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Philippe Zeltner,Conseiller à Air Mauritius
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Philippe Zeltner,Conseiller à Air Mauritius
Vinod Chidambaram ne sera bientôt plus aux commandes d?Air Mauritius. Il semble que le fauteuil de directeur général de cette compagnie soit un siège éjectable?
Contractuellement, tout directeur général est éjectable de son fauteuil! Ceci dit, en entreprise, si l?efficacité des résultats, associée à l?harmonie sociale est assurée, et s?il n?y a pas de délit de corruption, il est rare qu?un directeur général (D.G.) soit ?éjecté? en plein vol, surtout quand les résultats de l?entreprise sont satisfaisants.
Peut-on attribuer ces nouvelles secousses à la tête d?Air Mauritius à un conflit de personnalités ?
Seulement en partie. J?ai accompagné des états-majors où président et D.G. s?insupportaient franchement. Mais la raison d?Etat, et les intérêts supérieurs de l?entreprise s?imposent généralement aux incompatibilités d?humeur et aux conflits de pouvoir.
Il paraît que la ligne de démarcation entre la fonction de président du conseil d?administration et celle du directeur général n?est pas clairement définie?
C?est exact. Dans la plupart des grandes compagnies internationales, les domaines d?autorité du conseil d?administration et ceux de la direction générale sont clairement définis et statutairement confirmés, notamment quand il s?agit d?une entreprise nationale.
Il ne faudrait pas qu?un président, quelles que soient ses qualités, par ailleurs, tente de s?imposer lui-même dans les domaines d?action de la direction générale, et ce, par une multiplication de comités ou de sous-comités qui ne font qu?alourdir, compliquer et déstabiliser l?activité de la compagnie, qui s?exprime dans une hiérarchie de décisions.
Ce problème ne se poserait pas si le président du conseil était également directeur général. Mais cela irait à l?encontre de la tendance mondiale qui est de séparer les deux fonctions au nom de la bonne gouvernance?
Oui, car il n?est pas bon que le management de l?entreprise soit dépendant exclusivement du pouvoir capitaliste, et/ou politique.
Le fait que le poste de président est un poste politique complique-t-il le problème de démarcation des pouvoirs ?
Si le président est politiquement choisi, et nommé par le gouvernement ou par le ministère concerné, le poste lui-même n?est pas pour autant politique. Ce sont le profil et la trempe de l?homme à ce poste, ses compétences stratégiques, relationnelles, et avant tout son éthique, qui comptent.
Que pensez-vous de la présence de fonctionnaires aux conseils d?administration des entreprises étatiques ?
Tout dépend du profil, du champ de compétence et du rôle des fonctionnaires en question. En France par exemple, un conseiller d?Etat, médiateur et un représentant du ministère des Transports siègent au conseil d?Air France. Aux Aéroports de Paris ils y ont une place reconnue, conformément à leur autorité de tutelle. Toutefois, ils ne s?immiscent pas dans le management de la compagnie. Par contre, les membres de la direction générale consultent volontiers ces hauts fonctionnaires pour leur demander conseil dans leurs champs de compétences respectifs.
Quel devrait être le rôle des autres membres du conseil d?administration au cas où le président du conseil s?amuserait à imposer son point de vue ?
Il faudrait alors orienter les compétences de gestionnaire du président ? s?il en a effectivement ? vers d?autres horizons que celui de la compagnie dont il est président du conseil (et non pas le D.G.). Les membres du conseil devraient aussi s?attacher à stimuler une relation win-win entre leur président et le directeur général pour le bien de la compagnie.
La solution ne serait-elle pas de dissoudre le holding gouvernemental qui détient 50 % d?Air Mauritius Ltd ?
Je ne saurais répondre objectivement à cette question par rapport au contexte mauricien, mais il serait peut-être salutaire d?envisager cette dissolution pour remettre à plat la structure du conseil tel qu?il est composé actuellement !
Que répondrez-vous à ceux qui postulent que le gouvernement devrait contrôler une entité d?importance stratégique comme la compagnie nationale d?aviation ?
Bien sûr, le gouvernement doit contrôler une compagnie qui représente le cordon ombilical du pays avec le reste du monde. Mais de quel contrôle parlons-nous ? Le conseil d?administration, sous la responsabilité de son président, et au nom du gouvernement, a le devoir de valider le plan stratégique de la compagnie et les ressources techniques et financières de l?entreprise, ainsi que celui de veiller à l?orthodoxie des bilans financiers et des comptes de gestion annuels. Le seul domaine d?action à partager entre présidence et direction générale est, peut-être, celui de la communication externe, pour des raisons évidentes.
Là, devrait s?arrêter le contrôle de la compagnie par le gouvernement via le conseil d?administration. Tout le reste ? gestion des directions opérationnelle, commerciale, technique et financière, choix et animation des personnels, recrutement, système d?évaluation des performances, promotion des cadres, pour citer les domaines actuellement revisités par le président ? relève normalement de l?exécutif, c?est-à-dire du D.G., et du comité de direction, qui sont responsables devant le conseil d?administration qui en a recruté les membres.
Propos recueillis par Akilesh ROOPUN
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