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Port-Louis 2005 asphyxié faute de décentralisation 1980

18 août 2005, 20:00

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A la mi-août 1980, la presse rend compte d?une prédiction capitale de la (MATIM) Mission française d?aménagement du Territoire de l?Ile Maurice, selon laquelle seule la décentralisation des principaux services administratifs peut empêcher l?asphyxie de la capitale. Les membres de cette équipe d?urbanistes, dont MM. Bodin, Pagès et Paillat, observent qu?en 1992, un quart de million de personnes vivront ou travailleront au Port-Louis, ce chiffre comprenant aussi bien les résidents que les non résidents mais venant y travailler. Ces chiffres exigeront un niveau d?infrastructures difficiles à satisfaire, préviennent-ils. Ne rien faire expose Port-Louis à une lente asphyxie. La solution à ce problème passe par une délocalisation des bureaux administratifs. Mais où ? La MATIM recommande, malheureusement, le triangle d?Ebène, connu pour avoir abrité les meilleures terres agricoles et cannières.

Le choix d?Ebène par la MATIM s?explique par sa situation géographique, à proximité du centre de l?île et au carrefour des principaux axes routiers Nord-Sud et Ouest-Est. En choisissant Ebène, la MATIM opte en fait pour une demi-décentralisation car Ebène est encore trop proche du corridor urbain des Plaines-Wilhems menacé autant que Port Louis d?asphyxie, en raison d?une population active et résidentielle déjà trop forte. La MATIM aurait été peut-être mieux inspirée en créant, de toutes pièces, à l?est d?Ebène, un nouveau carrefour routier appelé à devenir la nouvelle capitale administrative de Maurice.

Ce nouveau carrefour possède toutefois le même inconvénient que celui d?Ebène, à savoir de devoir sacrifier d?excellentes terres agricoles et cannières. Cela jouerait alors en faveur d?une décentralisation du côté des terres rocailleuses et arides, entre Petite-Rivière, Bambous et Albion.

Il semblerait que la MATIM de 1980 était déjà en mesure d?anticiper la grande faiblesse du ?Maru Deal Illovo? à savoir le sacrifice, particulièrement idiot, des bonnes terres agricoles d?Ebène. Le mal étant fait, les gaulettes cannières étant aujourd?hui éventrées, saccagées, recouvertes de béton et d?asphalte, plus rien n?empêche désormais les autorités de procéder, enfin, même avec un quart de siècle de retard, à la décentralisation administrative de Port-Louis.

Le malheur réside dans le fait que le gouvernement sortant n?a jamais eu l?imagination voulue, seule capable d?inciter des bâtisseurs, du calibre de La Bourdonnais, à poser les jalons d?un projet historique permettant à Ebène de devenir pas seulement la capitale informatique de Maurice, mais aussi sa capitale administrative. En ce qui concerne le gouvernement désigné par le scrutin du 4 juillet 2005, rien, ou presque, dans son discours-programme, n?indique qu?il est dans ses intentions de faire du triangle d?Ebène cette double capitale informatique et administrative de l?île. Ce n?est pourtant pas la place qui manque.

Un ultime espoir réside peut-être dans le désir, que la presse prête à Navin Ramgoolam, de faire de Jean Suzanne son conseiller en stratégie gouvernementale. On peut prêter à celui-ci la capacité géniale de jeter les bases d?une décentralisation administrative dans ce désert agricole qu?est devenu Ebène. Ses semblables et lui sont capables de réclamer et de dépoussiérer les rapports de la MATIM malgré leur quart de siècle d?âge. Ils sont capables de comprendre qu?un gouvernement peut oser installer ses bureaux administratifs, ses ministères, où il veut ou presque. Une Cour suprême et ses tribunaux satellitaires, installés à Ebène, entraîneraient à leur suite la plupart des études.

Voyons voir si Navin Ramgoolam saura se montrer plus astucieux et doter le nouveau c?ur de l?île Maurice, un c?ur d?ébène en l?occurrence, d?un cercle administratif parfait qu?entoureront, selon un dispositif respectant leurs affiliations et leur importance, les différents ministères et leurs départements, en commençant par un nouvel Hôtel du gouvernement abritant un nouveau bureau de Premier ministre auprès duquel le Trésor rénové ne peut que faire pâle figure.

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