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Pas de quoi jubiler

30 janvier 2004, 20:00

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Le dernier «Business Trends Survey» de la Mauritius Employers Federation (MEF) rendu public hier apporte, en apparence, une bouffée d?air frais dans le climat économique du pays. A la veille de la rencontre gouvernement-secteur privé, cela ne peut que faire du bien et le timing de sa publication ne pouvait être mieux choisi.

Le sondage de la fédération patronale indique que le «mood» des patrons s?améliore. Marginalement certes, mais il s?améliore. Gardons-nous toutefois de toute euphorie. La perception du secteur privé que les perspectives sont meilleures cette année est basée essentiellement sur deux éléments : la hausse du taux de croissance et la reprise économique mondiale.

Ces faits objectifs méritent toutefois d?être replacés dans une plus juste perspective. Une croissance de 5,1 % prévue pour 2004 est plus réjouissante que les 1,9 % de 2002. Mais elle est largement insuffisante pour stimuler la création d?emploi et faire reculer le chômage. En tout état de cause, il s?agira presque d?un «jobless growth», les patrons s?attendant même que l?emploi recule cette année.

De plus, c?est oublier bien vite que ce chiffre de 5,1 % bénéficie d?un important effet statistique découlant des contre-performances cumulées de 2002 et 2003, d?où une base de calcul plus faible. Le sucre non inclus, le taux de croissance en 2004 sera en fait pratiquement le même qu?en 2003, soit de 4,5 % contre 4,4 %. Pas de quoi jubiler.

La reprise de l?économie mondiale et de la consommation en Europe et aux Etats-Unis devraient avoir un effet positif sur nos exportations. Mais ce n?est pas obligatoire. Dans la confection, les acheteurs continueront à rechercher les meilleurs prix et, au niveau du tourisme, il nous faut régler le problème de l?aérien. En d?autres termes, les conditions peuvent être plus favorables mais encore faut-il se positionner pour en bénéficier.

L?étude de la MEF dégage par ailleurs une tendance qui devrait inquiéter les décideurs politiques. Les patrons sont davantage confiants dans la performance de leurs entreprises mais de plus en plus pessimistes par rapport au climat économique national. Ce n?est pas paradoxal. Le patronat a pris conscience de la dure réalité de la compétition à l?échelle locale et internationale et restructurent leurs entreprises en conséquence.

S?ils sont confiants dans leurs entreprises, c?est qu?ils savent où ils vont et comment mener leur barque. Par contre, pour ce qui est de l?économie nationale, la visibilité à moyen terme est faible.

La zone franche est à la croisée des chemins. Le sucre se restructure et le tourisme se cherche un nouveau souffle. Quant à la cybercité, il semble que même le gouvernement se laisse aller au doute. Par rapport aux gros efforts consentis depuis trois ans, il y a une impatiente croissante pour en goûter les fruits, pour les patrons comme pour l?homme de la rue.

D?importantes réformes restent également à être entreprises pour améliorer l?environnement des affaires. Celle de l?administration publique, pour améliorer son efficience et faciliter l?investissement, est un chantier qui n?a pas encore été ouvert.

Malgré les baisses successives des taux d?intérêts, le loyer de l?argent est encore élevé, surtout par rapport au différentiel entre les taux à l?emprunt et à l?épargne. Sur un plan autre que macroéconomique, la corruption préoccupe le secteur privé.

Les problèmes structurels handicapant la compétitivité du pays demeurent. Le gouvernement et le secteur privé sauront-ils accorder leurs violons sur les vraies priorités du moment ?

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