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Place aux totems

26 octobre 2008, 20:00

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Sous le titre «totems artistiques pour les places publiques», les enseignants stagiaires du PGCE du département Arts plastiques du Mauritius Institute of Education (MIE) honorent la fin de leur formation en exposant leurs ?uvres, réalisées en solitaire ou en groupe. Les ?uvres seront visibles dans la salle d?exposition du département et dans l?arrière-cour de l?institut, à Réduit du 1er au 8 novembre.

L?originalité dans cette manifestation se trouve dans la sagacité avec laquelle ces artistes ont su précipiter dans le champ de la création artistique des éléments communs, quotidiens : métaux, polystyrènes, bois, briques et tissus. Tirant profit de l?innovation qui rappelle les avant-gardistes du XXe siècle, tel Picasso qui renonce à modeler la terre pour assembler des éléments industriels et suggérer une nature morte d?instruments, ils ont donné vie à la diversité des matériaux de récupération utilisés pour l?occasion : pots d?échappement, tuyaux en p.v.c., hélice de ventilateur et roues de bicyclette qui rappellent le ready-made de Marcel Duchamp («Roue de bicyclette fixée par la fourche sur un tabouret», actuellement exposée au musée national d?Art moderne de Paris).

L?animation de la matière

Et suivant le pas à Georges Braque et ses contemporains qui, après 1912, ont inventé ce qu?il est convenu d?appeler les «papiers collés», ils ont également révélé leur savoir-faire en la matière. Papiers journaux, fragments découpés, affiches, et papiers peints s?allient avec cordes, fers en plaques et grilles métalliques. Enfin, l?animation de la matière est si bien réussie que, du coup, ces installations placées dans l?arrière-cour du campus ne manquent pas, du haut de leur posture, d?interpeller les passants, comme ce «Ratsitatane enchaîné» ou encore cet assemblage de matériaux qui fait penser à la femme africaine.

D?aucuns conviendront que s?il s?en dégage spontanément un pouvoir suggestif, c?est parce que ces assemblages ont su faire des débris un triomphe artistique !

Ces ?uvres, à la fois contemporaines et futuristes, mêlant tant bien que mal et parfois même fortuitement (avouons-le ? puisque l?amateurisme oblige par certains détails) les divers matériaux, loin d?être des pâles copies aux vaines tentatives d?imitation des maîtres, promettent une vraie méditation esthétique à venir de la part de nos exposants. Du moins le souhaite-t-on ! Surtout quand on songe à l?esprit d?artiste néoduchampien qui les anime et grâce auquel ils ont pu saisir les choses ordinaires pour en faire des symboles esthétiques qui épousent des formes humaines ou qui sont tout simplement une représentation totémique de l?être humain qui s?adresse, parfois, semble-t-il, aux «extraterrestres».

La métamorphose du réel

Quoi qu?il en soit, la métamorphose du réel n?est pas gratuite. Entre les masques qui voilent et dévoilent l?expression humaine et les imprimés et cartes qui s?adressent au public, l?inachèvement même des formes invite au dépassement de l?objet, à la suggestion et à l?interprétation.

Du côté de la peinture, l?exploitation des formes et des couleurs, sur toiles, bois, cartons et papiers, répond à une volonté de dynamiser le réel avant de le symboliser. A cause de cela, un double regard s?impose. Un regard panoramique sur l?ensemble et un regard démystificateur sur les menus détails. Ainsi va-t-il de ce tableau de forme octogonale qui, sur fond de couleurs vives et agressives, représente une danse de silhouettes humaines. Au premier regard, il propose l?interprétation d?une scène d?enfer, mais à bien y voir, il illustre plutôt un hymne à l?amour, confirmé après coup par l?artiste.

Quoi qu?il en soit, si l?art contemporain issu du temps des avant-gardes laisse place à diverses réalisations possibles, c?est sans doute pour mieux fonctionner comme le goulot : il y aura beaucoup d?appelés et peu d?élus. Comme nous le montre cette exposition qui accueille sur sa plate-forme une multitude d??uvres avant de léguer à la postérité le vrai génie artistique ! Combien sont celles qui ne seront pas un phénomène de mode ? Et que restera-t-il de cette tentative esthétique ? Sans doute, la foi dans l?art. Mais n?est-ce pas là, un art des plus nobles ?

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