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Polémique mortuaire G. Duval vs J.P. Lenoir
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Polémique mortuaire G. Duval vs J.P. Lenoir
Gaëtan Duval et ce qui reste de son PMSD (44% des suffrages le 7 août 1967) continuent à occuper le devant de la scène. La trêve de la fin de mai 1981 (voir l’express du 30 mai au 5 juin 2006) est de courte durée. Le confit, plus ou moins calmé, au sujet de la présidence duvalienne d’une commission administrative non élue, reprend de plus belle entre le leader et son groupe parlementaire. Les pro-Eliézer François appréhendent ouvertement que le congrès annoncé, sous le signe de la réconciliation de la basse-cour bleue, ne tourne à son désavantage. Se greffe là-dessus une querelle au sujet de lois dites scélérates, dans les cercles rapprochés duvaliens. Elles visent, entre autres, le personnel de l’Institut de Pédagogie (MIE), du collège des Ondes (MCA) et même de l’université. G. Duval s’impatiente et frappe du poing : “Je demande à mes députés de ne voter aucune loi scélérate.” Et ce que Duval veut, Ramgoolam n’a qu’à obtempérer. Refrain connu. Les lois, déplaisant au président portlousien, disparaissent de l’agenda de l’Assemblée législative, sans susciter aucun outrage à Parlement.
Il décide alors de jouer son va-tout : un grand meeting national et dominical sur le thème suivant : “Gaëtan Duval face à son Destin.” Le leader bien-aimé des Bleus explique qu’il veut savoir si on a encore besoin de lui ou pas, autrement dit si la foule l’aime encore ou non, si la masse l’adule autant qu’en août 1967 ou s’il doit lève paquet allé !
Il réussit donc son chantage sur le tremblotant Seewoosagur Ramgoolam. Il se tourne alors contre le secteur privé dont il connaît trop bien les mamours pour l’alliance montante MMM-PSM. “Que veux-tu bolhomme ? Nous ne pouvons pas mettre tous nos oeufs dans le même panier percé !” Il le menace d’une taxe sur le capital et s’en explique au cours d’une conférence de presse. Elle doit, en principe, financer une éventuelle allocation-chômage. Les lois “scélérates” sont d’une “illégalité flagrante”. Les possédants doivent casquer en faveur des non-possédants s’ils ne veulent pas perdre la…vie.
L’université est un organisme indépendant et Ramgoolam ne peut légiférer pour empêcher ses employés de se porter candidats à des élections. Le projet de loi Rabita al Alam islami vise tout simplement à renverser un jugement de la Cour Suprême, datant de 1980. L’allocation-chômage se justifie car sévit, à la fin du règne ramgoolamien et travailliste, “une misère affreuse”. Les Mauriciens oublient que la misère engendre la violence. Duval dit préférer “voyager dans une Datsun dans un pays calme plutôt que dans une Mercedès devant être lapidée”. La seule solution est une taxe sur le capital : “Les riches doivent partager ou disparaître.”
Autre cible duvalienne : les Etatsuniens. “Ils se foutent de nous !” Ils s’abritent derrière le MMM ne voulant pas de “mercenaires mauriciens à Diego Garcia”. Duval ne mendie pas (tiens ! tiens !). Il réclame un droit le plus absolu. “La vente des Chagos stipule que les Mauriciens seront embauchés pour y travailler.” La conférence de presse se termine par une ultime exhortation duvalienne : “Je n’ai pas besoin de votes mais de la confiance de la population mauricienne”. Autrement dit : “Peuple ! je remets mon Destin entre tes mains ! ”
Trop c’est trop, estime Jean-Pierre Lenoir, le rédacteur en chef du Cernéen. Il se fend d’un pamphlet, genre gros-pavé dans la mare aux canards, titré : “Le Parti Moribond Suicidaire Démentiel : Gaëtan Duval face à son destin.” Il commente cruellement : “On pouvait s’attendre à tout sauf à ça !” Le PMSD est déjà secoué par les “affres de l’antipolitique”. Il ne peut être sauvé que par un “regain de sérieux”. Il se permet pourtant une “telle bavure”. Il parle d’ “acte d’anti-marketing délibéré”. Il stigmatise le thème choisi pour un meeting se voulant de dernière chance. Ce thème “Gaëtan Duval face à son destin”, convient mieux “à une star déchue du show-business, revu et corrigé par Salut les copains”. Cela justifie la nouvelle signification du sigle PMSD.
Trop c’est trop. Duval saisit son papier à lettres à en-tête de “la présidence de la commission municipale du Port-Louis” et se fend d’une réponse à ce “pauvre Lenoir”. Ce dernier pourrait pondre n’importe quelle “niaiserie dans un journal en faillite, osant le traiter de moribond” tandis que lui, Charles Gaëtan Duval, ne pourrait pas “consulter le peuple sur son destin politique”. Où va-t-on ? Je vous le demande. Il accuse le “pauvre Lenoir” d’être “fatigué par la taxe sur le capital”. Il s’explique de nouveau : soit on offre un soulagement à 53 000 chômeurs, soit l’île Maurice explose (un refrain bénéficiant d’un regain d’actualité, en 2006). La taxe sur le capital est inévitable “si nos amis étrangers ne nous accordent pas une aide massive” (Revoilà la mentalité tale la main). Aide massive pour financer aussi l’aéroport du Nord, plus proche de Poste Lafayette et de Merville que Plaisance. La missive s’achève sur une maxime duvalienne : “Mieux vaut 90 arpents de canne à sucre que 100 arpents en cendres ! ”
J.P. Lenoir répond au “brave Duval” en commentant son horoscope du jour. Il lui signale que ses noms et prénoms sont répétés 136 fois dans la dernière livraison du Populaire, la feuille de chou préférée de la basse-cour bleue. Voilà qui donnera des idées à la NBC.
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