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Pour une école juste

11 janvier 2006, 20:00

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Pédagogues de tous bords et sceptiques de tous poils l?attendent de pied ferme. C?est aujourd?hui que le ministre de l?Education présente la formule d?admission aux collèges dits nationaux. Il a intérêt à être préparé : la précipitation dans laquelle une décision aussi complexe a été annoncée et le silence du gouvernement, qui a laissé sans broncher s?affoler une opinion habitée par le spectre du ?ranking?, ne l?avantagent pas.

A priori, il n?y a pas de mal à réserver certaines écoles pour les plus doués académiquement. L?Allemagne le fait : l?orientation s?effectue, à dix ans, vers trois types d?écoles qui absorbent chacune 30 % des élèves: les doués académiquement préparent déjà l?université, d?autres iront vers des études supérieures techniques, et au troisième groupe est destinée une formation ?vocational?. Et pour tenter de défendre Gokhool qui ne se défend pas, on peut avancer que la pression n?est pas la même aujourd?hui qu?elle l?était il y a cinq ans, le nombre de collèges ayant doublé.

Mais quelle que soit la réforme, il faut être assez convaincu de son utilité pédagogique et sociale pour pouvoir la défendre et y mettre le prix, avoir le courage des ajustements auxquels elle obligera afin que l?école reste démocratique. Nous ne connaissons ni la conviction ni le courage de Gokhool et très peu ses principes. Ceux que nous voulons voir adopter ont orienté la réforme de l?ancien régime : une école qui soit juste et qui ne se trompe pas de finalité. Nous n?attendons pas moins du ministre.

Se tromper de finalité, c?est précisément ce qu?il était advenu de notre école primaire. Elle n?avait plus qu?un but : préparer à l?entrée au collège, passer un examen. Le taux d?échec à 40 % a été le déclic : adopter l?examen comme finalité aboutit à créer des crétins ou des délinquants en puissance. Nous avons compris qu?il fallait soigner l?acquisition de connaissances de base, la formation de la personnalité, se réconcilier avec le b.a-ba de l?école. Personne n?espère y voir réhabiliter les conditions d?une nouvelle dérive.

La justice scolaire peut sembler une question d?appréciation. Est-elle ?juste? cette école allemande qui disqualifie de manière précoce l?élève pour une carrière dite noble ? En réalité, une école est juste quand elle répare les conséquences que peuvent avoir sur les chances de succès, les inégalités de fortune et de naissance. Elle est juste quand elle reconnaît les élèves derrière leurs apprentissages et leurs performances et aide chacun à produire son identité individuelle. L?école ?vocationnelle? allemande donne toutes les chances à des enfants faibles d?optimiser leurs ressources et de choisir une profession.

L?école risque de ne plus être juste quand elle ne soigne que l?élite au détriment des plus vulnérables. Une compétition renforcée au CPE rehaussera les exigences, remettra dans les classes la pression et ceux qui ne seront pas assez bons pour le collège d?élite traîneront derrière. Si nous choisissons de rester dans le même système d?école unique, où tous les enfants sont soumis à la même épreuve, l?école, pour rester ?juste?, doit créer pour tous les mêmes chances, des moyens artificiels, tel le soutien scolaire ou les meilleures conditions d?école pour les plus défavorisés.

En somme, une attitude vraiment responsable serait d?interdire les leçons particulières, qui imposent une violence psychologique et creusent le gouffre entre les enfants, et de les remplacer par un soutien scolaire élargi à destination des élèves en difficulté, ainsi qu?une amélioration de l?enseignement. Ce serait là éliminer le mal et donner à tous les mêmes chances de concourir dans la même course. Mais il ne faut pas rêver?

Si nous n?avons pas les moyens de réparer les dégâts qu?une différentiation des collèges entraînerait, il ne faut pas que l?on s?y engage. Si l?on n?a pas les moyens d?évaluer correctement ce qu?on en gagnera, il vaudrait mieux qu?on s?en garde. Et puis, l?école finlandaise qui, au contraire de la sélection précoce prônée par les Allemands, a adopté l?école unique sans distinction entre élèves jusqu?à 16 ans, est la meilleure au classement. Selon l?OCDE, c?est le jeune Finlandais de 15 ans qui a la meilleure performance sur un plan mondial. Les chercheurs qui ont comparé les systèmes ne sont pas très élogieux à l?égard de la sélection précoce. Gokhool devrait le savoir.

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