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Porte ouverte pour les Noirs ?libérés?

30 octobre 2006, 00:00

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Aapravasi Ghat, lieu de débarquement des travailleurs engagés venus de la Grande Péninsule. Oui. Mais pas que. Le site de la rue du quai, désormais inscrit sur la liste du patrimoine mondial a une histoire plus riche que celle le plus souvent véhiculée. Porte de Maurice pour les immigrés de tous les pays, l?Aapravasi Ghat a vu passer, de 1839 à 1857, des milliers de laboureurs originaires de la Grande Île, des Comores et du Mozambique.

Pan de l?histoire peu connue que l?Aapravasi Ghat Trust Fund (AGTF) a choisi de mettre en avant à la veille des célébrations du 2 novembre, date de l?arrivée des premiers travailleurs engagés. Date d?autant plus importante car c?est ce jour-là que sera posée, sur le site, la plaque officielle indiquant que les lieux sont considérés comme patrimoine de l?humanité.

Pour en arriver, il aura fallu démontrer la valeur universelle de l?Aapravasi Ghat. C?est dans cet esprit d?inclusion que nous regardons le livret fraîchement édité par l?équipe du Dr Vijaya Teelock, présidente du conseil d?administration de l?AGTF. ?From captivity to freedom : a history of the liberated Africans associated with the Aapravasi Ghat during the 19th century?. En somme, retracer les pas des Noirs ?libérés? qui ont transité par le site de la rue du quai. Un petit ouvrage qui a été lancé vendredi.

Des visages sur les statistiques

Premier intérêt de ce travail portant la signature de Satyendra Peerthum, historien et chercheur de l?AGTF, les cas concrets qu?il a retracé. Il donne des noms et surtout des visages aux statistiques. Ses recherches dans les registres de l?Immigration conservés aux Archives de l?Immigration au Mahatma Gandhi Institute ont fait remonter à la surface le visage humain de la transhumance.

De ces hommes et femmes du continent sauvés des négriers par la British Royal Navy, d?où l?appellation de Noirs ?libérés?, en anglais, prize negroes, prize slaves, government apprentices, government blacks ou african recaptives. Le livret rapporte qu?entre 1856 et 1869, 32 365 Noirs ?libérés? ont mis pied à terre à Port-Louis. La majorité d?entre eux a passé 48 heures à l?Aapravasi Ghat avant d?être alloués par le Protecteur des Immigrés à divers employeurs privés.

Parmi eux, Amici, Assan et Amori du Mozambique, trois enfants alloués comme laboureurs à un M. Hewetson en 1869. La loi coloniale en vigueur stipulait que ces Noirs ?libérés? pouvaient avoir des contrats de cinq ans. Que ces Noirs reçoivent le même traitement que les travailleurs engagés indiens, que ce soit en terme de ration alimentaire, de soins médicaux, de couvertures, d?habits, d?ustensiles de cuisine, etc? Ils pouvaient avoir recours à un interprète pour leur expliquer les clauses de leur contrat. Ils étaient dès lors placés sous la garde du Protecteur des immigrés qui pouvait choisir quel serait leur employeur.

Domestiques, plutôt que laboureurs

Les registres montrent que dans les années 1850 ? 1860, 40 % de ces Noirs ?libérés? de sexe masculin étaient des domestiques. 30 % d?entre eux des artisans qualifiés ou semi-qualifiés. Pour ce qui est des femmes, 90 % d?entre elles devenaient des domestiques et 10 % des couturières. Le livret souligne qu?entre 1856 et 1869, la majorité de ces Noirs ?libérés? n?étaient pas employés comme laboureurs dans les champs de canne, mais comme domestique employés par des sociétés privées ou de riches particuliers.

Le Protecteur des immigrés les destinait aussi à des professions telles que : maçon, charpentier, forgeron, jardinier, planton, docker, porteur ou pêcheur. Les femmes, elles, étaient le plus souvent allouées pour des postes de couturière, dhobi, domestique, entre autres.

Le mariage civil, une réalité

Ces hommes et ces femmes ?libérés? devaient exprimer par ailleurs leur désir de se marier et de fonder une famille. Le livret de l?AGTF explique qu?entre 1870 et 1890, les Noirs ?libérés? désireux de se mettre la corde au cou, devaient, comme les autres immigrés, obtenir un certificate of non marriage. En clair, une attestation disant qu?à leur arrivée dans l?île, ils étaient célibataires. Il est sans doute dommage que l?ouvrage n?explique pas quelles étaient les procédures que ces Noirs ?libérés? devaient suivre pour obtenir ce document. Toujours est-il que le livret se termine sur une note pessimiste : ?les Noirs ?libérés? qui sont passés par l?Aapravasi Ghat entre 1856 et 1869, vivaient dans un état de pauvreté abjecte et demandaient des pensions du Protecteur des immigrés?.

MAIN-D?OEUVRE

Quatre catégories de travailleurs non-indiens

■ De 1839 à 1857, 3 607 malgaches ont été recrutés sur les propriétés sucrières mauriciennes pour des contrats d?un à deux ans.

? De 1839 à 1857, 320 laboureurs mozambicains ont travaillé dans les champs de canne de Maurice.

? Durant la même période, 206 Comoriens ont été importés par des planteurs mauriciens pour travailler sur les propriétés sucrières

? Des ressortissants mozambicains, comoriens et malgaches ont été sauvés par la British Royal Navy de bateaux transportant illégalement des esclaves. Entre 1856 et 1869, l?une des plus importantes cargaisons humaines étaient celle du ?Manuella?, avec 730 Mozambicains.

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