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Photos mais sages du CAPable

26 août 2007, 00:00

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Le Cercle des artistes photographes (CAP), organisation non gouvernementale, à buts non lucratifs, regroupant des passionnés de l?image, a tenu, ces jours-ci, son traditionnel Salon d?Août, en lui donnant une tri-dimension. L?exposition s?est, en effet, déroulée parallèlement au Front de Mer du Caudan, à la galerie Malcolm de Chazal au Lake Point, à Curepipe et, en principe, à l?hôtel de Ville de Rose-Hill. Le « en principe » est, ici, de rigueur car le vestibule d?entrée dudit bâtiment municipal affichait « huis-clos » vendredi dernier, 13 heures. Il ne sera donc pas question, ici, des ?uvres exposées à Rose-Hill.

Quoi de nouveau dans ce Salon d?Août du CAP ? Se détachent, bien sûr, quelques nouveaux procédés photographiques que permet le développement des images à l?aide de l?ordinateur. À qui remettre la palme de l?innovation dans ce cas ? L?embarras du choix se manifeste définitivement, mais sans réponse possible du côté de Thomas Henrico, de Pascal Mamet et, à un degré moindre, chez Lindsay Antonio.

Chez Pascal Mamet, on ne sait plus si l?on a affaire à un peintre et même à un coloriste particulièrement doué ou à un photographe. Son Rempart ressemble à s?y méprendre à la même montagne peinte par un autre Pascal mais Lagesse cette fois. Son coucher de soleil mauve ne manquera pas de plaire au ministre James Burty David lui qui appelle le Crépuscule des Militants de tous ses v?ux.

L??uvre amuse par son ingéniosité

Chez Thomas Henrico, en revanche, le photographe se mue davantage en un sculpteur particulièrement doué et s?ingéniant à déformer ce que ses doigts trop habiles créent de façon peut-être trop banale. Il est un artiste doué. Ces quatre masques persona aux couleurs nationales et donc quadricolores résument parfaitement l?image qu?on voudrait conserver de notre société mauricienne.

Il a raison de décomposer fleur, bocal, masque, Nikkon, luminaire, bouquet, fruits, tasse et même l??uf sur le plat, pourtant déjà cassé, car de la déformation naîtront des formes inédites et inconnues, donnant nouvelle vie et nouvelle dimension à l?expression esthétique. L??uvre échappe alors à la banalité et amuse par son ingéniosité à recréer à l?infini des formes préexistantes parfois à peine reconnaissables. Lindsay Antonio nous permet de contempler l?église de la Pêche Miraculeuse de La Gaulette sous un angle nouveau. Nous devons lui en savoir gré.

A côté de ces innovateurs, il y a des photographes à l?expression plus classique, mais sachant fort bien tirer la quintessence de l?objet photographié. Le journaliste donnera, bien sûr, la primauté à Rajeenee Panchoo, excellent photographe sportif, privilégiant la fraction de seconde où tout est encore grâce avant de redevenir banalité.

Il y a aussi la qualité du regard expert qui entrevoit et ce que les autres et même la concurrence ne voient pas. Toutes ses photos n?ont pas l?intensité de la course des sprinters sur fauteuils roulants ou encore son départ du 100 mètres haies au fond d?un entonnoir fait d?obstacles à franchir. Mais qu?il s?agisse de vététistes de tous âges, traversant une rivière, de la détermination du perchiste, de la pugnacité exemplaire d?Aurélie Halbwachs, plus grand aurait été le nombre de nos médailles, moissonnées à Ta Nana Arrive si nos pages sportives pouvaient s?illustrer de clichés comparables à ceux de Rajeenee Panchoo.

Marcel Poinen multiplie et avec succès ses ?uvres. Celles-ci s?arc-boutent volontiers à un fond de soleil couchant, inondant alors l?espace de couleurs chaudes, mais irréelles. Les silhouettes deviennent assez vite fantomatiques. Nous entrons là dans le domaine de l?alchimie car l?astre solaire transforme en or massif tout ce que ses ultimes rayons caressent. Un dépotoir peut alors devenir, au fond d?une telle irréalité, la prière d?un nouveau Job.

Le couchant sert aussi de prétexte pour contraster à l?extrême les zones d?ombre et les trouées de Lumière. L?ombre d?une tête, surplombant un sol pierreux, devient plus réelle que la terre réduite à l?état de décor.

Steeve Dubois rejoint même par moments Marcel Poinen quand il obtient que les derniers rayons du soleil couchant transforment en or pur le pourtour d?une simple pirogue.

Il excelle plus particulièrement quand il place un arbre de toute beauté entre le soleil couchant et lui. Le miracle réussit particulièrement sur la route du Sucre entre Floréal et Sadally. Savoir à présent quand cette photo a été prise. Après Hollanda, cet arbre se détachait comme un phare sur les falaises surplombant cette voie publique. Depuis, des buissons l?entourent et paralysent son envol.

Fraîcheur, éclat et luminosité

Cela nous rappelle qu?à Maurice, un bel arbre ou un beau paysage, ne nous interpelle qu?une fois. Passé ce moment initial de grâce absolue, il ne reviendra jamais plus sinon mutilé, diminué, devenu même l?ombre de ce qu?il fut car ayant entre-temps perdu fraîcheur, éclat, luminosité, état de grâce.

Jean-Pierre Madoosingh connaît la photographie comme ses dix doigts de musicien et même de compositeur. Il pourrait peut-être inventer les mélodies qui conviennent pour accompagner les commentaires suivants d?élèves scotchés devant les photos de Rishi Doomun.

À la galerie Malcolm de Chazal, un groupe d?écoliers visite, en même temps que moi, l?exposition du CAP. Ils s?attardent, en fins connaisseurs, devant les photographies religieuses, les icônes, de Rishi Domun. S?échappent de leurs lèvres innocentes mais sages les commentaires suivant que je retranscris en brut et sans me permettre la moindre correction, à l?intention des lecteurs d?Expresso.

Des messages visuels

● Main déversant un liquide sacré/ Sur un symbole divin/ Enveloppé, enguirlandé/Fleuri, vénéré, divinisé/ Inversant toutefois/La Création de l?Homme/de Michel-Ange/Car, ici, c?est l?Homme/Qui recrée Dieu/En lui attribuant une Plénitude/Que d?aucuns lui contestent.

● Même geste/Même sérénité/ Même piété/A la différence près/ Qu?une plante ici/Remplace le symbole divin/Oeuvre de la Nature/Et non de la main de l?Homme/Elle n?aspire pas moins/Après l?Eau Vive/Comme la biche assoiffée/Comme le malade insomniaque/Attend l?Aurore.

● Montmartre/Epaules voûtées/ Pour un repli sur soi/Plus prononcé/ Au-dessus du Tabernacle/La présencedivine/Eucharistique/Perpétuelle/Réparatrice/Toujours, d?une coudée/ La Grâce, la Faute transcendera.

Savoir à présent si ces enfants ont raison d?interpréter ainsi des photos, exposées à l?idée qu?ils se font de notre monde d?adultes. Ils soulignent cependant et de façon incontestable la qualité du message des exposants du Salon d?Août du CAP. Vous ne nous avez pas déçus. Nous vous savons gré de vos messages visuels. Ils sont adéquatement parlants.

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