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Poignants adieux à Rachelle Chung For Yuen
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Poignants adieux à Rachelle Chung For Yuen
Les funérailles de Rachelle Chung For Yuen, Mauricienne de 27 ans tuée dans les attentats qui ont soufflé des stations du métro londonien le 7 juillet, ont eu lieu hier. Elles étaient empreintes de tristesse, de solidarité, de recueillement et aussi de révolte compte tenu de l?injustice que comportent ces actes terroristes qui fauchent d?innocents citoyens. Indignation aussi face à la barbarie de ces extrémistes qui se réclament d?une toute puissance divine.
Depuis que le cercueil contenant la dépouille de Rachelle a été placé au Kit Lock mardi, cette maison funéraire ne désemplit pas. Les quasi-omniprésents sont Marguerite et Joseph Ng Shum Hing, parents de Rachelle, et leurs deux filles, Kristelle et Isabelle, de même que l?époux de la défunte, Billy, et les parents de ce dernier, Kim Chung For Yuen, son épouse et leurs deux autres fils, Olivier et Jeffrey. Il y a ensuite les membres de la famille élargie et les amis(es)... On trouve aussi ces anonymes qui n?ont aucun lien avec la disparue, sauf celui de la compassion et de la solidarité.
Hier encore au Kit Lock, les gens défilent sans arrêt, se recueillant devant le cercueil en bois clair laqué sur lequel trône une immense gerbe de fleurs blanches ? orchidées, marguerites doubles, arums, glaïeuls ? synonyme de pureté et d?innocence et dernier cadeau de Billy à son épouse. Les multiples bouquets, disposés ça et là, sont autant de gages d?affection.
Si Joseph Ng Shum Hing, le père de Rachelle, s?est ressaisi pour affronter cette journée, Marguerite, son épouse, paraît abattue. Elle reste assise, prostrée, devant la bière contenant la dépouille de sa fille aînée. Et quand elle tente de bouger, ses jambes semblent se dérober sous elle. Elle est en permanence encadrée.
Malgré leur chagrin, Kim Chung For Yuen, son épouse et leurs fils, dont Billy, sont des exemples de courage. ?Cette disparition est terrible pour nous. Rachelle n?était pas ma fille mais pourtant, c?était tout comme, car je n?ai donné naissance qu?à trois garçons?, confie la belle-mère de Rachelle.
Une de leurs connaissances ne peut masquer son indignation face à l?attentat qui a tué 56 civils, blessé 700 autres et surtout envers ces kamikazes. ?Comment la violence peut faire accéder au paradis ? Aucune religion ne peut cautionner ces actes barbares.?
A 12 h 30, les employés d?Elie and Sons placent le cercueil dans le van mortuaire suivi par les familles endeuillées. Les haut-parleurs diffusent des requiem. Billy tient serré entre ses mains la photographie de Rachelle, souriante le jour de la remise des diplômes. Un silence que perce seulement le craquement des pétards s?abat sur l?assistance.
Oublier la loi du Talion
La procession s?ébranle lentement pour gagner la rue SSR et se diriger vers la cathédrale St Louis où le service religieux sera célébré par le père Adrien Wiehe et concélébré entre autres par le prêtre missionnaire Luc Young, ami des familles endeuillées, qui officie à Hong Kong.
Parmi les dignitaires au premier rang dans l?église, se trouve Paul Bérenger, leader de l?opposition, encadré par Sylvio Tang, ministre de la Jeunesse et des Sports et Madun Dulloo, ministre des Affaires étrangères. Ils sont rejoints par le vice-Premier ministre, Rashid Beebeejaun, Rama Valayden, attorney general, Abdullah Hossen, Lord-maire. Puis, par le Premier ministre, Navin Ramgoolam et son épouse Veena. Sheila Bappoo et James Burty David, respectivement ministres de la Sécurité sociale et des Administrations régionales, sont aussi présents. Les parents et beaux-parents de Rachelle s?asseyent de l?autre côté de la nef où figurent déjà le président et vice-Président de la République, sir Anerood Jugnauth et Raouf Bundhun.
Le choix de l?Evangile de St Matthieu fait tiquer plusieurs personnes. Car dans ce texte, le Christ demande d?oublier la loi du Talion, d?aimer ses ennemis et de prier pour ceux qui les persécutent. Des proches, y compris Billy, son époux, trouvent la force de témoigner à son propos (voir hors-texte).
Dans son homélie, le père Wiehe rappelle que Dieu nous fait cadeau de la vie et que s?il la reprend, c?est pour qu?elle s?épanouisse avec lui. ?Rachelle voit désormais Dieu dans toute sa splendeur.? Il demande que les gestes de sympathie expriment un désir de paix. Le Last Post, joué à la trompette, ajoute au caractère poignant du service religieux.
A la sortie, une sympathisante laisse éclater son amertume. ?Aimez vos ennemis, dit l?Evangile. C?est un peu dur, je trouve. Ces terroristes ont dépensé des fortunes pour orchestrer ces attentats rien que pour supprimer des gens qui ne sont que des enveloppes corporelles. On ne tue pas l?âme. Gaspiyaz !? La mère de Rachelle, secouée par des larmes convulsives, s?effondre. Son mari la ramène à leur voiture. Elle n?assistera pas à la mise du cercueil dans le caveau municipal au cimetière des Salines. Ses filles la représenteront.
C?est dans le caveau numéro 2 que le cercueil de Rachelle sera placé avant que la dalle ne soit scellée. Cette inhumation est pourtant temporaire, le temps pour les familles affligées de faire construire un caveau à celle qui aura, à sa façon et durant sa courte existence, marqué chacun d?entre eux irrémédiablement?.
TÉMOIGNAGES
<B>La joie de vivre saluée</B>
■ Plusieurs proches de Rachelle ont tenté, à travers des messages de parents et d?amis vivant à l?étranger, de dresser son portrait. Des témoignages, on retient de la disparue ?son sourire toujours rayonnant?, ?sa gentillesse et sa tendresse?, de même que ?son sens de l?entraide et du dévouement?. Billy, son mari, loue ses qualités de fille, de s?ur, de belle-fille, ?d?excellente épouse pleine de joie et de rires?. ?Ta mémoire ne mourra jamais?, a-t-il conclu, la voix presque brisée. Une autre parente a exhorté l?assistance à se souvenir de Rachelle en bien et en vie. ?Réjouissons-nous car elle est désormais avec Dieu au ciel où il n?y a ni peine, ni tristesse mais la vie et la joie éternelles.?
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