Publicité
Pour en finir avec l?enfance maltraitée
par Vèle PUTCHAY
L?exposition ?16 Jours 16 Droits?, organisée par le National Children?s Council et l??Ombudsperson? pour les enfants, se tient actuellement à l?Alliance française de Bell-Village et au Centre culturel Charles Baudelaire à Rose-Hill (voir article plus loin). Elle nous informe combien il est grand temps de réfléchir à la nécessité d?un travail pour la prévention de la maltraitance et des agressions sous toutes ses formes à l?égard de l?enfant.
Notre société mauricienne actuelle néglige trop souvent le développement psychoaffectif de l?enfant. On oublie que s?il est engendré par un père et une mère, l?enfant reste toutefois une troisième personne, un être à part entière. Son corps est d?abord sa propriété. Cette ignorance de notre part entraîne souvent une certaine liberté dans les actes de violence qui prennent à témoin l?enfant ou qui font de lui une victime. Et c?est la violence ? et ça, on ne peut plus l?ignorer ? qui est toujours à l?origine des troubles du comportement chez lui, voire de l?échec scolaire. La prévention est donc la meilleure forme de lutte contre la violence.
Et l?école est certainement le lieu par excellence de la mise en place de tout programme pour les actions de prévention. L?enfant y passe une bonne partie de son existence et y apprend à faire son intégration sociale. Il est temps que l?autorité concernée interroge le cadre de vie que constitue l?école pour l?enfant et voit dans la scolarité commune une homogénéisation du groupe qui forme un des facteurs-clés pour réussir la lutte contre la maltraitance.
Cette lutte doit donc et a fortiori commencer au sein même de la relation enseignant-élève. Car l?école doit se donner pour devoir de défendre l?enfant non seulement contre la menace qui vient de l?extérieur, mais aussi contre le mal engendré par elle-même. Cela suppose la présence d?un tiers extérieur au système pédagogique qui veillera à son droit à l?expression, plus particulièrement de la maltraitance qu?il subit en silence.
Par ailleurs, il y a différents partenaires sociaux qui travaillent en parallèle avec l?école. Ce sont des éducateurs spécialisés, des médecins scolaires, des psychologues scolaires, des professionnels qui ont toujours su descendre sur le terrain pour constater l?ampleur de la déstabilisation du climat par la violence. Il est donc nécessaire d?avoir leur apport pour créer une plate-forme en vue d?élaborer des stratégies pour informer, prévenir, signaler et dépister. Bref, énormément de travaux et de réflexions en groupe peuvent être conduits dans un projet de prévention à caractère éducatif susceptible parallèlement de conduire chacun de nos enfants vers la conscience d?une citoyenneté exemplaire.
Pourquoi ne pas offrir aux enseignants, dans le cadre d?une formation continue, la possibilité de rencontres organisées avec ces professionnels qui travaillent sur la prévention ? Pourquoi ne pas introduire, dans les programmes scolaires ainsi que dans les librairies des écoles, plus de littératures enfantines qui parlent de la citoyenneté et de la maltraitance ? Pourquoi ne pas enseigner aux enfants les man?uvres déployées par les agresseurs, les pédophiles et autres, et leur apprendre à reconnaître les dangers et ainsi les éviter ?
Et enfin, pourquoi ne pas donner aux enfants un enseignement qui leur fait tout simplement prendre conscience de leurs droits ?
Mais en attendant, notre premier devoir à nous, les adultes, doit être celui de développer notre capacité d?écoute devant les recommandations de ces petits êtres qui savent, contrairement à ce qu?on a tendance à croire, si bien s?exprimer. C?est en les écoutant que nous pouvons découvrir et mieux comprendre notre propre nature.
C?est alors seulement que nous pouvons prendre conscience de la gravité de notre propre cas. Car la maltraitance ne s?improvise pas : elle est souvent le résultat d?un manquement affectif survenu durant l?enfance. C?est dans leur enfance maltraitée que certains parents qui maltraitent leurs enfants pourront trouver une explication à leurs actes et comprendre en fin de compte que les maltraitances qu?ils leur font subir sont en réalité des secrets qui minent leur existence intérieure?
Publicité
Publicité
Les plus récents