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Phénomen

10 juillet 2008, 20:00

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L?ADN de tout organisme n?aurait apparemment nulle autre fonction que celle de se reproduire. C?est pourquoi tout organisme est pourvu de systèmes de défense assurant sa survie jusqu?à ce qu?il soit en âge de se reproduire. Les plantes étant immobiles, leurs systèmes de défense pourraient prendre la forme de toxines lâchées dans l?air et qui seraient à même d?amener un éventuel agresseur à des comportements auto-destructeurs ? allant par exemple, jusqu?au suicide. Et, comme au cours de l?existence du monde, aucune autre espèce n?aura autant agressé les plantes que la race humaine, il est normal que celle-ci finisse par faire l?objet d?une riposte de derrière les fagots.

Il appartiendra aux esprits scientifiques de déterminer si tout cela tient du postulat scientifique basé sur l?observation et la cogitation rigoureuse ou tout simplement de la fumisterie New Age. Les amateurs de fantastique, eux, savent très bien que c?est justement dans le flou scientifique ou dans les théories fumeuses que s?élabore la meilleure fiction. M. Night Shyamalam, cinéaste indo-américain, en a même fait son fond de commerce et c?est cette idée de la riposte des plantes qui est le point de départ de Phénomènes, son dernier film.

Un départ sur les chapeaux de roues, avec des suicides dans Central Park à New York, dans une première séquence, puis des man?uvres qui se jettent par grappes du haut d?un immeuble en construction dans la séquence suivante. La première évoque Hitchcock dans son approche plan par plan, jusqu?au drame clé de la scène. La deuxième séquence évoque le 11/9, laissant l?in-conscient collectif faire le reste.

Rien n?est plus effrayant qu?une menace dont l?origine est inconnue et rien n?est plus terrifiant que de voir ce qui nous est familier et rassurant se transformer tout à coup en menace. Les milliers d?oiseaux fous d?Hitchcock sont ici remplacés par des millions de plantes de toutes dénominations évidemment partout, dans les parcs, les jardins, aux abords des routes, dans les champs, etc. L?immobilité des agresseurs est compensée par les mouvements de panique des populations humaines devenues victimes et c?est à travers les personnages que se développe le récit de la catastrophe. Mark Whalberg est professeur de biologie dans un lycée, il est marié à Zoey Deschanel et ils fuient vers Philadelphie en compagnie d?un ami mathématicien (John Leguizamo) qui meurt assez tôt et de sa petite fille (Ashlyn Sanchez) qu?ils prendront en charge.

Avec un minimum de moyens, M. Night Shyamalam parvient à installer une vraie tension dans Phénomènes. Celle-ci s?amplifie tout en rebondissant sur des scènes tragiques placées aux bons endroits et le spectateur finit par ressentir les émotions que procurerait un film catastrophe réussi. Pour preuve, la scène dans laquelle le train des fugitifs s?arrête en rase campagne, puis celle du ?diner? et celle où plusieurs groupes de fugitifs se croisent à un carrefour. Autant de moments pendant lesquels viennent jouer le chaos et la panique, éléments que le cinéaste parvient à mettre en scène d?une manière d?autant plus efficace que celle-ci repose uniquement sur l?astuce et la bonne direction d?acteurs. Pour le spectacle, il y a tous ces suicides qui sont d?autant plus effarants qu?ils sont accomplis de manière sereine, comme si de rien n?était. Malgré quelques moments de mélodrame et d?autres moments d?autodérision, le film reste focalisé et le récit reste captivant jusqu?à la fin.

L?air de rien, M. Night Shyamalam a su réaliser une série B efficace sans pour autant y sacrifier son univers, ainsi qu?il en avait fait le pari. Et, en y regardant bien, son film évoque par moments La guerre des mondes, l?original de 1953.

<B>G.N.</B>

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