrient pour s?alimenter?, explique le cardiologue.

L?épaississement du muscle cardiaque peut également entraîner une tachycardie. ?Souvent, c?est une cause de fatalité chez les grands sportifs. Normalement, le coeur bat 60 à 90 fois par minute. Quand quelqu?un fait du sport, cela peut monter jusqu?à 120 à 150 fois par minute. Mais quand le coeur se met à battre subitement à 150 ou 200 fois par minute, certaines tachycardies dont la tachycardie ventriculaire ou fibrillation ventriculaire peuvent être fatales?, poursuit le Dr Cassam Hingun. Le seul moyen de sauver la victime, c?est un choc électrique ou un massage cardiaque. Le médecin souligne l?importance d?un défibrillateur et d?une équipe médicale sur un site de compétition.

Le cardiologue critique le manque de sensibilisation des Mauriciens aux problèmes cardiaques. ?C?est ainsi pour les sportifs de haut niveau, celui du dimanche et de tout citoyen?, explique-t-il. Le dopage a également des répercussions sur le coeur d?un sportif. ?Le dopage excite le coeur et pousse le sportif au-delà de ses limites?, avertit-il.

Un check-up médical de chaque sportif avant chaque compétition donne une indication de la forme physique mais ne règle pas le fond du problème. ?Il faut trouver des solutions à long terme. Le dépistage est primordial?, lance-t-il. C?est pour cette raison que le cardiologue insiste sur le fait que les fédérations sportives devraient obliger leurs licenciés à faire un bilan médical complet au moins une fois l?an. Un gros travail de sensibilisation doit être fait.

Une question de vie ou de mort?

SUR LE PLAN INTERNATIONAL

Trois morts en une semaine

Les morts subites des sportifs s?enchaînent. La dernière victime : un volleyeur, Cédric Schlinger, un réceptionneur-attaquant français. Âgé de 26 ans, le joueur de l?équipe du Chaumont Volley-Ball-52 est décédé la semaine dernière d?un arrêt cardio-respiratoire lors de l?entraînement. Un footballeur Zambien, Chaswa Nsofa, a également connu le même sort, un jour plus tôt.

Ce drame fait suite au décès très médiatisé d?Antonio Puerta. Victime de plusieurs arrêts cardiaques, le latéral gauche polyvalent du FC Séville est décédé, le mardi 28 août dernier. Comme lui, d?autres footballeurs ont subitement trouvé la mort en plein effort. En 2003, le décès en direct du footballeur professionnel Marc-Vivien Foé en plein match avait marqué les esprits.

D?autres sportifs comme le rugbyman iralndais John McCall (19 ans), le footballeur hongrois (Miklos Feher (24 ans) et le cycliste français Fabrice Salanson (23 ans), entre autres, ont été victimes de ce même syndrome.

DATE

Le 10 décembre 2004, le Comité international olympique (CIO) adopte les Recommandations de Lausanne, un document de consensus sur la prévention de la mort subite à l?issue d?une réunion sur la mort subite cardiovasculaire en sport, organisée les 9 et 10 décembre 2004. La réunion du groupe de travail ad hoc sur la mort subite cardiovasculaire en sport tenue au siège du CIO à Lausanne sous l?égide de la commission médicale du CIO était placée sous la coordination du professeur Erik J. Meijboom du Centre hospitalier universitaire vaudois de Lausanne.

CHIFFRE

Chaque année, la mort subite frappe deux athlètes de 12 à 35 ans sur 100 000. Selon les chiffres du Comité international olympique, dans plus de 90 % des cas, elle est essentiellement liée à une anomalie cardiaque préexistante.

LES REGLES D?OR

  • Pas de compétition ou d?effort intense en cas d?infection, de fièvre ou de fatigue anormale.

  • Prendre des précautions en cas d?atmosphère trop chaude ou trop froide ou trop humide.

  • Être prudent lors des efforts en altitude.

  • Le début et la fin de l?effort doivent toujours être progressifs.

  • Un effort mal toléré doit être interrompu.

  • Pas d?effort immédiatement après un repas.

  • Ravitaillement correct lors d?efforts prolongés.

  • Pas de bain ni de douche trop chaud après l?effort.

  • Ne fumez pas surtout après l?effort.

  • Signaler à son médecin les symptômes dépendant des efforts : douleurs thoraciques, malaise, gêne respiratoire après l?effort.

  • Ne pas prendre de substances qui risqueraient de vous entraîner au-delà de ce que l?organisme peut supporter.

GLOSSAIRE

Tachycardie : un trouble du rythme cardiaque.

Défribrillateur : une paire d?électrodes utilisée pour administrer un choc électrique en cas d?arrêt cardiaque.

Fibrillation ventriculaire : trouble du rythme cardiaque correspondant à la contraction rapide, désorganisée et inefficace des ventricules, c?est-à-dire des cavités du coeur qui pompent le sang.

Cyclergomètre : appareil utilisé pour des électrocardiogrammes d?efforts.

L?électrocardiographie (ECG) : la représentation graphique du potentiel électrique qui commande l?activité musculaire du c?ur. Ce potentiel est recueilli par des électrodes à la surface de la peau.

L?électrocardiogramme est le tracé papier de l?activité électrique dans le c?ur. L?électrocardiographe est l?appareil permettant de faire un électrocardiogramme. L?électrocardioscope, ou scope, est un appareil affichant le tracé sur un écran. L?électrocardiogramme est un examen rapide (moins de cinq minutes), indolore et dénué de tout danger. Il peut être fait en cabinet de médecin, à l?hôpital, voire à domicile. Son interprétation reste cependant complexe et requiert une certaine habitude du clinicien. Il permet de poser des diagnostics précis (troubles du rythme, infarctus, péricardite, etc.)

L?électrocardiogramme d?effort se fonde sur le même principe, mais il est demandé au malade de pédaler sur un vélo à une vitesse constante pendant l?enregistrement, alors que l?on oppose une résistance de plus en plus forte au pédalage. Le malade doit ainsi arriver, par paliers successifs, à une fréquence cardiaque déterminée en fonction de son âge.

Cet examen est utile pour déceler des anomalies qui ne peuvent apparaître qu?à l?effort. Durant l?épreuve, on contrôle l?enregistrement électrocardiographique et la pression artérielle. Il faut de surcroît signaler au médecin toute douleur ou autre trouble susceptible de nécessiter l?arrêt de l?épreuve.

Spiromètre : Un instrument servant à faire une spirométrie qui est la mesure des volumes d?air inspirés et expirés par un patient ainsi que les débits s?y attachant. Le spiromètre aide à détecter si une personne est asthmatique.

COUPE DU MONDE DE RUGBY

Quatre défibrillateurs dans chacun des stades

Pour parer au risque de mort subite d?origine cardiaque, il y aura quatre défibrillateurs sur chacun des stades qui accueilleront les matches de la Coupe du monde de Rugby, a indiqué mercredi la Mutualité française. Les deux réanimateurs présents sur le terrain seront chacun équipés d?un défibrillateur. Il y aura également un troisième défibrillateur à l?infirmerie et le dernier se trouvera dans l?ambulance prévue pour un transfert vers un établissement hospitalier, indique la Mutualité française dans un communiqué. Un défibrillateur est un appareil qui délivre des chocs électriques pour que le coeur reprenne son activité normale. L?emballement anarchique des battements du coeur en cas de fibrillation ventriculaire ne lui permet plus de se remplir correctement et de faire circuler le sang dans l?organisme.

LE TRIATHLETE MICHOU BHAGEEA

?Chaque être a ses limites??

Insouciant et inconscient, le sportif se plaît à aller au-delà de ses limites. Il vous dira même que c?est ça son objectif : toujours se surpasser afin de se faire plaisir et épater la galerie. Passionné, il n?hésite pas à s?investir à ses risques et périls.

Septuple champion de triathlon, Michou Bhageea connaît bien cette sensation.

En juin 2005, le septuple champion de Maurice en a même eu des sueurs froides. Victime d?une hypoglycémie, il a dû être admis à l?hôpital et observer deux mois de repos. Peut-être un peu trop ambitieux, Michou Bhageea se laisse dominer par sa passion. ?Trop investi dans l?entraînement, je ne m?alimentais pas correctement. Ce n?était pas professionnel de ma part et surtout très irresponsable?, confie Michou Bhageea.

Aujourd?hui âgé de 33 ans, Michou Bhageea avoue qu?en une dizaine d?années de pratique, c?est après cet incident qu?il a fait son premier bilan complet. ?Je crois qu?avant qu?on ne subisse un choc, on se croit immortel. Les jeunes surtout se croient à l?abri des problèmes de santé. Ils croient que leurs coeurs peuvent résister à tout. Mais le coeur de n?importe qui peut lâcher?, commente-t-il.

La procédure pour obtenir un certificat médical avec la note ?fit for competition? est, selon lui, tellement simple que le sportif se cantonne à ça. ?Il est le premier à ne pas vouloir aller plus loin?, dit-il.

Michou Bhageea est également heureux d?apprendre que le centre médico-sportif de Vacoas est équipé d?un cyclergomètre, d?un spiromètre et d?un podoscope. ?Il y a huit ou dix ans, le centre n?avait pas tout ça. C?est bien pour les jeunes qui montent car dans le privé, cela coûte cher?, dit-il.

En effet, un bilan complet peut avoisiner les Rs 2 000. En tant que sportif de haut niveau, Michou Bhageea assure que les pratiquants ne sont pas au courant des risques qu?ils prennent. ?Le sport nous protège, certes, mais il peut devenir dangereux si on s?y prend mal. C?est important d?être bien entouré et d?écouter les spécialistes?, conclut-il. Et de connaître ses limites.

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