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Petite Japoniaiserie
“…Le monde d’où je viens est aussi mystérieux qu’il est fragile et il ne saurait survivre sans ses mystères…”, nous dit la geisha Sayuri (Zhang Ziyi) en voix “off” dans la toute première séquence. Pour mettre en scène cet univers des geishas, empreint d’élégance ainsi que de divers raffinements et subtilités, il aurait peut-être fallu un réalisateur autre que Rob Marshall (c. Chicago), dont la subtilité n’est pas le point fort. Ce n’est pas qu’il soit incompétent ; il est même très habile et, disons, très professionnel.
Mémoires d’une Geisha commence assez bien. Deux petites filles vendues en pleine nuit par leur père à l’intermédiaire d’une maison de geisha. La patronne (Kaori Momoi) en gardera une, l’autre sera revendue à un bordel. Cette première partie du film est riche en atmosphère(s) et très maîtrisée tant du point de vue de la mise en scène que de la direction d’acteurs, surtout des deux jeunes actrices. C’est du Dickens éclairé par une lanterne japonaise : il s’en dégage une vraie émotion, surtout au moment où les deux enfants sont séparées et par la suite lorsque la petite Chiyo (Suzuka Ogho) découvre la cruauté du monde qui l’entoure, particulièrement celle de la Geisha Hatsumomo (Gong Li).
À cela, il faut ajouter que les images sont somptueuses : celles du village au bord de la mer, celles du Kyoto d’avant la guerre, d’un lever de soleil sur Kyoto, d’un autre lever de soleil sur Kyoto et encore un lever de soleil, etc. Voilà une histoire dans laquelle le soleil n’en finit jamais de se lever.
Le spectateur a aussi droit aux cerisiers en fleurs, aux joutes de Sumo et aux jardins japonais. C’est-à-dire à tout ce que l’on voit dans ces documentaires touristiques généralement accompagnés des platitudes d’usage (style Voyage). Ces clichés apparaissent comme des passages obligés dans Les Mémoires d’une Geisha ; comme par une nécessité de donner au spectateur des repères qui lui seront familiers. Habilement, le scénariste a su trouver un prétexte valable pour insérer chacun d’eux dans cette histoire ; dommage que le metteur en scène, lui, ait cru devoir nous les lancer en pleine figure.
Ce film ayant bénéficié d’un très gros budget, la nécessité de rentabiliser une telle entreprise vient probablement expliquer la présence en tête du générique de trois stars internationales (ce qui aurait été impossible avec des vedettes japonaises dans les rôles principaux) : Gong Li, Zhang Ziyi et Michelle Yeoh. Autrement dit, deux Chinoises originaires de Chine et une de Malaisie, toutes les trois jouant des rôles de geishas. Cette recherche d’une “caution asiatique” aux dépens de la crédibilité n’a pas manqué d’agacer quelque peu les Japonais. La question d’ethnicité mise à part, certains parlent d’une mauvaise maîtrise de l’anglais pour Gong Li et Zhang Ziyi dans la version originale. Il est difficile d’en juger dans la version doublée, mais on peut au moins affirmer que les trois sont impressionnantes pour ce qui est de la gestuelle et des expressions.
Les seconds rôles importants ont néanmoins été attribués à des acteurs japonais, tous excellents, mais pratiquement inconnus du grand public. En tête, Koji Yakusho (Nobu – san), admirable ; mais c’est évidemment Ken Watanabe (Le dernier samouraï) qui a la vedette. Son personnage (le Président) tout en générosité et grandeur d’âme est celui dont la geisha Sayuri finira par devenir la maîtresse attitrée. Car il y a un happy end, c’est obligé. Voilà : on s’attendait à une initiation à l’univers secret des geishas, on n’aura en fait droit qu’à une version moins digeste de Pretty Woman.
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