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Ph. Lenoir préconise un Musée du Sucre

24 octobre 2005, 20:00

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Les Mauriciens, conscients de tout ce que leur pays et son économie, enfin diversifiée, doivent à la canne à sucre et à l’industrie sucrière, peuvent, quand ils le désirent, se rendre en pèlerinage à Beau-Plan et, grâce à un musée, accessible à un public de plus en plus nombreux et attentif, se remémorer le moindre détail de la glorieuse Aventure du Sucre de Maurice. Dans les 5 000 mètres carrés de cette cathédrale industrielle et sucrée, nous revivons ainsi toute la complexité de cette grande épopée de technologie sucrière, le savoir-faire et la débrouillardise des Mauriciens. Chaîne de production laissée sur place et même complétée, appareils divers et autres équipements, courts-métrages, bandes son, photos, estampes, graphiques, notices explicatives, dessins animés, hôtesses-guides, conférences, débats, animations, les moyens ne manquent pas pour fournir aux visiteurs, mêmes les plus curieux, toutes les informations désirées sur l’odyssée du sucre, depuis l’introduction, le 8 novembre 1639, de la canne par Adriaan van der Stel, jusqu’à la menace de réduire de 39%, le prix sucrier préférentiel que l’Europe offre à ses anciennes colonies, condamnées à ne produire que du sucre en matière d’exploitation agricole rentable à long terme.

Si L’Aventure du Sucre réussit à merveille à perpétuer la mémoire et l’histoire de notre sucre, notre “pied dou riz”, nous ne devons pas oublier ce visionnaire et entrepreneur hors pair que fut, de son vivant, Philippe Lenoir. Il compte parmi les premiers à avoir réclamé publiquement et par écrit la création, pourtant indispensable, d’un Musée du Sucre à Maurice. Certes, la Station Agronomique de Philippe Bonâme et de ses successeurs jusqu’à notre MSIRI, la Revue Agricole de Maurice depuis 1922 et ses ancêtres, le Livre d’Or de la Chambre d’Agriculture de 1953, dont on attend toujours la suite, des livres aussi précieux que “Mes champs et mes moulins” de Frédéric North-Coombes et “L’histoire des domaines sucriers”, de Guy Rouillard, la revue PROSI, dirigée tour à tour par Paulo Eynaud, Freddy Appasamy et Jacques Dinan, mettent à la disposition des chercheurs et des intellectuels tous les détails possibles de la saga de notre industrie sucrière mais seul le musée L’Aventure du Sucre de Beau-Plan offre au grand public cette promenade dans les couloirs du temps et de la production sucrière. Seul ce musée incomparable réalise vraiment le rêve de Philippe Lenoir.

Nous sommes à la mi-octobre 1980, le directeur de la librairie Le Trèfle, le président d’alors de l’Amical France-Maurice, le promoteur du don, à la ville de Saint-Malo, d’une réplique de la statue portlouisienne de Mahé de La Bourdonnais, Philippe Lenoir prend pour la énième fois la plume mais cette fois pour réclamer la création d’un Musée du Sucre à Maurice. Suivons le fil de sa pensée éminemment visionnaire.

L’île Maurice vit du sucre. Etoile et clé de la Mer des Indes, elle en est aussi la perle sucrée, pour reprendre l’expression inspirée de Joseph Conrad. L’histoire de Maurice et celle de la canne à sucre sont indissociables. L’une n’aurait pu se faire sans l’autre. Philippe Lenoir conclut alors : “Il convient de créer un musée de l’industrie sucrière qui en retracerait l’histoire et grouperait les éléments divers”.

Lenoir décrit les ingrédients de son musée du sucre. Il doit se composer de machineries anciennes, de vieux moulins, de vieux équipements qui rouillent ici et là sous les ronces, de cuves géantes et autres batteries, de locomotives et wagons d’antan, du “ti-train longtemps”, de calèches des dames du temps jadis et de leurs cavaliers servants, de la charrette à tout faire. Il signale l’importance de l’aspect pictural retraçant les différentes étapes de cette légende sucrée mais aussi dorée, sinon bronzée. Il souhaite une bonne vulgarisation technique. Il met en exergue la formidable attraction touristique que peut constituer un tel musée.

Où le créer ? Philippe Lenoir opte pour les majestueuses ruines de Belle-Mare, le domaine de Tonton Pierre Armoogum jusqu’à son récent décès. “L’endroit idéal”, clame-t-il, avec ses murs historiques si bien conservés, sa belle cheminée. C’est là, se souvient-il, que son prédécesseur à la tête du Cernéen, Adrien d’Epinay, installe le premier moulin à vapeur pour alléger la rude tâche des hommes. Le verger pourrait être recréé autour de l’usine. Il se souvient des “divines mangues” de son enfance, dégustées en ces lieux bénis. Plus visionnaire que jamais, Philippe Lenoir entrevoit la possibilité de spectacles Son et Lumière. Il conclut en fin connaisseur de notre histoire : “Mauritius, Ile de France, île Maurice : trois noms pour une île qui n’est pas riche seulement des exploits des corsaires et de ses entrepreneurs mais aussi de l’épopée du sucre”.

Et dire qu’on a jamais pensé mettre à la disposition d’un de nos sculpteurs les vieilles pièces de machines et d’appareils sucriers, pourtant disponibles, jusqu’à récemment dans la cour de Bassin S.E., pour édifier une stèle à la mémoire des 200 employés, ayant périu sous les décombres causés par le terrible cyclone du 29 avril 1892.

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