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Philippe Tam In : ?Pitié pour l?enfant rodriguais?

29 mars 2005, 00:00

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Rodrigues rattrape le plus vite possible les retards accumulés dans son développement économique et social, grâce à la mise en place d?un gouvernement régional autonome, utilisé de façon optimale, engendrant une motivation collective rarement atteinte précédemment. Un rappel de la triste actualité rodriguaise d?il y a 25 ans permet de mieux mesurer les progrès réalisés.

Laissons d?abord la parole à Philippe Tam In, prêtre du diocèse de Port-Louis alors affecté à Rodrigues. Il lance un appel ?au nom de l?enfant rodriguais? en cette fin de mars 1980. Son réquisitoire est accablant pour les autorités éducatives. Il se contente pourtant de rappeler des faits. Décembre 1976 : promesse électorale d?éducation secondaire payée non plus par les parents mais par l?ensemble des contribuables. Janvier 1977 : il n?y a qu?un seul collège à Rodrigues. Oecuménique, il relève des diocèses anglican et catholique. Il fait ce qu?il peut mais ne peut certes pas accueillir tous les élèves ayant réussi leur passage du primaire au secondaire. 19 juin 1978 : ouverture d?un collège d?Etat en deux sections à Maréchal et à Port-Mathurin. Janvier 1979 : pas de collège d?Etat. 5 mars 1979 : manifestation des élèves à Port-Mathurin. Ouverture trois jours après de six sections à Maréchal et de quatre sections à Citronnelle. Le collège d'Etat ferme de nouveau ses portes en octobre 1979. Janvier 1980 : pas de collège d'Etat. 24 mars 1980 : nouvelle manifestation à Port-Mathurin . Le commissaire résident multiplie les appels téléphoniques vers Port-Louis, attendant une réponse qui ne vient toujours pas. Le constat est accablant : pas de bâtiment pour accueillir 600 élèves en attente ; pas de mobilier et d?équipements scolaires pour faire fonctionner un collège ; pas d?enseignants ; pas de logements pour héberger convenablement ces enseignants.

Et l?on dit que gouverner c?est prévoir. N?oublions pas qu?en mars 1980 le ministre de Rodrigues est Nicol François, député PMSD et grand ami de Gaëtan Duval tandis que le ministre de l?Education est Kher Jagatsingh. Celui-ci, tout comme James Burty David, n?apprécie guère la présence du PMSD dans la coalition PTr/PMSD et le leader des Bleus a peu d?estime pour ce duo. Entre-temps, les collégiens rodriguais font les frais de cette guéguerre.

Passons la parole au patron de Philippe Tam In, Mgr Jean Margéot. Il rentre de Rodrigues où il est allé présenter sa récente lettre aux Rodriguais. (Voir l?express du 15 mars 2005 : ?une sonnette d?alarme nommée Rodrigues?). Il rend compte de son voyage dans une île qu?il a trouvée verte et resplendissante après une pluviométrie généreuse. Il y a trouvé des potagers entretenus. Cela sent le retour à la terre. Les années de sécheresse n?ont pas tué la vocation agricole de l?île. En 1979 aussi, il a plu en abondance mais le Rodriguais n?est pas pour autant retourné sagement à la terre nourricière. Mgr Margéot demande s?il ne faut pas y voir un bienfait de la dévaluation de la roupie ayant entraîné une hausse des prix du riz et de la farine. De nouveaux règlements administratifs obligent regrettablement les fonctionnaires agricoles rodriguais à travailler à la journée comme leurs homologues mauriciens. Pourraient-ils travailler à la tâche qu?ils se seraient arrangés pour la terminer au plus vite, rentrer de bonne heure, se reposer et vaquer à d?autres tâches agricoles: dans leur potager personnel, produire les fruits et légumes qu?ils consomment et vendre tout surplus...

Les Rodriguais sont bouleversés par la proportion alarmante de l?alcoolisme dans leur île. Certains sont choqués qu?un tel thème ait pu être abordé en chaire. Mgr Margéot dénonce aussi l?absence prolongée d?un Island Council à Rodrigues en dépit des promesses. Il se félicite en revanche de travaux portuaires prometteurs et regrette de ne pas pouvoir en dire autant de travaux routiers réalisés à 20%. Il salue la construction de deux hôpitaux, à Mont-Lubin et à la Ferme, ainsi que de l?école de Grand-Lafouche-Corail. Le JSS n?a toujours pas ouvert ses portes, au dam des élèves et de parents qui n?osent pas manifester ouvertement leur frustration car à Rodrigues ?éna ène sèle laporte? : tout passe par le gouvernement et nul n?a intérêt à être sur ses listes noires.

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