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?Patel est dangereux?

22 novembre 2003, 20:00

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Dimanche, à Houston, vous avez remporté les Masters. Agassi n?y a vu que du feu : 6-3, 6-0, 6-4. A la limite, ça nous a paru trop facile?

? C?était vraiment une superbe semaine pour moi là-bas à Houston. Je ne pensais pas gagner aussi facilement. J?ai dominé toute la partie. C?est fantastique.

Au début du match, pourtant, vous paraissiez crispé. C?est intimidant de jouer contre Agassi ?

? On s?était affronté six jours plus tôt au premier tour. J?avais encore quelques difficultés avec mon coup droit. Je cherchais encore le rythme. En finale, j?ai beaucoup mieux servi, j?ai mieux exploité mon coup droit, j?étais plus agressif. Lui derrière, il avait du mal. J?ai veillé à ce que l?échange ne dure pas longtemps. Physiquement, c?est très dur de jouer Agassi. J?ai pris des risques et ça a marché.

A votre sortie du court vous avez dit : « Battre Agassi deux fois en une semaine, c?est très fort. » C?est un peu l?élève qui surpasse le maître non ?

? Peut-être. Je n?avais jamais battu Agassi jusqu?ici. Et là, je le fais deux fois. C?est magnifique. Mais il ne faut surtout pas croire que c?est une passation de pouvoir. Il sera encore là l?année prochaine, il faudra compter avec lui.

Aux yeux de plusieurs, vous êtes le grand bonhomme de la saison, l?homme en forme du moment?

? Oui, c?est clair. J?ai vraiment bien joué cette saison. Les Masters viennent après Wimbledon. A Houston, j?ai battu plusieurs joueurs du Top 10 : Roddick, Nalbandian, Ferrero, Agassi. Je mérite d?être devant au classement et je le suis. Etre n° 2 ATP, c?est un succès incroyable.

Vous terminez à seulement 32 points de Roddick, le n° 1. N?est-ce pas frustrant d?échouer si près du but ?

? Un peu, je l?avoue. Bien sûr que j?aimerai être à la place de Roddick. Mais il a autant de mérite que moi. Lui aussi a fait une belle saison. Il n?a pas volé son rang. Mais Je ne veux pas avoir de regrets. J?ai eu des super résultats cette année. J?ai gagné sept tournois, et sur toutes les surfaces. J?ai atteint tous les buts que je m?étais fixés. Quoi demander de plus ?

Avec recul, ne pensez-vous pas que c?est votre défaite contre Henman, en quarts de finale de Bercy, qui vous prive de la première place ?

? Je pense que c?est davantage le match perdu contre Roddick à Montréal, alors que je menais 4-2 au troisième, qui pèse aujourd?hui lourd. Il y a aussi ma défaite contre Costa à Miami alors que j?avais une balle de match.

Le tennis c?est quand même compliqué. Trop de classements, trop d?organisateurs. Federer est-il un partisan de la réforme ?

? On a deux classements, l?ATP et The Race. A mes yeux, ça ne pose pas de problème. Les deux sont complémentaires.

Pour ce qui est de l?organisation, il faut préciser que l?ITF a un droit de regard sur tout : la Coupe Davis, les Masters, l?ATP Tour. C?est vrai que c?est un peu compliqué, mais, avec la nouvelle génération, ça devrait mieux se passer.

Agassi a pris position mercredi. Il a dit que si ça ne dépendait que de lui, il changerait tout. On a l?impression que vous n?êtes pas d?accord avec lui?

? Il a vraiment dit ça ? Je suis un peu surpris? Enfin, pas tout à fait. Disons qu?il est en fin de carrière et que c?est plus facile pour lui de dire des choses comme ça. Moi, je viens à peine de débuter. C?est plus délicat. Bien sûr, j?ai moi aussi mes petites idées.

Mais, cela dit, les choses ne se passent pas aussi mal qu?on veut le faire croire. Les primes ont augmenté. C?est déjà ça. Et puis, le tennis reste un sport populaire. C?est forcément très gratifiant.

Parlons de Wimbledon. Vaincre sur le mythique gazon londonien n?est pas donné à tout le monde. Federer est-il un autre homme depuis ?

? Oui, bien sûr. C?est un moment magique. Ça a changé ma vie. Je suis soulagé d?avoir remporté un Grand Chelem, surtout Wimbledon, mon tournoi favori. J?avais beaucoup de pression sur les épaules en début d?année. Tout le monde s?attendait à me voir briller en Grand Chelem. Voilà, c?est fait.

Qu?avez-vous ressenti quand l?arbitre a dit : « jeu, set et match Federer » ?

? C?est spécial. J?ai toujours ces mots dans ma tête. « Jeu, set et match Federer. 7-6, 6-2, 7-6? » Je me souviens de tout. C?est rigolo. Ça restera pour la vie. Quand on est gosse, qu?on vient à peine d?apprendre à tenir une raquette, on ne pense qu?à une chose : gagner un jour Wimbledon. C?est le rêve de tous les joueurs. Avec mes copains, on s?improvisait des tournois. Et quand je gagnais, ils me chambraient. Il disait : « Tiens, Federer a gagné Wimbledon. » Moi, ce rêve, je l?ai concrétisé. C?est magnifique.

En finale, contre Philippousis, vous avez réussi 21 aces. Est-ce votre énorme premier service qui a fait la différence ?

? Je crois surtout que ça s?est joué dans la tête. J?étais tellement confiant tout au long du tournoi que rien ne pouvait m?arriver.

Cela dit, Philippousis était un sacré client. Il ne m?a pas donné l?occasion de développer mon jeu. Il a pris beaucoup de risques, il a tenté plein de trucs, surtout sur son service. Il fallait que je lise ses premières balles. J?ai pu le faire. Après, quand j?ai senti qu?il était à son tour en difficulté sur mon service, j?ai joué ma carte à fond.

Vous avez quand même fait fort. En sept matches, vous n?avez concédé qu?une manche. Henri Leconte dit que vous avez produit « un jeu d?une pureté inégalabe »?

? C?est toujours sympa d?entendre ce genre de compliments, surtout quand ça vient des grands joueurs du passé. Il n?y a pas que Leconte d?ailleurs. McEnroe et Becker ont également été très élogieux à mon égard. Les anciens trouvent que j?ai le meilleur jeu du circuit. Sans doute parce que, comme eux, je joue à l?ancienne. J?ai un revers à une main, je monte à la volée. La plupart des joueurs préfèrent rester en fond de courts et frappent avec deux mains. Du coup, les anciens sont de mon côté.

On dit que vous avez les moyens de vous imposer comme le plus grand joueur de tous les temps. Vous en êtes honoré ou, au contraire, ça vous met la pression ?

? Vous savez, je ne suis qu?au tout début de ma carrière. Je sens que j?ai du potentiel, que je peux aller loin. Pour le reste, il n?y a aucune garantie. Je suis encore très loin des mecs comme Lendl, qui ont gagné cent titres. Moi je n?en suis qu?à 11. Je ne vais pas me prendre la tête de sitôt.

Le tennis mauricien a également sa star. Il s?appelle Kamil Patel, il a été 500e mondial et, comme vous, il est licencié en Suisse?

? C?est exact, il évolue en Suisse. Cela dit, je ne me souviens pas l?avoir rencontré cette saison. Par contre, je sais un peu comment il joue. Disons que les autres joueurs me tiennent informés de ce qui se passe au pays et me parlent parfois de lui. Ils me disent, « tiens, je viens de jouer contre Patel. » Alors, mon premier réflexe est de leur demander comment il joue.

Et qu?est-ce qu?on dit de Patel justement ?

? Personnellement, je ne l?ai jamais vu jouer. Mais on me dit qu?il est gaucher, qu?il est grand et qu?il sert bien. Ça veut dire qu?il est un joueur dangereux, qu?il peut encore s?améliorer, surtout du fond de court.

Patel s?entraîne désormais avec Serge Meylan, un de vos anciens coaches. Pensez-vous qu?il a fait le bon choix ?

? Je ne savais pas qu?il s?entraînait avec Serge. Vous m?apprenez quelque chose. Je l?aime beaucoup Serge. Je le connais très bien. Quand j?étais plus jeune, j?ai eu la chance de voyager avec lui. Depuis, on a gardé contact. Il est d?ailleurs venu me voir à Wimbledon cette année. Ça m?a fait plaisir.

Est-ce qu?il a été d?une certaine influence dans votre carrière ?

? Je ne dirai pas qu?il a été influent. Mais il m?a appris des petites choses qui me servent encore aujourd?hui. Notamment d?un point de vue humain. C?est une personne très sympathique. Mais on n?a pas passé beaucoup de temps ensemble. Je m?entraînais avec d?autres coaches. Lui, il nous accompagnait en déplacement.

<B>N?avez-vous jamais pensé confier votre carrière à Serge Meylan ?

? La question ne s?est jamais posée. Moi, j?avais d?autres coaches à la fédération. Le plus influent était Peter Carter, qui est décédé il y a un an et demi.

Vous êtes maintenant avec le Suédois Peter Ljundgram. Le courant passe-t-il bien entre vous deux ?

? Ça fait maintenant quatre ans qu?on est ensemble. Et ça se passe très bien. On est très proche.

En tennis, la Suisse, c?est la petite nation qui monte. On parle beaucop de Federer. Mais, derrière, il y a Bastl, Kratochvil?

? Il y a aussi Vavrinka, qui fait forte impression. Il y a une véritable école de tennis suisse, même si on n?a pas beaucoup de filles sur le circuit. C?est important pour les jeunes d?avoir des repères, de voir des stars issues de la même école.

La Coupe Davis, vous pensez la gagner un jour ?

? Oui, beaucoup. Mon parcours en Coupe Davis est incroyable. Mais ce n?est pas dit qu?on va gagner. Pour ça, j?ai besoin de soutien. C?est une affaire d?équipe. Cette année, on a très bien fait. On est arrivé aux portes de la finale. Pour un petit pays comme la Suisse, c?est déjà un succès.

Ce ?petit pays?, vous le portez dans votre coeur?

? Oui, oui. J?adore mon pays. Je suis fier de le représenter. Quand je voyage, quand je viens ici par exemple, c?est le Suisse Roger Federer qui débarque.

On sait aussi que vous êtes fan du FC Bâle.

? Je connais le manager, le coach, les joueurs. Ils m?invitent souvent au stade. Oui, je suis fan. Ça se passe très, très bien en championnat. Mais, en Coupe de l?UEFA, c?est mal parti. On a perdu 3-2 à la maison contre Newcastle. Ça va être difficile. Il faudra gagner 2-0 à l?extérieur.

En Suisse, vous êtes une idole. Quel rapport Federer entretient-il avec ses fans ? Ça ne vous dérange pas, parfois, d?être l?objet de tous les regards, de signer sans arrêt des autographes, de faire la une de tous les journaux ?

? Pour moi, ça va encore. Je sais dire non quand il le faut. Mais j?aime les gens. Quand quelqu?un vient à ma rencontre, ça ne me dérange pas de lui parler un peu. Mais il faut qu?il s?y prenne gentiment. C?est encore tout nouveau pour moi. Vous savez, je n?avais pas 16 ans quand j?ai remporté Wimbledon. Ce n?était que cette année?

On sait que les joueurs de tennis sont bien payés. L?argent est un sujet tabou pour vous ?

? Nous, les Suisses, on n?aime pas parler d?argent. Alors, je ne vais pas commencer (rires). Disons qu?on ne peut pas se plaindre. On gagne en effet beaucoup d?argent. Pas plus tard que dimanche, à Houston, j?ai eu une belle cagnotte. Ça fait du bien. C?est rassurant pour le futur. C?est une sécurité. Je ne jouerai pas toujours au tennis. Ça va s?arrêter dans dix ans, quand le corps n?en pourra plus.

Vous êtes heureux ici, à l?île Maurice ?

? J?ai fait les îles Maldives, il y a deux ans, j?étais en Thaïlande l?année dernière. J?ai toujours voulu venir ici. On m?a envoyé une invitation. J?ai dit oui tout de suite. On vient à peine d?arriver. Il fait beau, les gens sont trop gentils.


?Je ne savais pas que Kamil Patel s?entraînait avec Serge Meylan. Je l?aime beaucoup Serge. Plus jeune, j?ai eu la chance de voyager avec lui. Il m?a appris des petites choses qui me servent encore aujourd?hui. Notamment d?un point de vue humain. Depuis, on a gardé contact. Il était avec moi à Wimbledon cette année.?

Entretien réalisé par Jean-François Leckning

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