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Pour quelques minutes de plus
<B>Par Nazim ESOOF</B>
Un éléphant, ça trompe énormément. Jusqu?à ce que son écho lui revienne et qu?il se rende compte qu?il fait beaucoup de bruit et, cela, sans produire les effets escomptés. Le ministre de l?Education a pris une décision. Sans doute après mûre réflexion. L?éducation nationale prévoyait donc de retenir ses enseignants jusqu?à 15 heures. Une demi-heure de plus que d?habitude à la rentrée du troisième trimestre. Sauf qu?elle n?avait pas prévu la réaction que cela allait provoquer chez ces enseignants.
Pour une partie de l?opinion, c?est une initiative justifiée. Notamment tous ceux qui cultivent les stéréotypes sur ces «profs paresseux qui bénéficient de cinq-six mois de congés dans l?année, qui se font du fric avec les leçons particulières ou encore qui ont continuellement des plans chez un pote qui pourrait se prénommer Jean-Yves ou Dharam.» Bref, on connaît le topo. Les enseignants ont eu droit à des privilèges et il est temps de les ramener à la réalité du monde du travail !
Il y a l?autre argumentation qui participe de la rituelle logique syndicale. Demander à des fonctionnaires de demeurer trente minutes de plus au collège au lieu de rentrer chez eux, c?est une décision arbitraire qui remet en question les conditions de travail établies. Les partisans du statu quo rejettent tout changement. C?est au moins une chose qui ne changera pas. Les droits acquis sont, dans cette logique, immuables.
La triplette théorique ne serait pas complète si on ne tenait pas compte des enseignants eux-mêmes qui, pour la plupart, se demandent encore ce qu?ils pourraient bien faire durant cette demi-heure qu?on voulait leur imposer. C?est d?ailleurs la question principale à laquelle personne ne semble avoir de réponse.
En effet, que faire durant ce temps additionnel passé dans l?enceinte des écoles? L?intention première est bonne. Le «Pay Research Bureau» recommande que les enseignants passent trente minutes de plus au collège. Il est ensuite question que ce temps soit consacré à des séances de rattrapage aux élèves qui ont des problèmes. Mais les intentions ne suffisent pas pour faire une meilleure école. Surtout si le procédé mis en place porte la griffe Gokhool.
Un débutant aurait su qu?une telle décision allait susciter les plus vives réactions. C?est la raison pour laquelle toute réforme s?accompagne de consultations. Même si ce n?est que pour créer l?impression de donner de la valeur à la parole de son interlocuteur, les bons réformistes ne font jamais l?économie d?une bonne écoute. C?est ainsi qu?on parvient à un consensus. Quitte à ce que ce ne soit que de façade !
Dans le cas qui nous concerne, la man?uvre est grossière. Le troc s?apparente à une rémunération accrue pour une présence additionnelle à l?école! Ce n?était certainement pas la meilleure des façons de procéder. Il aurait fallu définir un projet dans lequel tout le monde se serait retrouvé. Or, à ce jour, c?est un flou total.
Le ministère de l?Education a fait un pas en avant. Il a dû mettre de l?eau dans son vin. Il a fini, même s?il n?a pas capitulé entièrement, par revenir à une solution intermédiaire. La leçon est évidente. On a passé du temps à cautériser un mal qui aurait pu être facilement évité. C?est symptomatique d?un système qui avance à tâtons.
On n?est définitivement pas là dans un projet mûrement réfléchi, qui répond à des impératifs définis et à des exigences de fond. Mais cela n?étonnera personne. Depuis quelque temps, hormis le slogan creux «d?éducation de niveau international», il ne se passe pas grand-chose dans le monde scolaire. Certes les plans se succèdent. Les théories abondent. Les prises de position officielles se font de plus en plus pontificales. Mais dans les faits, le hiatus demeure. L?école mauricienne souffre de ses classiques carences.
Entre le piège de l?élitisme et le bachotage, il reste peu d?espace à la créativité et à l?inventivité. Et encore moins à une réelle prise en charge des possibilités, des limites et du potentiel des enfants.
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