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Peinture et terre cuite magnifient la nature
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Peinture et terre cuite magnifient la nature
Le visiteur doit faire attention en entrant dans la salle d?exposition de la Maison de l?Alliance française, à Bell-Village. Les tableaux d?Ulla Bouic rassurent. Ils sont sagement alignés le long des cimaises. Ils inspirent confiance par leur facture rassurante, le soin apporté à leur réalisation, leur vif coloris, leur parti pris de mettre en exergue la beauté de la nature mauricienne. Leur omniprésence pourrait, mais à tort, bien sûr, faire de l?ombre aux sculptures de Jean-Yves L?Onflé qui partagent pleinement pourtant la philosophie à la fois esthétique et écologique d?Ulla Bouic.
Cela tient, en partie, au fait que le visiteur est accueilli, côté sculpture, par des ?uvres ressemblant beaucoup à celles qu?on retrouve ici et là, et réalisées à partir de branches ou de racines sommairement travaillées, mais outrageusement vernies pour masquer la grossièreté du polissage.
Peinture vegetative et ensorcelante
L?opinion du visiteur change du tout au tout en apprenant que ce qu?il prend sans savoir pour un morceau de bois est en fait une belle terre cuite à la fois pyramidale et longiligne amoureusement caressée jusqu?à ce qu?un perfectionnisme exigeant parvienne à lui donner une ressemblance encore plus belle que la réalité et que renforce un son quelque peu métallique, faisant même songer à une ?uvre en bronze ou en fonte.
Tout autre devient alors le regard contemplatif du visiteur sur les autres sculptures, prises tout aussi naïvement pour de simples noix de coco, pour des écorces de palmistes, pour des amandes de badamier géantes, pour des graines de raphia ou provenant d?autres arbres locaux, indigènes ou exotiques. L?on n?ose croire que toutes ces merveilles de la nature ont été créées et même magnifiées par la main de l?Homme, par la main d?un Mauricien.
Que celle-ci a amoureusement, pieusement, laborieusement, pétri la terre glaise pour que, passée l?épreuve du feu purificateur, elle devienne à volonté vase-noix de coco aux formes à la fois arrondies et épurées, racines de multipliant plus vraies que nature, amandes géantes, éventrées ou non, avec autant de grâce qu?une peinture surréaliste de Salvador Dali.
Accrochons-nous à ces racines de « lafouche », car elles inspirent aussi en grande partie les toiles d?Ulla Bouic. Elles descendent du ciel avec la grâce que sait leur donner cette artiste. Tantôt elles se contentent de se mirer dans l?onde, souvent trop verdâtre, d?une de nos rivières. D?autres fois, elles préfèrent, avec davantage de réussite, encadrer un escalier en pierres menant à la mer voisine ou enjamber un parapet. On les retrouve ondulantes, avec une grâce toute féminine, quelque part entre ciel et terre. Leurs s?urs lianes excellent également dans l?étreinte sans que l?on puisse affirmer avec certitude si elles font corps avec un tronc hospitalier ou si elles le parasitent sans vergogne.
Ne quittons pas cette peinture végétative si ensorcelante sans dire tout le bien qu?il faut penser des trois troncs de cocotier, pique-niquant au bord de mer, même si l?ombre qu?ils projettent sur l?herbe peut paraître d?un vert excessif. Il faut saluer cette composition inspirée faisant de ces trois troncs les piliers d?un magnifique vase invisible. On sort de la rêverie qu?ils engendrent si aisément pour déplorer une curieuse tendance de l?artiste pour pousser le sujet principal de ses ?uvres, on n?ose le qualifier ici de central, vers l?extrême gauche du tableau.
Le surréalisme d?un Salvador Dali
Autre exemple de ce parti pris pour la gauche même extrême : un autre tronc de cocotier s?y colle laissant la majorité de la toile à la droite. On le regrette d?autant qu?Ulla Bouic est une de nos rares peintres à avoir compris que le tronc d?un cocotier, avec ses palmes massives en forme de piquants d?oursin, avec son pagne végétal drapant avec élégance leur pudeur, avec leurs grappes de noix de coco naissantes, les oripeaux végétatifs en voie de décomposition, assurant l?aspect pendant d?un décor allant, autrement, dans toutes les directions, est le plus bel objet végétal qui soit sur terre.
On ne comprend pas pourquoi fait-elle d?un pagne, sinon d?un sari végétal, un collant, une gaine, comprimant à mort le tronc de son cocotier. Ulla Bouic excelle dans le rendu des racines de multipliant où elle rejoint aisément la grâce élégante de Jean-Yves L?Onflé. Mais il faut la préférer quand elle se rapproche du surréalisme d?un Salvador Dali ou encore de son prédécesseur, le Douanier Rousseau. Comme ce dernier, elle sait mettre en valeur une trouée lumineuse que renforce un premier plan en contre-jour, et de ce fait ourlé d?un vert sombre tirant sur un noir verdoyant à force d?être ténébreux.
Ailleurs, c?est un tronc d?arbre gisant sur la grève au-devant d?une mer, d?un ciel, d?un arbre effeuillé, pareillement saisis d?éternité, qui fait penser irrésistiblement à Salvador Dali que « la mer peut rejeter », mais pas les amateurs de tableaux réussis.
En revanche, la mer résiste à Ulla Bouic même si l?on demeure émerveillé par l?effet vent du large soulevant de fines mais interminables vaguelettes. La mer chez cette artiste hésite entre le trop bleu ou le trop vert.
C?est d?autant dommage que sur le plan du mouvement on n?a rien à reprocher à une ?uvre panoramique à qui on peut prêter des qualités quasi cinématographiques.
Jean-Yves L?Onflé n?a heureusement pas à lutter avec ces résistances chromatiques. Il lui suffit d?imprimer à sa terre glaise un graphisme dont il a le secret pour s?être longuement imprégné des multiples dessins que nous offre abondamment Dame Nature, mais que nous ne prenons jamais ou presque, le temps de contempler pour nous émerveiller d?une architecture aussi sophistiquée que relèvent d?étranges bas-reliefs.
Striures, pointillés et autres effets graphiques
Qu?il jette son dévolu sur des striures, des pointillés ou autres effets graphiques, l?artiste parvient toujours à faire mieux que nature. Il possède en outre la liberté de grossir démesurément de beaux objets aux formes élégantes mais que nous prenons pour insignifiants parce que nous ne savons pas, aussi bien que lui, les magnifier mentalement et même visuellement.
L?Onflé ne porte jamais aussi haut sa maîtrise de la sculpture et du pétrissage que lorsqu?il entasse et superpose une multitude d?objets divers, les uns plus sympathiques que les autres. Ces secrets, non pas de la nature mais bien de notre sculpteur, fait de lui notre César national et l?on veut bien croire qu?une de nos corporations professionnelles, culturelles ou sportives aura, un jour, l?intelligence voulue pour permettre à cet artiste surdoué de réaliser des trophées, que d?autres ou lui-même transformeront en objet d?or et qui agrémenteront une cérémonie de remise des L?Onflé.
Qu?ils magnifient des racines de « lafouche » ou qu?ils jouent avec les formes et la lumière, qu?ils transcendent la réalité ou la subliment, Ulla Bouic et Jean Yves L?Onflé méritent amplement une attention particulière car ils nous offrent une belle collection d??uvres les unes plus prometteuses que les autres. À voir absolument avant le 28 mars à la Maison de l?Alliance française, Bell-Village.
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