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Port-Louis et Delhi explorent de nouvelles avenues
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Port-Louis et Delhi explorent de nouvelles avenues
Port-Louis et New Delhi veulent voir au-delà des simples échanges commerciaux. Il est aujourd?hui question d?une vraie intégration économique entre les deux pays. L?idée est de dépasser le cadre des accords commerciaux traditionnels pour jeter les bases de ce nouveau partenariat. L?approche est beaucoup plus ambitieuse. L?objectif est de non seulement promouvoir les échanges entre les deux pays, mais aussi de coopérer et de s?implanter dans des pays tiers.
Si l?Inde se réveille au potentiel des marchés africains, Maurice pourra en tirer bénéfice. Notre appartenance aux blocs sous régionaux tels le Common Market for Eastern and Southern Africa (Comesa) et la Southern Africa Development Community (SADC) offre des opportunités aux entreprises indiennes. Celles-ci peuvent s?installer à Maurice (seules ou en partenariat avec des firmes locales) et produire pour les marchés de la région. Elles peuvent aussi utiliser les facilités du port franc pour réexporter sur ces marchés. D?autre part, les manufacturiers de la Grande péninsule peuvent voir dans l?Africa Growth and Opportunity Act (AGOA), un accès privilégié au marché américain.
C?est l?investissement indien qui intéresse Maurice en premier lieu. Les capitaux étrangers de l?Inde permettront de compenser dans une certaine mesure l?important déséquilibre commercial en faveur de celle-ci. Il s?agit d?abord d?identifier les industries que Maurice voudrait bien accueillir. Les possibilités sont vastes : filatures ; confection ; pharmaceutique ; informatique ; alimentation?
L?informatique et les ITES (IT-enabled services) ont été identifiés pour donner une nouvelle impulsion à la coopération économique indo-mauricienne. Depuis trois ans, Maurice n?a cessé de séduire l?industrie IT indienne, le symbole même de l?Inde moderne. Cette stratégie a donné des résultats. Quelques grands noms de l?informatique indienne, à l?instar d?Infosys sont déjà là et débutent leurs opérations bientôt. D?autres grandes enseignes, tels Satyam, Pentasoft, Tata Consultancy Services et Wipro ont annoncé des projets d?implantation à Maurice. Une délégation du Board of Investment (BOI) et de Business Parks of Mauritius (BPML) vient de rentrer d?une mission de prospection en Inde et où des discussions de haut niveau furent engagées avec ces sociétés, mais aussi avec d?autres de taille moins importante.
Maurice veut aussi se positionner dans le marché international du BPO (Business processes outsourcing) en mettant à profit le partenariat stratégique qu?il a conclu avec l?Inde sur le développement des technologies de l?information et des télécommunications (Tic). L?Inde qui est devenue une destination très prisée pour les multinationales américaines et européennes pour la délocalisation d?une partie de leurs opérations back office et même front office. Maurice espère pouvoir récupérer une partie de cette clientèle, en mettant en exergue ses capacités de bilinguisme, entre autres.
<B>Composition des échanges</B>
Le gouvernement indien est aussi de la partie. Son aide à son homologue mauricien dans ce domaine est des plus précieuse. L?assistance financière (d?un montant de $100 millions) consentie par les autorités indiennes pour la construction de la cybertour à Ebène est le témoignage le plus tangible de cette volonté d?aider.
Sur le plan commercial, les attentes sont néanmoins moins ambitieuses et les autorités mauriciennes se veulent plus prudentes. L?Inde jouit déjà d?un statut de Most favored nation par rapport aux droits de douane. Une éventuelle réduction ou élimination des tarifs douaniers va non seulement exacerber le déséquilibre commercial au détriment de Maurice, mais pourra aller jusqu?à mettre en péril certaines industries locales. Il y a une crainte d?un déferlement de produits industriels indiens à faibles coûts sur le marché local qui nuirait aux intérêts de nos petites et moyennes entreprises en particulier.
La formule de zone de libre-échange (ZLE) n?est donc pas appropriée. En même temps, il y a une nette volonté de consolider cette source d?approvisionnement qu?est l?Inde afin de faire jouer davantage la concurrence entre nos principaux fournisseurs dont la France, l?Afrique du Sud et la Chine.
Il est aussi temps de revoir la composition des échanges commerciaux. Si l?Inde est effectivement un des plus gros fournisseurs de Maurice, il faut préciser que le fil, utilisé comme matière première par l?industrie du textile-habillement locale, représente à lui seul 70 % des importations. Il est évident que Maurice ne tire pas suffisamment profit de ce géant industriel qu?est la Grande péninsule aujourd?hui.
L?axe privilégié Delhi-Port Louis devrait être en mesure d?identifier un terrain d?entente et de définir les contours de cette alliance économique.
Les premiers rapports structurés de Maurice avec l?industrie indienne remontent à 1924 quand la New India Assurance inaugurait sa branche mauricienne. Une autre compagnie d?assurances, la Life Insurance Corporation of India (LICI), commençait ses opérations à Maurice en 1956. Six ans plus tard, ce fut au tour de la Baroda Bank de s?installer chez nous. En 1967, Air India inaugurait ses opérations mauriciennes.
Depuis l?indépendance, les grandes sociétés étatiques et privées indiennes se sont associées à plusieurs secteurs de l?économie mauricienne. La Telecommunications Consul- tants India a énormément aidé à développer l?infrastructure des télécommunications depuis 1991. L?entrée en opération prochaine d?Indian Oil sur le marché mauricien viendra changer bien des données dans la commercialisation des produits pétroliers ici.
Parmi les autres firmes indiennes qui se sont bien implantées à Maurice, on retient Arvind Mills (confection et filature), Ajanta Pharma (pharmaceutique), Pentafour (formation en informatique) et Asian Paints (fabrication de peinture).
Dans le sens inverse, même si les investissements mauriciens à proprement parler vers l?Inde sont très modestes, la juridiction offshore mauricienne sert de transit par excellence aux capitaux étrangers à destination du marché indien. Le traité de non double imposition entre l?Inde et Maurice a grandement favorisé un flux de capitaux croissant vers l?Inde. En 2001 (janvier à septembre), les investissements utilisant le traité représentaient 10 % du total des investissements directs en Inde. En 2000, ce chiffre était de 19 %.
<B>Mobilité sociale</B>
L?Inde brise les tabous et s?ouvre résolument aux firmes étrangères. En même temps, elle continue à produire des entreprises qui sont capables de tenir tête aux puissantes transnationales américaines et européennes que ce soit dans l?IT, dans l?industrie pharmaceutique, dans l?ingénierie légère et l?ingénierie lourde.
Le gouvernement Vajpayee, souvent accusé d?être conservateur, surprend tout le monde en faisant de l?ouverture économique une des principales préoccupations de son mandat. Le hindutva (nationalisme hindou) ne s?appliquera pas en tout cas au marché. Les firmes étrangères sont là et rivalisent à armes égales avec leurs concurrents locaux. Des entreprises indiennes, sentant la menace au seuil de leurs portes, optent à leur tour pour des expansions outre-mer. D?ailleurs, Maurice profite déjà de cette mouvance. La compagnie d?assurances LICI de même que l?opérateur de télécommunications Mahanagar Telephone Nigam Ltd (MTNL), ont choisi Maurice comme une plate-forme pour des activités projetées en Afrique.
Les fondamentaux robustes sont de retour. L?Inde connaîtra cette année une croissance économique de 6 %. La mousson a été extrêmement généreuse envers son agriculture cette année-ci. La reprise de l?économie mondiale et une consommation domestique en pleine ébullition font le reste.
L?année dernière, malgré un contexte international difficile, les exportations indiennes se sont accrues de 19,2 %. Seule la Chine ? et ce, avec une monnaie nettement dévaluée ? a pu faire mieux.
L?Inde, tout comme son voisin chinois, peut compter sur une classe moyenne en pleine expansion et en pleine mobilité sociale et économique. Par ailleurs, les entreprises et les ménages ont énormément profité des baisses des taux d?intérêt. Les sociétés ont pu améliorer leur rentabilité grâce à des coûts de capital bas, tandis que les ménages y ont trouvé un moyen de s?endetter, d?acheter des voitures et construire des maisons.
Avec un marché boursier en croissance, un niveau d?épargne élevé (10 % du produit intérieur brut) et des taux d?intérêt faibles, les conditions sont réunies pour davantage d?investissements dans l?économie. Un autre investment boom est peut-être derrière la porte.
Quand la Cour suprême de l?Inde avait récemment statué sur la légalité du traité de non double imposition indo-mauricien, elle a été même jusqu?à dire que le treaty shopping (des pratiques qui consistent à abuser des avantages fiscaux disponibles sous de telles conventions) était au fait un mal nécessaire pour les pays en voie de développement et qui ont besoin des capitaux étrangers. C?était là une position libérale qui a beaucoup conforté les investisseurs étrangers.
Hélas, ce n?est pas tout le temps que la plus haute instance judiciaire indienne fait preuve de cette même bienveillance. Dans un jugement rendu vers la mi-septembre, la Cour suprême devait bloquer le projet de privatisation de deux compagnies pétrolières appartenant à l?Etat. L?argument fut que la vente des actifs de l?Etat devait au préalable avoir l?assentiment du Parlement, chose que le gouvernement n?était pas sûr d?obtenir. Du coup, tout le programme de désinvestissement étatique ? un des éléments clés de la réforme économique ? a été remis en question.
C?est pour dire que l?institutional bias du système est toujours là. Malgré de gros efforts entrepris par les décideurs politiques, le License Raj, que l?administration indienne a longtemps été, prend le dessus de temps en temps. Les Indiens sont conscients que ces entraves leur font perdre de précieux capitaux et des technologies étrangères au profit de leur voisin, la Chine. La bureaucratie continue à faire fuir les entrepreneurs locaux et étrangers. Les lois du travail, jugées restrictives, n?incitent pas non plus les investisseurs.
Il y a une nécessité pour les deux pays de s?attaquer de manière audacieuse aux lourdeurs bureaucratiques et de réformer le cadre incitatif et régulateur de leurs marchés respectifs afin de mieux profiter des échanges tant bilatéraux que multilatéraux.
?Si l?Inde est l?un des plus gros fournisseurs de Maurice, il faut préciser que le fil, utilisé comme matière première par l?industrie du textile-habillement locale, représente à lui seul 70 % des importations. Il est évident que Maurice ne tire pas suffisamment profit de ce géant industriel qu?est la Grande péninsule aujourd?hui. ?
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