Publicité

Plaidoyer pour l?intégrationsociale des séropositifs

30 novembre 2005, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

● <B> La Journée mondiale contre le sida 2005 coïncide avec les dix ans de Prévention, information et lutte contre le sida (PILS). Vos satisfactions ? </B>

Ma plus grosse satisfaction est que l?Etat a accepté de prendre à sa charge la totalité des coûts du traitement des séropositifs. Cela comprend l?achat des anti-rétroviraux et les tests réguliers qu?ils doivent subir, soit entre Rs 3 000 et Rs 5 000 par tête. Il y a 130 séropositifs actuellement sous traitement.

Je suis content de nos campagnes de sensibilisation car davantage de personnes viennent pour un dépistage au centre Bouloux de Cassis et à l?hôpital Victoria, Candos. Ce sont surtout des jeunes de 18 à 30 ans, mais il y a aussi beaucoup de femmes seules. Je constate aussi que le programme empêchant la transmission du VIH/Sida de la mère à l?enfant est un succès en milieu hospitalier, qui peut réduire le risque de transmission de 30 % à 1 %.

● <B> Vos insatisfactions ? </B>

Elles sont nombreuses. La discrimination persiste, à commencer dans le milieu carcéral. Je ne comprends pas la ségrégation des séropositifs à la New Wing. Ce sont des humains.

● <B> Cela ne leur donne pas le droit de faire du chantage à la contamination ! </B>

D?accord, mais si les détenus séropositifs n?avaient pas été séparés des autres, la majorité n?aurait pas fait ce chantage. Les gardes-chiourme ne sont pas assez formés. Quand on connaît le mode de transmission et le traitement d?un séropositif, on sait ce qui est dangereux et ce qui ne l?est pas. Je connais de nombreux usagers de drogue par voie intraveineuse séropositifs dont les femmes sont séronégatives malgré des rapports sexuels non-protégés. Même si, à terme, elles ont de fortes chances d?attraper le virus.

Maurice tarde trop à introduire une HIV and Human Rights Law, que la majorité des pays de la Southern African Development Community promulgue actuellement, qui protège autant les porteurs du VIH/Sida que les séronégatifs. Elle garantit l?accès à n?importe quel traitement médical à tout séropositif. Cela paraît simple mais dans la pratique, c?est autre chose. Par exemple, j?ai subi trois dilatations d?artères au Centre cardiaque de Pamplemousses mais j?ai encore besoin d?un pontage. Et le centre et la Clinique Darné ont refusé de m?opérer sous prétexte que j?allais contaminer leur matériel ! PILS a fait pression sur l?ancien régime et j?ai pu être opéré aux frais de l?Etat à la Réunion.

Si la législation était en vigueur, ce genre de refus aurait été inadmissible. Avec cette loi, aucun employeur ne peut renvoyer un employé qui est séropositif, et on n?aurait pu séparer les détenus séropositifs des autres.

● <B> Où en est-on avec cette législation à Maurice ? </B>

Au cours de la dernière rencontre du National Aids Committee, il y a 15 jours, le représentant du parquet a dit que son ébauche est prête. Mais j?espère que les organisations non gouvernementales concernées par le VIH/Sida auront un droit de regard avant qu?elle ne soit soumise à l?approbation du Conseil des ministres.

● <B> Les nouvelles contaminations viennent plus des usagers de drogue par voie intraveineuse. Comment voyez-vous l?application du programme d?échanges de seringues ? </B>

Il faut d?abord que l?Attorney General, Rama Valayden, abroge l?article 34 du Dangerous Drugs Act: elle préconise une amende ne dépassant pas Rs 10 000, et un emprisonnement de moins d?un an en cas de récidive, pour toute personne trouvée en possession d?une seringue liée à l?usage de drogue. Il doit aussi revoir la question de certificat de moralité. Il est impossible d?aider de nombreux anciens usagers de drogue par voie intraveineuse, qui veulent réintégrer la société, et à qui nous pouvons trouver un travail, car l?employeur réclame invariablement ce certificat. Une personne qui a purgé sa peine ne doit pas être condamnée à vie.

Nous faisons un plaidoyer pour l?application du programme d?échanges de seringues dans un centre spécialisé. Cela ne signifie pas qu?on reprend une seringue usagée contre une autre. Cet échange doit être mené par des travailleurs sociaux formés et capables de sentir que l?usager de drogue est prêt à se lancer dans un programme de sevrage. Celui-ci doit s?articuler autour de la distribution de méthadone, médicament de sevrage, qui permet au toxicomane de ne pas être en manque. Les autorités doivent aussi doubler leur lutte contre la drogue. Pour la réussite d?un tel programme, il faut que tout le monde, gouvernement comme ONG, conjuguent leurs efforts. Jusqu?à présent, l?Etat fait la sourde oreille, de peur de s?entendre dire qu?il protège les toxicomanes. En attendant, le VIH/Sida poursuit son avancée.

● <B> Nous avons parlé des droits des séropositifs, mais quid de leurs responsabilités? </B>

Le séropositif doit avertir son(a) partenaire sexuel(le) de son état. S?il ne trouve pas ce courage, PILS ou son médecin peut le faire, mais avec son accord. Il ne doit pas utiliser sa séropositivité comme métier, pour mendier par exemple, ni comme arme. Il doit aussi se faire soigner. Beaucoup de séropositifs ne suivent plus leurs traitements dès qu?ils perçoivent l?allocation sociale de Rs 1 900 par mois. Ce n?est pas normal.

Propos recueillis par

Marie-Annick SAVRIPÈNE

LE VISAGE DU SIDA DANS LE MONDE

<B>Une vigilance et une lutte de tous les instants nécessaires</B>

■ Tout en montrant certains signes encourageants ? une diminution du taux d?infection dans certains pays africains et dans les Caraïbes - le VIH/Sida continue sa progression dans le monde. C?est ce qu?indique le rapport conjoint de l?ONUSIDA et de l?Organisation mondiale de la santé pour 2005.

Si au Kenya, au Zimbabwe et dans certaines zones urbaines du Burkina Faso, le taux de prévalence du VIH/Sida a chuté, il y a eu cinq millions de nouvelles infections cette année dans le monde. Le nombre de personnes vivant avec le VIH/Sida est à son niveau le plus élevé enregistré jusqu?ici, soit 40,3 millions d?êtres humains.

Plus de trois millions sont mortes de maladies opportunistes liées au virus, dont 500 000 enfants. Les augmentations de prévalence les plus notables sont en Europe orientale, en Asie centrale et en Asie de l?Est. Mais l?Afrique sub-saharienne reste la région la plus touchée du globe avec 64 % de nouvelles infections, soit plus de trois millions de personnes. Ce qui indique que ce fléau nécessite une vigilance et un combat de tous les instants.

Publicité