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Port-Louis, l?envahie
A chaque fois pareil. «Komye sa ?» La voix est intéressée. Le marchand des rues aussi. Du coin de l??il, il a jaugé l?épaisseur de votre porte-monnaie avant de lancer : «Rs 350». Vous palpez l?article en question. En ce moment, ce sont les petits hauts à spirales, qui se terminent par deux rangées de volants, qui ont la cote.
Et puis, comme si c?était un simple détail qui lui aurait échappé, le marchand secoue la tête. Vous regarde dans le blanc des yeux. Vous dit candidement: «Non Rs 450 sa». Au mieux, il met les formes. S?excuse. Vous dit qu?il est un peu fatigué en ce moment. Se réfugie derrière le mot «problème, problème». Fait allusion aux collègues expulsés de la rue John Kennedy. Au pire, il vous dit le «bon» prix. Si vous n?êtes pas content, bye-bye.
Pendant ce temps-là, les échoppes ne désemplissent pas. Essayez celles qui se trouvent à côté du bâtiment Air Mauritius pour voir. Pourtant, c?est censé être une mauvaise semaine. L?avant-dernière du mois, celle qui précède la paie. Jour où les portefeuilles sont pratiquement à sec, «kot klian marsande apre dir ou mersi».
Sous leurs airs souvent décontractés, les marchands de rues, qui ont commencé comme ambulants, mais qui depuis longtemps ne déambulent plus, sont autant de sources d?informations de nature sociologique. S?ils ne veulent pas toujours dire comment eux s?appellent, préférant laisser Hyder Raman, responsable de la Street vendors association, être le visage de leur revendication, les marchands, une fois rassurés, sont intarissables. «Se laklas moyen ki abiye plis.» Se posant en véritable pourvoyeur de service, ils affirment : «C?est grâce aux marchands ambulants que la classe moyenne peut s?acheter des vêtements aussi souvent.» Effectivement, deux employées de bureau s?arrêtent, l??il attiré par «un truc que je cherche pour aller à un anniversaire samedi soir».
<B>«Même prix qu?en magasin»
Des prix moins chers que dans les magasins ? Mythe ou réalité ? Les avis divergent. Si c?est le marchand qui parle, bien sûr il vous dira : «Dan magazin mem zafer Rs 750 moi mo vann Rs 400.» Il vous citera le beau-frère de sa belle-s?ur (comme d?un témoin crédible, alors que l?existence même de cet individu vous est totalement indifférente), qui a acheté un article identique en tout point à ce que lui vend, et qui a payé le prix fort dans un magasin.
Plus franche, la collègue installée dans la ruelle entre le bâtiment d?Air Mauritius et le supermarché Winners confie qu?en moyenne, une jupe est à Rs 375, un haut à Rs 325 et une robe à Rs 450 ? Rs 500. «Dimoun plinyne, trouv ser.»
La cliente, d?abord pressée, puis «pas intéressée» pour ré-pondre aux questions, finira par lâcher : «Ayo, l?époque des trucs à Rs 200 c?est fini maintenant. Je crois que les marchands ambulants pratiquent les mêmes prix que dans les magasins.»
Anmol Beedassee, employée de bureau, elle, prend son temps. Ouvre toutes les poches d?un sac, l?examine de fond en comble. C?est qu?elle cherche un sac pour aller travailler. «Bizin fer atansyon taler li sofe andan.» Elle finira par tourner les talons.
Une autre s?approche, tâte plusieurs articles et s?en va, l?air désapprobateur. Le marchand, un peu offusqué que l?on ait osé mettre en doute la qualité de ses produits importés de Chine, se plaindra à haute voix. «Bann bourzwa la sa initil. Avan li aste kouma dir pe tir Rs 3 milyon - Rs 4 milyon dan so lapay».
Une paie dépensée entre les marchands de lunettes de soleil, les boîtiers de téléphone portables, les sous-vêtements et chemises de nuit, les vêtements pour enfants, les sacs à main? les mêmes choses, que ce soit à la rue Rémy Ollier, Louis Pasteur, entre autres.
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