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Pourquoi la tempête boursière affecte toutes les économies du monde
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Pourquoi la tempête boursière affecte toutes les économies du monde
Désormais la crise financière qui sévit depuis l?été 2007 prend des allures de krach boursier. Il faut remonter au 11 septembre 2001 pour trouver une correction d?une telle ampleur. Les marchés financiers ne semblent plus avoir de doutes sur la réalité d'une récession aux Etats-Unis.
Cette crainte et celle de ses conséquences sur les économies asiatiques et européennes ont provoqué lundi 21 et mardi 22 janvier en début de journée de véritables mouvements de panique sur les places boursières. A Paris, après avoir plongé de 6,83 % lundi, le CAC 40 abandonnait encore, mardi, 2,7 % en début de séance. Les principales Bourses européennes, Londres, Francfort et Madrid, qui avaient perdu lundi entre 5,5 % et 7,5 %, cédaient encore, mardi, de 2 % à 5 %.
L?Asie a donné le ton. Le marché de Tokyo, deuxième place financière mondiale, a terminé en recul de 5,7 % avant-hier, à son plus bas niveau depuis septembre 2005. Avant-hier toujours, la séance a même été suspendue un temps pour éviter des chutes excessives sur les places de Hongkong, Bombay et Séoul. Au final, ces marchés ont enregistré de lourdes pertes, de respectivement 7 %, 8,4 % et 4,4 %.
Illustration de la peur irraisonnée qui s?est emparée un peu partout dans le monde des investisseurs, les valeurs refuges comme les bons du Trésor américains ou le franc suisse s'appréciaient nettement.
Si la Bourse de New York était fermée lundi, en raison de la journée fériée en hommage à Martin Luther King, les courtiers se préparaient à une séance très difficile à Wall Street avant-hier, espérant secrètement que la place américaine tiendrait.
La spirale baissière tant redoutée semble en tout cas cette fois enclenchée. Les analystes du Crédit suisse mentionnent l?entrée dans une «zone de panique». Pour qu?un krach boursier se déclenche, «il suffit d? «un grain de sable», affirme Paul Jorion, économiste en Californie.
Pour les investisseurs, ce grain de sable est advenu avec l?annonce de nouveaux déboires dans le secteur financier. Après des pertes de plusieurs dizaines de milliards de dollars enregistrées par les banques américaines, du fait de leurs investissements hasardeux dans les crédits immobiliers à risques (les désormais fameux subprimes), le marché redoute que la contagion s'étende de façon sévère aux banques européennes et asiatiques.
Au-delà de la sphère financière, la crainte tient surtout à la contagion de la crise à l?ensemble de l?économie mondiale. «La situation continue à se détériorer. Nous avions toujours exclu au cours des derniers mois une récession américaine, mais nous ne pouvons plus totalement l?exclure aujourd'hui», a déclaré à Bruxelles le président de l?Eurogroupe, Jean-Claude Juncker. Quelques jours plus tôt, Alan Greenspan, l?ancien président de la Réserve fédérale américaine (FED) avait déjà estimé que «les symptômes de la récession» étaient déjà présents aux Etats-Unis.
Pour les investisseurs, les déboires de l?économie américaine, première puissance mondiale, n?épargneront pas l?Asie et l?Europe. Juncker a indiqué lundi que la croissance de la zone euro en 2008 serait «inférieure à son potentiel», évalué autour de 2 %. Jusqu?ici, la Commission européenne tablait sur 2,2 %.
Mouvement «sain et salubre»
A l?occasion de son colloque annuel sur les risques pays, la Compagnie française d?assurance pour le commerce extérieur (COFACE) prédit elle aussi un ralentissement de la croissance mondiale. «La crise sera moins forte en 2008 qu?en 2001», tempère l?organisation. Elle redoute toutefois «la contagion du ralentissement américain au Royaume-Uni, à l?Espagne et à l?Irlande». La COFACE lance l?alerte aussi sur «les pays émergents, dont les bonnes performances ne doivent pas faire oublier les dangers des bulles et les faibleses de l?environnement des marchés».
Pour l?heure, les marchés ne voient aucune issue rapide à la crise. Aux Etats-Unis, le plan de relance de plus de 140 milliards de dollars présenté vendredi 18 janvier par le président George Bush, n?a guère convaincu. Pour les analystes, il ne touche pas le c?ur du problème : les difficultés de l?immobilier et des banques. Une intervention attendue de la Réserve fédérale américaine, qui, en baissant significativement ses taux d?intérêts, veut relancer l?économie, semble aussi a priori insuffisante. «Croire que la FED peut à elle seule résoudre les problèmes est un mythe», affirme un analyste à Londres.
En Europe, le commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, Joaquin Almunia, a rejeté lundi soir l?idée d?un plan de soutien à la conjoncture comparable à celui des Etats-Unis, en mettant en avant une situation économique beaucoup moins préoccupante. «Ces mesures ne sont pas nécessaires en Europe», a-t-il assuré.
La ministre française de l?Économie, Christine Lagarde, s?est aussi voulue rassurante, estimant que ce qu?elle qualifie de «purge», «en particulier dans le domaine financier américain» était un mouvement «sain et salubre». Les «fondamentaux» de l?économie européenne sont «différents», a-t-elle ajouté. «Il faut éviter les mots-spectres, les mots-angoisse comme krach», a-t-elle recommandé, préférant parler d?une «correction brutale» des marchés.
Lagarde a toutefois implicitement appelé la Banque centrale européenne (BCE) à intervenir en ne relevant pas ses taux d?intérêt, voire en les baissant, «si la croissance devait faiblir significativement en zone euro». Au cas où.
<B> LES «SUBPRIMES» FONT CHAVIRER LES MODELES</B>
Dans l?histoire économique et monétaire, il y aura un avant et un après subprimes. La crise des crédits immobiliers accordés aux Etats-Unis à des ménages modestes et peu solvables ne met pas seulement par terre les indices boursiers et les bilans des banques. Elle fait aussi chavirer les doctrines et les théories les mieux établies, elle remet en cause les modèles de croissance à la mode, elle détruit les idoles. L?ancien président de la Réserve fédérale américaine, Alan Greenspan, en était une. Les marchés financiers le vénéraient, les économistes le révéraient : les premiers parce qu?il leur avait fait gagner beaucoup d'argent, les seconds parce qu'ils lui attribuaient volontiers la paternité du miracle de croissance observé au cours des dernières années aux Etats-Unis. La catastrophe des subprimes lui a fait perdre beaucoup de son aura.
Greenspan apparaît plutôt aujourd?hui comme celui dont la politique monétaire laxiste ? c?est-à-dire le maintien de taux d?intérêt trop bas ? a favorisé la formation sur le marché du crédit de la gigantesque bulle spéculative qui vient d?éclater, en provoquant d?immenses dégâts. Dégâts économiques, mais aussi blessures pour l?amour-propre national. Des établissements comme Citigroup ou Merrill Lynch, qui étaient l?orgueil de Wall Street, ont été contraints d?aller quémander des fonds auprès de fonds asiatiques ou moyen-orientaux pour ne pas sombrer. Au risque de perdre leur indépendance et de passer sous pavillon koweïtien ou singapourien. Le procès de l?ère Greenspan ne fait sans doute que s?ouvrir.
Celui de son successeur à la tête de la FED, Ben Bernanke, a déjà commencé. On l?accuse d?avoir pris conscience trop tardivement de la gravité de la situation, d?avoir trop tergiversé avant de passer à l?action, laissant le mal s?étendre au point de devenir quasi incurable. Bernanke, qui était présenté, lorsqu?il est entré en fonction, comme l?un des meilleurs penseurs des problèmes monétaires, apparaît aujourd?hui comme naviguant à vue, de façon très approximative. Quant aux belles théories qu?il était censé mettre en oeuvre, elles ont été remisées. La philosophie monétaire de la FED se résume de fait à parer au plus pressé, à gérer dans l?urgence, en abaissant très fortement ses taux, les ravages provoqués par le passage du cyclone des subprimes. Et peu importe l?inflation, qu?elle est pourtant censée combattre. Celle-ci a fait un bond spectaculaire, s?établissant à 4,1 %, en glissement annuel, au mois de décembre 2007, soit son niveau le plus élevé depuis 1990. Mais, pour la Réserve fédérale, le danger inflationniste n?est rien comparé au péril d?une grave récession. Elle reste traumatisée par la Grande Dépression des années 1930.
S?il ignore l?inflation, Bernanke se mêle en revanche volontiers de politique budgétaire. Il a apporté un soutien sans ambiguïté au plan de relance ?- très keynésien ? présenté par George W. Bush. A quelques mois de l?élection présidentielle, l?appui de ce républicain de coeur porte gravement atteinte à l?indépendance de la Réserve fédérale. La Banque centrale européenne (BCE) ne fait pas preuve de davantage de cohérence idéologique. Si son président, Jean-Claude Trichet, continue à «aboyer» contre l?inflation, plus personne ne songe sérieusement qu?il puisse... «mordre», c?est-à-dire relever ses taux directeurs, comme il avait pourtant promis de le faire avant la crise des subprimes. Mais combien de temps encore la crédibilité de la BCE, incapable de choisir entre soutien à la croissance et lutte contre l'inflation, pourra-t-elle survivre à ce décalage croissant entre ses actes et ses propos ? Son blocage idéologique risque de la démonétiser aussi sûrement que la FED ses palinodies. Les banques centrales ne sont pas les seules victimes collatérales de la crise des subprimes. Les pays qui apparaissaient depuis plusieurs années comme des modèles de réussite économique le sont aussi. Au premier rang, on trouvait les Etats-Unis et le Royaume-Uni, caractérisés par une croissance forte, une demande intérieure dynamique, un chômage bas, des budgets équilibrés. Les premiers sont au bord de la récession. Le deuxième vient de connaître, avec la déroute de la banque Northern Rock, une panique des épargnants comme il n'en avait plus connue depuis les années 1930. Et les malheurs à venir de la City,où des milliers de suppressions d'emplois sont attendues, pourraient grever lourdement les performances économiques du pays.
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