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Pirouettes
<B>Par Raj MEETARBHAN</B>
Est-ce une inconstance dans les idées, une volte-face ou un étrange sens de l?humour ? Difficile de dire. Toujours est-il que le Premier ministre a lancé, hier, sur un ton sérieux, qu?il n?hésitera pas à recourir à la loi anti terroriste, le «Prevention of Terrorism Act» (PoTA) pour sévir contre des fauteurs de troubles. Dans l?opposition, il avait vivement combattu cette loi, promettant même de l?abroger dès qu?il arrive au pouvoir.
«Ne venez pas protester quand vous serez arrêté et poursuivi sous le Prevention of Terrorism Act», s?est écrié Navin Ramgoolam en ciblant ceux qui «troublent la paix publique et l?harmonie sociale». Il a brandi cette menace alors qu?il répondait à une question du leader de l?opposition sur les groupes qui prennent la loi entre leurs mains. Même s?il est normal qu?un politicien s?endurcisse à l?épreuve du pouvoir, personne ne pouvait espérer voir le Premier ministre se réconcilier avec cette loi «scélérate» aussi aisément.
Adopté dans le sillage des attentats du 11 septembre 2001, le PoTA avait été vivement contesté par le PTr quand il était dans l?opposition. A tel point que lorsque Angidi Chettiar refuse, en sa capacité de président suppléant, de signer le document qui donne force de loi au texte voté par le Parlement, Navin Ramgoolam le félicite avec enthousiasme. «C?est un homme de principe», disait le leader du PTr avec admiration devant le geste de celui qu?il devait reconduire à la vice-présidence quelques années plus tard. Angidi Chettiar avait, entre autres, allégué que le PoTA visait une communauté particulière.
Il faut également relever le fait que même si elle a été votée à l?Assemblée nationale depuis le 4 février 2002, c?est sous le gouvernement dirigé par Navin Ramgoolam que la loi anti terroriste a été appliquée pour la première fois. En effet, c?est en avril 2007 qu?un suspect est inculpé pour la première fois sous cette loi. Celui-ci était accusé d?avoir «threatened to do an act of terrorism» durant une manifestation contre un jugement de la Cour suprême sur l?utilisation des haut-parleurs pour la diffusion des prières.
Mais la surenchère politique a toujours entraîné plein de contradictions et de surprises. Aucun parti, aucun dirigeant ne fait exception à la règle. Quand la police utilise les dispositions du PoTA à l?encontre de quelques manifestants de rues en avril 2007, le leader du MMM est monté au créneau pour critiquer la décision de la police. Paul Bérenger explique alors que le PoTA ne vise que le terrorisme international. Pourtant, cela n?était pas explicite quand sa majorité politique avait défendu et voté la loi en 2002.
Les plus cyniques d?entre nous diront que ce ne sont que des pirouettes inhérentes à la politique. Ils n?ont pas totalement tort. Et si un jour les politiciens arrivaient à comprendre que pour gagner quelques voix, ils risquent de perdre beaucoup de leur crédibilité?
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