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Port-Louis part en croisière
Pour ne pas rester en rade, Port-Louis a décidé de mettre les voiles. Et de naviguer dans les grandes eaux, en 2008. Quai spécialement aménagé, terminal pour les passagers et accès au front de mer pour le shopping? Le projet d?un port de croisières devrait voir le jour en avril prochain. Il a fait long feu, depuis au moins cinq ans que les autorités portuaires en parlent. Il était même un des éléments phares du plan directeur du développement portuaire.
Mais la pression du marché devrait avoir raison des lourdeurs administratives. Les croisières sont en forte hausse dans le monde avec une augmentation annuelle de 10 % et l?émergence de marchés comme la Chine et l?Inde qui viennent s?ajouter à l?Europe.
A Port-Louis, le nombre de paquebots de croisière est en forte hausse : dix paquebots et 6 000 croisiéristes ont fait escale à Port-Louis, au cours du premier semestre. Costa Croisières, le leader mondial des croisières, veut faire de Maurice son hub dans l?océan Indien. Et un petit coup de pouce de Xavier Duval devrait permettre de conclure l?essai.
Le ministre du Tourisme et des Communications extérieures croit fermement dans le potentiel du futur port de croisière. Il n?a pas manqué de le rappeler lors du passage d?Octopus, l?un des plus imposants yachts privés du monde. Le yacht a effectué une visite éclair à Maurice, le 1er juillet. Ce bâtiment de 126 mètres, appartenant à Paul Allen, le co-fondateur de Microsoft, avec Bill Gates, a cependant dû mouiller du Quai 1. Pas un site approprié pour des milliardaires qui réclament un traitement de luxe.
?Les croisières offrent généralement des prestations cinq étoiles, donc elles veulent recruter ?le top du top?. Un paquebot comme le ?Queen Elizabeth II? a embarqué 30 professionnels mauriciens, lors de sa dernière croisière.?
?La venue de ce type de bâtiments est une bonne chose pour la réputation du port. Lorsque le quai de croisière sera opérationnel, ils pourront séjourner plus longtemps à Port-Louis?, insiste Xavier Duval. Les autorités portuaires vont donc mettre les bouchées doubles.
Les plans du nouveau complexe portuaire sont prêts. Il se situera au sud de la rade, aux Salines, entre le Bulk Sugar Terminal et la marina du Caudan Waterfront. Il pourra accueillir des navires de 200 m.
Selon Shekur Suntah, directeur de la Mauritius Ports Authority, le dragage de la zone ne sera pas nécessaire, la capacité d?accueil étant déjà suffisante, même pour de gros porteurs. Les travaux devraient débuter assez rapidement, probablement à partir de septembre. C?est la société Royal Haskoning, en collaboration avec les Mauriciens Servansing Jadav & Partners, qui a décroché le contrat. Si le port de croisière ne sera pas prêt pour la prochaine saison des croisières, qui correspond à l?été tropical, la date butoir d?avril prochain n?est pas illusoire pour la réalisation du projet. La structure sera légère mais l?investissement atteindra quand même Rs 200 millions.
En attendant, les paquebots mouilleront aux Quais A et D. Le Costa Marina, le paquebot de Costa Croisière, sera basé à Port-Louis à partir de décembre. Il effectuera six rotations dans la zone. Il quitte l?Italie fin novembre et après 26 jours de traversée, sera à Maurice le 21 décembre.
En 2006, le port a accueilli 12 bateaux et il a toujours été sur la carte des escales, même si ce n?est que depuis quelques années seulement que le potentiel est exploité. Des palaces flottants comme le Queen Elizabeth II y ont déjà relâché. Une opération qui rapporte gros, à chaque escale.
En effet, ce sont plusieurs centaines de touristes qui débarquent en une journée et s?éparpillent dans la capitale, sur le front de mer, voire même dans certains sites touristiques, domaines, restaurants, etc. Sans compter l?approvisionnement des navires. Dans le cas d?un mastodonte comme le Queen Elizabeth II, cela représente 1 800 passagers, 1 000 membres d?équipage (qui débarquent eux aussi, par rotation) ou encore 650 tonnes de carburant, 400 tonnes d?eau potable. Services portuaires, compagnies pétrolières, représentants maritimes, agences de réceptifs, tour-opérateurs, ils sont nombreux à se partager le gâteau?
Quant à l?emploi, le créneau des croisières est déjà très porteur. Il peut arriver rapidement à 500 recrues par an pour atteindre, à moyen terme 1 000. Des emplois principalement dans les différents métiers de l?hôtellerie.
Pier Luigi Foschi, le président directeur général de Costa Croisières, a promis de mettre rapidement deux bateaux en service à partir de Port-Louis, de quoi dynamiser aussi la création d?emplois. Théoriquement, Port-Louis a donc déjà la capacité voulue. Avec un terminal spécial, le nombre d?escales pourrait au moins doubler, à partir de l?été tropical 2008-09.
Dans un premier temps, le terminal de passagers sera ?basique?, comme le souligne Shekur Suntah. Mais le plan directeur du port prévoit quelque chose de plus conséquent, avec le développement de la deuxième partie du front de mer. Salon d?attente, boutiques et restauration : il faut au moins cela pour que Port-Louis trouve un ancrage permanent sur la carte mondiale des croisières.
Car le port de croisière, même après l?achèvement des travaux, ne devrait être qu?un espace de transit et n?atteindra pas les ambitions requises pour en faire un véritable hub. Dans un schéma classique, les croisiéristes arriveront à 8 heures à Port-Louis, après un voyage en avion de huit à 12 heures. Ils devront donc pouvoir jouir d?une attente agréable, en attendant l?embarquement.
Costa Croisières est le partenaire privilégié de cette opération. La compagnie gère déjà un cruise terminal à Savone, en Italie et à Barcelone, en Espagne. ?Ce sont d?importants points de débarquement, avec cyber café et restaurant. Les bagages sont livrés en cabine, le check in se fait dans les meilleures conditions possibles?, explique Brigitte de Loppinot, la directrice de Sky Fliers qui représente la compagnie.
La compagnie proposera six croisières de 14 nuits, pour les Seychelles, le Kenya, Mayotte et Madagascar. 20 cabines seront disponibles par croisière, pour le marché local.
?C?est aussi un marché qui prend de l?ampleur?, confirme Brigitte de Loppinot. Elle prévoit aussi entre 4 000 et 5 000 touristes additionnelspour les extensions de séjour, durant cette période. Un apport non négligeable pour la destination mauricienne.
Le mood est déjà là. Il devrait même aller en s?améliorant puisqu?une autre compagnie maritime, la Mediterranean Shipping Company (MSC) devrait emboîter le pas à Costa Croisières. Déjà très active dans le transbordement à Port-Louis, MSC veut transférer un de ses navires de croisière, de Durban à Port-Louis, de façon permanente. Avant même de voir le jour, le port de croisière a déjà pris quelques longueurs d?avance.
DUO GAGNANT
<B>Fly Cruise : Le partenariat bateau-avion</B>
■ Le partenaire essentiel du paquebot c?est l?avion. La plupart des croisières adoptent d?ailleurs la formule. Le croisiériste arrive par avion, transite quelques jours avant d?embarquer pour deux semaines. C?est la formule idéale selon les spécialistes. Elle permet à toutes les composantes de la destination de trouver son compte. La compagnie aérienne, l?aéroport, les agences de voyages, les hôtels, les taxis, les commerçants et au bout de la filière, la compagnie de croisière. Maurice est déjà bien doté avec ses établissements hôteliers et ses activités de réceptifs.
La connexion aérienne est primordiale. Air Mauritius se positionne déjà. Avec Costa Croisières, elle a revu ses connexions pour le mois de décembre, surtout sur le marché italien, avec ces vols reprogrammés sur Rome et Milan.
<B>Croisières : une évolution en dents de scie</B>
Port-Louis accueille actuellement plus d?une vingtaine de paquebots par an. La progression est plutôt en dents de scie. C?est en 2002 que le port mauricien a accueilli le plus grand nombre de touristes par bateaux : 23 navires avec 12 700 croisiéristes à bord. Le record n?a pas encore été battu, même en 2006 avec 26 navires mais de plus petite taille qui ont transporté 8 500 personnes. Avec la venue de Costa Croisières, le nombre d?escales devrait faire un bond, en 2007. 11 000 touristes sont attendus en transit, rien que pour cette compagnie.
<B>Un salaire de Rs 80 000 par mois ! </B>
?Etre payé pour voir le monde.? Il y a un engouement pour les croisières chez les jeunes mauriciens. Ce sont surtout les salaires qui attirent. Ils tournent autour de Rs 80 000 par mois. Mais le métier de croisiériste est exigeant. La discipline est de rigueur et les diplômes sont indispensables.
Les recrues doivent avoir un diplôme et une expérience dans les métiers de l?hôtellerie.
Sans oublier un certificat de l?école navale, qui est obtenu après des cours intensifs de trois mois.
En mer, la sécurité est primordiale.
Elle concerne souvent la vie de 500 ou 600 passagers, au minimum.
?La maturité est essentielle et le recrutement se fait donc à partir de 26 ans?, explique Harmon Chellen le directeur de l?Ecole hôtelière Sir Gaëtan Duval.
Et le débauchage dans les hôtels est devenu presque monnaie courante pour les croisiéristes.
La pression se fait aussi ressentir sur l?école dirigée par Harmon Chellen.
Les croisières offrent généralement des prestations cinq étoiles, donc elles veulent recruter ?le top du top?.
Un paquebot comme le ?Queen Elizabeth II? a embarqué 30 professionnels mauriciens, lors de sa dernière croisière. La plupart d?entre eux ont été formés à l?Ecole hôtelière. L?un des plus actifs sur le marché du recrutement est Mediterranean Shipping Company qui a placé 250 personnes sur les paquebots en 2006.
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