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Patriotisme : record à battre
Désiré L?Enclume arrêtant deux penalties de son adversaire réunionnais, Sultan Beeharry qui détrône avec insolence les rois de la piscine, Sheila Seebaluck qui se jette en larmes dans les bras de son père après son tour de piste? et surtout, surtout, ces foules qui se lèvent pour les acclamer. Comme un seul homme. Il y a de ces images, il y a de ces émotions qu?on ne peut pas oublier. «Oui, on n?avait rien vu, rien connu d?aussi fort avant les 2e JIOI jeux de 1985? », acquiesce Michael Glover.
À J-6, l?homme-architecte des Jeux des îles 2003 ne dort plus que quatre heures par nuit. C?est qu?il a une mission bien définie. Assis sur le parapet du front de mer de Mahébourg, le visage à peine marqué par les 18 années qui le séparent de ces jeux qu?il évoque mais les yeux enfoncés par le peu de sommeil, il fixe cette petite foule qui fait fête à la flamme. Il faudra faire, dit-il, aussi fort qu?en 1985, égaler le record de patriotisme établi alors.
«Toute la population s?était soudée en une seule communauté. Il n?y avait pas seulement un stade, mais tout le pays derrière les athlètes mauriciens. J?ai été footballeur dans les années 60 à 70, à l?époque où les clubs étaient des clans, Hindu Cadets, Fire Brigade, Muslim Scouts, Racing, Dodo. Lors des rencontres internationales au stade Georges V, c?était super de voir que tous les Mauriciens étaient derrière nous, derrière l?équipe nationale de foot. Mais ça restait à petite échelle. En 1985, nous avons été surpris par l?ampleur de ce patriotisme », se souvient-il.
Surpris, le sportif qui a connu le clan l?est assurément, mais surpris, le politicien l?est davantage, lui qui ne connaît que trop bien ce qui nous divise. Ce double rôle lui permet sans doute d?apprécier d?autant plus la puissance de ce sentiment d?appartenance de chaque Mauricien à un seul groupe, à une nation mauricienne. «Nous ne nous attendions franchement pas à une telle ferveur.»
Redonner le même élan, est-ce possible ? Le son des ségas qui battent le rappel des troupes laisse croire ce rêve possible. D?ailleurs, jeunes et vieux, hommes et femmes de toutes les communautés n?ont-ils pas répondu présents à ce premier concert autour de la flamme ? Mais on est loin du record. En 18 ans, le pays a changé?
Le sport lui-même a changé. Les chroniqueurs sportifs qui ont vécu les jeux de 1985 ne disent-ils pas qu?à cette époque, le sport était une passion chez les Mauriciens, qu?il y a eu rupture quelque part ? Oui, peut-être les jeux peuvent-ils relancer l?enthousiasme, réconcilier la nation avec le sport. Mais ils sont sceptiques. « La sauce n?est pas encore montée. En 1985, la fièvre était déjà présente plus de trois semaines avant les jeux », expliquent-ils.
Rien n?est perdu. On fait mousser. Michael Glover et son équipe travaillent précisément à créer l?événement avant l?événement. En provoquant la fête à chaque passage de la flamme. «En 1985, ce sont principalement les villes qui ont donné cet élan de patriotisme, les villages participaient, mais à un moindre degré », se souvient Michael Glover qui s?est tourné vers les régions rurales. Il compte sur le grand rendez-vous de demain à Curepipe, Rose-Hill, Port-Louis, qui devrait galvaniser les Mauriciens.
événement favorable
Sociologues et psychologues ne désapprouvent pas la méthode. C?est lorsqu?il est provoqué que le sentiment patriotique s?exprime, pensent-ils. « Le sens de patriotisme arrive à se perdre dans le quotidien. Singapour l?a compris et cherche à créer chaque mois un événement favorable au nation building », soutient le psychologue David White. Malenn Oodiah, sociologue, abonde un peu dans le même sens. « On est travaillé par des dynamiques qui nous divisent et on a tendance à écouter des discours sectaires. Mais la majorité des Mauriciens sont des gens qui veulent vivre ensemble, qui sont attachés au pays. C?est une majorité silencieuse qui fait sa démonstration de force et de patriotisme lors des événements comme les Jeux des îles», explique Malenn Oodiah.
DÉCLIC FÉDÉRATEUR
En somme, plus que l?événement lui-même, il faudra peut-être attendre le déclic, l?exploit, la victoire inattendue pour qu?éclate la belle expression de patriotisme. « Un rien du tout peut déclencher la passion pendant les jeux, réveiller l?élan de patriotisme. Un happening, et ça y est : la nation se réveille », déclare d?emblée ce champion. Et il sait de quoi il parle pour avoir réveillé lui-même le peuple mauricien. Cet homme, c?est Sultan Beeharry. « Après ma victoire sur les Réunionnais, qu?on croyait impossible, j?ai vu qu?il y avait un peuple mauricien. Un point, c?est tout. » Ce déclic fédérateur dont parle le champion de natation, on l?aura bien vu au retour d?Eric Milazar et de Stéphane Buckland récemment.
Sultan Beeharry ajoute toutefois un bémol. Il faut certes l?exploit pour réveiller le patriotisme, mais il faut aussi le patriotisme? pour provoquer l?exploit ! « Les Réunionnais étaient dix fois meilleurs que nous. Ils étaient mieux équipés. Quand on comparait les temps de mes concurrents avec le mien, j?étais cinquième. Au départ des 100 mètres brasse, j?étais dans un état second. Lorsque je me suis jeté à l?eau, je sentais la foule derrière moi, avec moi, je l?entendais tout le temps que je nageais. Je sentais que je pouvais faire quelque chose, que rien n?était impossible. Je me suis senti une force? Ce n?est qu?à la fin de la course que j?ai réalisé que j?avais gagné ! Mon record avant la course était de 1m18 et pour gagner, j?ai fait 1m12. Un exploit ! ».
Le message est passé. Pas de souci à se faire. La flamme gagnera les c?urs. Ce qui devrait désormais retenir notre attention, c?est comment la garder longtemps. « Ces manifestations sont rares mais importantes pour la vie et la survie de la nation. Il faut en tirer tout le capital possible », recommande Malenn Oodiah. «Quand on fêtait Milazar, on aurait dû mieux exploiter le multiculturalisme qu?il évoquait, le patriotisme qui était au paroxysme autour de lui. Nous aurions dû continuer sur cette lancée pour le nation buiding », renchérit David White.
Il faut peut-être pour cela vénérer autrement nos héros. Qu?ils ne soient plus les héros d?un moment, mais des éléments qui nous unissent. « Pelé est toujours Pelé, Mohamed Ali est toujours Mohamed Ali. On a su maintenir autour d?eux l?aura conquise sur les stades et sur les rings respectivement. On les sollicite pour participer aux choses de la vie, on les garde proches de la nation. J?aurais aimé que mon fils me dise qu?il aurait aimé être un athlète comme Buckland, pas comme Carl Lewis », confie Sultan Beeharry, dans un cri du coeur.
Le sort des héros que produiront les prochains jeux dira si Maurice a tiré des leçons de son passé. Pour le moment, la flamme brûle. Demain, Buckland et Milazar seront en piste. Allez Maurice !
Télé ou défilé
Les places pour assister aux jeux dans les différents stades seront limitées. En effet, les organisateurs sont tenus d?en réserver pour les délégations étrangères ainsi que pour les sponsors. Au gymnase d?haltérophilie par exemple, 60 des 160 places ont été réservées. 400 places ont été réservées au stade Georges V qui a une capacité de 5 500 places. Le stade Anjalay Coopan pourrait, lui, accueillir environ 10 500 membres du public.
C?est vers la télévision principalement ou sur les routes, pour le cyclisme entre autres, que le grand public se donnera rendez-vous pour assister aux jeux. Elle diffusera des émissions, la plupart du temps en direct, de 9 heures à 21 heures. Hors du stade, ce sont les défilés qui galvaniseront les Mauriciens, et c?est sur les routes que Maurice sera fêtée. Comme en 1985.
Les jeux des infrastructures </B>
Michael Glover, président du comité d?organisation des jeux, est catégorique. Peu de pays de l?océan Indien et même du continent africain peuvent se vanter de posséder les infrastructures sportives que nous hériterons de ces jeux. L?Etat n?a pas lésiné sur les moyens. Plus d?un demi-milliard de roupies investies ! Rs 160 millions pour la rénovation du stade Georges V, Rs 63 millions pour la construction d?un centre de basket-ball, Rs 11 millions pour un centre de tennis à Petit-Camp, Rs 60 millions pour un gymnase d?haltérophilie à Vacoas, sans compter la rénovation de la piscine Serge Alfred, du gymnase pandit Sahadeo et la construction d?un nouveau stade à Bambous.
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