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Passage à l?acte

28 mai 2006, 00:00

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La voie à adopter est tracée. Le gouvernement sait ce qui redresserait l?économie. Faciliter l?entrée des investisseurs, rendre flexible le travail, mobiliser la main-d??uvre, ouvrir le ciel, abattre la bureaucratie, appeler l?expertise étrangère? La similarité des priorités du Joint Economic Council (JEC) avec celles du ministre des Finances illustre l?inéluctabilité de ces mesures.

Le consensus, hélas, n?est pas national. Si les syndicalistes sont mesurés, l?opposition a choisi d?ignorer le débat. Alors que le leader du MMM, dont l?apport aurait été bénéfique à un moment crucial où le pays amorce un tournant dans sa politique économique, était retenu par Haïti, les parlementaires ont remué la vase, fait remonter les slogans électoraux sans queue ni tête, brouillé le débat au lieu de l?approfondir. Dommage.

Le traitement qui sauvera le pays est donc largement prescrit. Les uns et les autres ont procédé, à partir de l?évidence qui montre que seuls les pays à l?économie ouverte progressent, à une sélection de leurs méthodes. Ils ont pris dans chaque « miracle économique » ce qui serait applicable à notre culture socioéconomique. Pas trop d?étatisme à la sauce singapourienne, pas de népotisme à la façon Dubay. Ils savent « quoi » faire, mais savent-ils suffisamment « comment » ?

Le ministre des Finances a sans doute certains outils dans la manche. Mais seront-ils suffisants pour provoquer la dynamique qui a valu les miracles que l?on nous cite en exemple ? Certes, il faut plusieurs années pour mettre en place un environnement dynamique où l?innovation pourra s?épanouir. Tout prometteurs et attirants qu?ils soient, les pays du Moyen-Orient ont découragé par le « red tapism » bien des investisseurs qui ont dû contourner le labyrinthe administratif en établissant des partenariats avec des groupes locaux. Changer l?environnement prend du temps, mais il reste que des doutes subsistent sur notre manière de faire.

Les mesures fermes annoncées en urgence en août dernier par le ministre des Finances pour contourner la bureaucratie auraient dû avoir donné lieu à une amélioration du niveau de l?investissement. Or, il est resté pratiquement le même, n?améliorant guère la situation générale. Les trois premiers mois de l?année ont généré Rs 1,2 milliard d?investissements, soit à peine plus que les années précédentes, soit quatre fois moins que ce qu?il faudrait pour atteindre les 6 % de croissance espérés. L?agacement du JEC n?est pas succinct. Dans les premières lignes de son mémorandum pré-budgétaire, il rappelle au ministre ses priorités. « The "Setting the stage for Robust Growth" document stated in very clear terms that the only route to more robust growth is more investment », écrit-il, avant d?ajouter qu?il est grand temps, maintenant, que le ministre introduise le « silent agreement » annoncé comme mesure immédiate il y a neuf mois.

Réussir à changer radicalement la donne de l?investissement est bien sûr sujet à une intervention sur une série d?autres facteurs, de la sécurité publique à la fonction publique, de la taxe à la flexibilité de la main-d??uvre. Cela impliquera des réformes en profondeur. Mais comment y arriverons-nous si même les décisions jugées plus vite applicables et censées apporter des résultats rapides ne peuvent être menées à bout ? Pourquoi, alors qu?il s?agissait là de la priorité du gouvernement, les boulets administratifs qui gênent l?investisseur n?ont pas été plus résolument enlevés ?

Nous sommes déjà suffisamment handicapés par rapport à Dubay et Singapour pour que nous nous permettions aussi peu de persévérance. Nous n?avons ni l?avantage des ressources qualifiées ni celui d?une infrastructure physique de qualité. Nous pourrions combler ces deux lacunes par un fort leadership, pragmatique et visionnaire, qu?ils avaient aussi du reste. Nos travailleurs savent à ce stade qu?ils doivent être plus « productifs », mais le comprennent-ils vraiment ?

Les leaders singapouriens ont amené leurs travailleurs à travailler autrement en leur expliquant que pour chaque bonne idée qu?ils apporteraient pour améliorer le mode de travail, ils seront récompensés. Lee a ainsi insufflé le changement dans la fonction publique.

Ce gouvernement a affiché une bonne disposition au début. Mais ce n?est pas par un discours que l?on vient à bout d?une culture vieille de trente ans. Il faut accompagner les hommes vers le changement souhaité. Telle qu?elle est présentée, la nouvelle économie a toutes les chances d?être perçue comme une menace par la population. Ce ne devrait pas être le cas. Il ne faut simplement pas laisser le technicien Sithanen, dans un froid discours d?économiste, la dessiner seul.

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