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Pont

17 janvier 2005, 00:00

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Habité par une confiance excessive, le gouvernement annonce par avance le triomphe de Jayen Cuttaree dans sa quête pour le poste de directeur général de l?Organisation mondiale du commerce (OMC). ?Il y a des indications positives que les efforts entrepris pour prévenir une confrontation Nord-Sud seront couronnés de succès?, se réjouit déjà le rédacteur du communiqué du Conseil des ministres. Cette phrase qui, n?est même pas écrite au conditionnel, traduit un optimisme démesuré.

Certes, le ministre des Affaires étrangères est un candidat sérieux pour ce poste prestigieux mais la course est loin d?être jouée en dépit de certaines ambiguïtés au sujet du Français Pascal Lamy. On sait que le ministre français délégué à la Coopération, Xavier Darcos, a fait comprendre, lors de sa visite à Maurice, que son pays n?est pas enthousiaste à l?idée de soutenir la candidature de Pascal Lamy, mais rien ne démontre que le gouvernement français et, à plus forte raison, l?Europe s?apprêtent à lui retirer leur soutien.

Pascal Lamy est le candidat de l?Europe mais il est aussi apprécié par Robert Zoellick, le secrétaire américain au Commerce. Ce facteur est déterminant parce que les pays occidentaux ont une influence bien plus grande que leur force numérique peut laisser croire. Sur papier, le candidat mauricien a l?appui des pays du bloc Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP) ainsi que celui de l?Union africaine, mais dans la pratique les choses s?avèrent difficiles. Certaines défections sont possibles car les Etats-Unis exercent de l?influence auprès de certains pays des Caraïbes tandis que l?Australie compte des fidèles alliés parmi des pays du Pacifique. L?enjeu est important pour les pays développés car l?OMC est le lieu où riches et pauvres s?affrontent avec virulence. La dernière conférence des ministres de cette organisation, à Cancun au Mexique, a fini, en septembre 2003, en une guerre ouverte Nord-Sud. Cependant, les pays membres sont sortis de l?impasse en juillet 2004 à Genève, avec un pré-accord sur le ?cadre? des négociations, grâce notamment aux efforts de Jayen Cuttaree, un des rares à pouvoir servir de pont entre le Nord et le Sud.

Outre ses qualités intrinsèques et sa maîtrise technique du dossier, le candidat mauricien va tirer profit du positionnement de notre pays sur la scène internationale. Sur les questions touchant aux règles du commerce, la position mauricienne a été plus pragmatique que doctrinaire. Nous n?avons jamais cru qu?il y a une opposition irrémédiable entre les deux pôles.

Les deux autres adversaires de Jayen Cuttaree, le Brésilien Luiz Felipe de Seixas Correa et l?Uruguayen Carlos Perez del Castillo, ne seront certainement pas de simples figurants. Cependant, il y a peu de chance qu?ils recueillent le soutien des pays pauvres. Le Brésil a pris la tête du G20, un groupe des pays émergents dont les intérêts sont souvent contraires à ceux de pays en développement. Pour sa part, l?Uruguay ne fait pas partie du G20 mais participe au Groupe de Cairns, qui est un défenseur du libéralisme commercial.

La présentation officielle des candidats aux pays membres se fera le 26 janvier lors d?une réunion de l?OMC à Genève. Jayen Cuttaree quitte le pays ce mercredi en emportant avec lui, on l?espère, un dossier qui rassurera le Nord tout en donnant de l?espoir au Sud.

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