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Pomme de terre : l’intervention de l’AMB fait tiquer les producteurs

19 juillet 2006, 00:00

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Les producteurs de pommes de terre soulèvent un tollé. Alors que des investissements de Rs 200 millions sont consentis dans cette culture dans le sud du pays, l’Agricultural Marketing Board (AMB) contrôle le prix à travers l’importation. Face à ces critiques, le régulateur affirme agir dans l’intérêt du consommateur.

Le marché de ce féculent pèseRs 350 millions. Par an, le pays en consomme 24 000 tonnes, dont14 000 produites localement. Le reste est importé. Valeur du jour, l’Inde est notre principale source d’approvisionnement. Et le prix proposé est inférieur à celui fixé pour la production locale.

La pomme de discorde se situe à ce niveau. Estimant que le demi-kilo de cette commodité est écoulé à un prix trop élevé, l’AMB fait concurrence à la production locale depuis le mois dernier pour que le prix au détail chute. Cet organisme utilise, à cet effet, les 700 tonnes importées de l’Inde, qui devaient, dans un premier temps, palier toute production inférieure. “Le kilo local se vend à Rs 30. Nous proposons la pomme de terre de l’Inde à Rs 16. Nous nous attendons à ce que le prix baisse la semaine prochaine”, fait ressortir Parmanand Ramnawaz, directeur général de l’AMB.

“Nous évoluons dans un contexte libéral. Le prix de la pomme de terre a été libéralisé depuis 1998”, déclare Jean-Cyril Monty, responsable de la diversification agricole à la Chambre de l’agriculture. Et d’ajouter : “Si l’AMB poursuit avec cette politique, ça risque de remettre en question les projets de développement, entrepris sous la diversification agricole au sein de l’industrie”.

En cas de désengagement total des producteurs locaux, le pays se retrouvera à la merci de ses sources d’approvisionnement, auquel se greffe la fluctuation des devises.

À titre d’exemple, entre 2000 et 2004, le prix de la tonne de pomme de terre d’Afrique du Sud a augmenté de 46 % à cause de la sécheresse dans ce pays et une hausse dans les coûts de production.

La fluctuation du taux des changes pèse également lourd dans le prix. Un dollar australien s’échangeait en 2004 à Rs 19,28 contre Rs 15,84 en 2000.

À l’AMB, le directeur général campe sur sa position, en mettant en avant la Mauritius Agricultural Marketing Act. Selon cette loi promulguée en 1963, l’AMB est en mesure d’intervenir sur le marché d’un produit contrôlé. “Le producteur a une obligation légale de vendre son lot à l’AMB, à un prix fixé par le comité national sur la pomme de terre. Le prix fixé de Rs 14 080 la tonne est très raisonnable. Car, selon nos calculs, ils s’en sortent avec un bénéfice de 30 %. Mieux encore, nous leur offrons bien plus que le prix fixé”, renchérit Parmanand Ramnawaz.

Cette pratique, bien qu’ayant force de loi sur papier, n’a jamais été respectée. Les producteurs se tournent directement vers leurs grossistes et le consommateur pour écouler sa cargaison. Cette provision de la loi est également caduque depuis la libéralisation du prix de la pomme de terre en 1998. Le prix fixé par le potato committee n’est plus qu’un prix de référence au cas où l’AMB serait l’acheteur de dernier recours.

Au niveau de la Chambre d’Agriculture, Jean-Cyril Monty, estime, cependant, que la direction de l’AMB s’en tient à ce qui est dit dans la loi sans tenir compte du fait que le système a changé. “Il faut comprendre que cette loi avait été introduite à un moment où le secteur agricole était mal structuré. L’AMB avait un rôle de soupape de sécurité. Et les planteurs n’étaient pas rodés aux techniques de marketing. Cette loi est caduque. Il faut la revoir dans un contexte libéral. L’AMB se doit être un partenaire du secteur et non pas agir en monopole”, soutient-il.

L’importation incontournable</B>

Au-delà de toutes ces considérations commerciales, le secteur a l’obligation d’augmenter son rendement par tonne de semences. Alors que l’Australie, deuxième source d’importation, en génère sept à huit tonnes, à Maurice, le ratio est d’un à quatre. Pour une meilleure compétitivité face à l’importation, toute cette politique devrait être revue.

D’ailleurs, le prix de la semence a une incidence négative sur le prix de la pomme de terre à la production. En introduisant des mesures plus strictes, il va sans dire que le prix au détail sera plus abordable.

Un gros producteur du secteur privé explique que l’importation reste incontournable. D’une part, la pomme de terre locale ne peut être conservée dans la durée. Et de l’autre, le prix à l’importation sera toujours compétitif, même si la roupie se déprécie face aux dollars australiens et américains. Dans de telles circonstances, il serait approprié que l’importation soit effectuée pendant la saison creuse.

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