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Pierre Dinan craint une 3e dévaluation

1 octobre 2006, 20:00

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Prenant la parole lors d?un meeting du RPL (Rassemblement pour le Progrès et la Liberté), à Stanley, l?économiste Pierre Dinan avoue appréhender une 3e dévaluation : « Nous vivons une tragi-comédie en au moins trois actes. Le premier s?est joué le 24 octobre 1979, le 2e, le dimanche 27 septembre 1981, avec le prétendu ajustement travailliste de notre roupie, et le 3e acte, j?en ai bien peur, débouchera sur une 3e dévaluation. Nous sommes pris dans un engrenage dangereux. La seule façon d?éviter que n?intervienne cela c?est de tout faire pour encourager la production, relancer l?économie, donner des moyens à la libre entreprise de se développer rapidement ».

Il ajoute : ?Le gel des prix est de la poudre aux yeux?. Il compare l?économie mauricienne à un pneu crevé. On peut certes le regonfler et rouler pendant un temps encore mais sans pouvoir empêcher le prochain aplatissement. On peut multiplier les gonflements. Le palliatif ne vaudra que pour un temps de plus en plus court. Tôt ou tard, il faudra réparer comme il le faut le pneu crevé si l?on veut qu?il nous serve utilement et durablement.

Le MMM, qui ne parle que de nationalisation, est encore plus dangereux que Ringadoo, regonflant indéfiniment un pneu crevé. Le MMM propose tout bonnement de crever les pneus non crevés.

Philo Blackburn stigmatise ce PTr, tenu à bout de bras par des transfuges. ?Voyez où l?incompétence, la corruption, le népotisme mènent l?île Maurice. Le PTr est bel et bien fini ?. (NdlR : Cette diatribe n?empêchera pas le RPL de s?allier au PTr pour combattre le MMM-PSM, en juin 1982, et nos deux orateurs de devenir les colistiers de SSR et de SVR).

D?autres hauts cadres du secteur privé n?hésitent pas à critiquer vertement cette 2e dévaluation de notre roupie mais sans avoir le courage politique de Philo Blackburn et de Pierre Dinan de monter sur une caisse de savon pour le dire.

Maurice Paturau regrette qu?on dévalue plutôt que de pratiquer une vraie politique d?austérité. Une dévaluation doit s?accompagner de mesures complémentaires judicieuses. Encore plus sagement, il dit : Nulle utilité de revenir sur le fait accompli de la dévaluation. Il nous faut unir nos efforts pour qu?elle devienne un succès complet. La balance des paiements s?améliorera mais le produit national brut perdra de sa valeur réelle. Le pouvoir d?achat du consommateur continue à chuter, diminuant d?autant la production locale des biens de consommation.

Michel de Spéville récuse cette politique de ?sparadrap?, de ?colmatage?, car le fond du problème demeure entier. Le Sucre respire encore mais on se garde d?enlever ce n?ud coulant qui l?étrangle et l?oblige à respirer au goutte-à-goutte. Il y a contradiction entre la relance de nos exportations et les contraintes protectionnistes de plus en plus nombreuses qu?elles doivent affronter. Dévaluation ou ajustement, le fait est que les équipements risquent de coûter plus cher. La valeur des importations alimentaires représente, en 1981, 50 % des revenus du sucre exporté (avant la ponction de 23,6 % sous forme de taxe de sortie cum surcharge). Il s?agit d?une hausse de 19 % depuis 1975. Le Sucre a déjà exporté 20% de sa production, perdant ainsi 20 % des 20 %.

Fakru Currimjee de la MEPZA déplore que, dévaluation ou rajustement, cela n?est pas un signe de bonne santé. Il craint par-dessus tout que les coûts de production, main-d??uvre comprise, n?augmentent dans la même proportion que le rajustement-dévaluation. Les coûts des matières premières importées n?échappent pas, en tout cas, aux 20 % annoncés, le 27 septembre 1981.

Exception qui confirme la règle, Dawood Rawat, de la MEF, loue cette dévaluation de 20 %. A l?entendre, depuis 1980, notre roupie est surévaluée par rapport aux devises européennes. Il concède que ce positif sera d?une durée et que tout dépendra des quotas raisonnables que pourraient nous accorder les Etats-Unis. Autant croire au Père Noël.

Donnons à présent la parole aux politiciens. Pour Gaëtan Duval, la 2e dévaluation était prévisible. C?est bien simple : Maurice, sous gouvernement travailliste, est en train de devenir comme Madagascar et la Tanzanie. Il faudra faire la queue pour s?approvisionner. Richard et Xavier apprécieront. Yousuf Mohamed subodore une mesure dictée par le FMI. L?incompétence du GM travailliste le choque. Pour Guy Ollivry et France Vallet, si le PTr demeure au pouvoir, nous irons de dévaluation en dévaluation. Il faudrait que l?électorat mauricien ait les pieds sur terre. Philo Blackburn y voit le résultat de l?incompétence, et de la mauvaise gestion économique du PTr. Il faut mobiliser les Mauriciens pour se débarrasser de ce parti. Pour remonter la pente, l?électorat doit désigner une équipe gouvernementale compétente, capable d?attirer les investisseurs, capable de sublimer le travail. Pour Kishore Deerpalsingh et le PSM, la dévaluation est le résultat de la corruption et de la mauvaise gestion du PTr. Alain Laridon parle de coup de massue infligé aux Mauriciens. Les syndicats, soutenant le PTr, réclament une compensation salariale. La FSSC s?insurge contre cette volonté délibérée d?appauvrir davantage la population mauricienne. La GWF constate que le gouvernement travailliste n?a plus le droit de rester au pouvoir. Même France Roussety se dit consternée par cette 2e dévaluation. Elle demande que les consommateurs soient davantage protégés. L?express éditorialise et de-mande : ?A quand la prochaine dévaluation ?? Il rappelle que le 20 août 1981, Ringadoo accusait une industrie sucrière irresponsable de vouloir créer une psychose au sein de la population. Il demande ingénument pourquoi Ringadoo dévalue, de nouveau, la roupie de 20 % puisqu?il ne croit pas dans le tam-tam sucrier et pourquoi l?Hôtel du gouvernement ne pavoise pas, si la dévaluation du 27 septembre 1981 est un progrès, comme le prétend la presse travailliste.

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