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Philippe sans domicile fixe par déception amoureuse

7 février 2004, 20:00

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Philippe Isnard, 43 ans, voulait vivre en marge de la société, sans domicile fixe et errant comme une âme en peine. Le malheureux a connu une fin tragique à cause de son compagnon d?infortune, José Antoinette, lors d?une dispute dimanche soir sur un terrain abandonné à Caudan. Tôlier et peintre, un métier qui nourrit bien son homme, Philippe avait pourtant décidé de tout abandonner il y a dix ans pour vagabonder dans les rues de Port-Louis. Une existence réglée comme du papier à musique ne lui convenait plus. Vivre au jour le jour, dormir à la belle étoile et boire du vin rouge à bon marché lui procurait un sentiment de liberté, loin de ses soucis. Malgré les suppliques de ses proches désireux de l?héberger, il lançait « mo bien kot mo été là, pas bizin zot pran tracas pou mwa ».

Un épisode douloureux d?une vie misérable

C?est une déception amoureuse qui a poussé Philippe à choisir cette vie de bohème. « Il y a plus de vingt ans, il s?était épris d?une fille de Vallée-des-Prêtres. Elle s?appelait Kavita. Comme ses parents n?approuvaient pas cette idylle, elle s?était enfuie de chez elle pour venir habiter avec nous. Le jour de leur mariage, des proches de la jeune fille ont débarqué et l?ont enlevée pour la marier avec un autre », confie sa cousine, Denise St-Martin. Il n?a jamais pu oublier cet épisode douloureux de sa vie. Il n?a pas non plus cherché à retrouver sa bien-aimée. C?est à partir de ce moment qu?il commence à réfléchir sur le sens de sa vie. Abandonné par son père lorsque sa mère est morte en couches, Philippe se sentait délaissé. Il déprime. Malgré ses tentatives de se rapprocher de son père adoptif, il n?est plus le même.

Philippe quitte alors le toit que lui a offert le père de Denise St-Martin, Antoine, depuis son enfance. Il ne peut se résoudre à continuer d?être un poids pour sa famille d?accueil. Il traîne dans les rues, boit pour exorciser ses démons jusqu?à ce que son foie le lâche. Atteint d?une cirrhose, il est hospitalisé pendant plusieurs semaines. Il continue à ingurgiter rhum et vin, malgré les avertissements de son médecin. Tous les deux ou trois mois, il refait surface chez les St-Martin, route Pamplemousses, à Port-Louis ou chez sa tante Rosinette Euphrasine à Vallée-des-Prêtres. Il y reste pendant quelques semaines, pour faire des tâches ménagères ou peindre, avant d?être de nouveau tenté par l?alcool.

La part du lion

De nouveau à la rue, il tente de joindre les deux bouts avec sa pension de l?assistance sociale et en vendant des objets récupérés. Avec José Antoinette, 41, il écume la capitale à la recherche de canettes de bière et de boissons gazeuses qu?ils revendent à un magasin de la capitale. Dimanche, le butin était de Rs 65. Lors du partage, Philippe s?est taillé la part du lion avec Rs 35. José n?apprécie pas et le lui reproche après deux lampées de vin. Philippe l?insulte et saisit le couteau qui leur a servi à préparer une salade. Dans la lutte qui s?ensuit, José lui arrache l?arme des mains et lui lacère le visage? c?est le drame. La lame glisse et atteint Philippe à la carotide. C?est ce que José, accusé d?assassinat, a avoué aux hommes de l?inspecteur Hemant Ramlogun de la police criminelle du port et du surintendant Clifford Parsad de la Major

Crime Investigation Team (MCIT). Philippe est mort comme il le voulait : loin des siens. Pourtant, ce sont les St-Martin qui ont enterré ce « tonton » qui voulait vivre autrement?

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