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Pas désarçonné pour un sou
Joël Rault, 34 ans, n?a rien perdu de sa superbe. Entre deux consultations avec son ministre de tutelle qui s?apprête à aller en mission, il pense à l?aménagement de son nouveau bureau qu?il entrevoit en chrome et blanc.
Les touches colorées qui relèveront l?ensemble ne seront autres que des tableaux qu?il peint actuellement à l?acrylique, à ses heures perdues. Sur son bureau vitré trône une sculpture de son cru en plâtre blanc qui ressemble aux bois d?un cerf. «Je ne peux travailler dans un cadre impersonnel. D?ailleurs, tous les tableaux qui se trouvent à la TA ont été faits par moi», indique-t-il.
S?il paraît aussi sûr de lui, c?est qu?il a le sentiment d?avoir fait ce qu?il fallait à la TA et d?être en mesure d?apporter un nouveau souffle d?un point de vue technique à tous les dossiers incombant au ministère du Tourisme, des loisirs et des communications extérieures. Ce fils aîné du capitaine Jean-Pierre Rault et de Marie-Laurence Vincent, est né à la Réunion. Il retrouve son île natale à 18 ans, après des études, filière classique, au collège St-Joseph.
Le conseil juridique l?intéressant beaucoup, «chez les Rault, on est soit dans la marine, soit dans le monde légal», précise-t-il, il étudie le droit à l?université de la Réunion. Et se spécialise en droit fiscal. Son master de droit obtenu, il embraye avec un master en gestion d?entreprise, tout en travaillant au sein du cabinet juridique qu?il opère à St -Denis.
A la fin de ses études, il enseigne le droit fiscal international à l?université où il a étudié et y donne toujours des cours d?ailleurs. Sa famille étant à Maurice, de même que son fils, qui a aujourd?hui 14 ans, il décide après 12 ans à l?île soeur, de regagner Maurice. Et rentre juste après les élections de 2005 qui ont porté au pouvoir l?Alliance sociale. En mars 2006, il est approché par Xavier-Luc Duval, ministre du Tourisme, des loisirs et des communications extérieures. Celui-ci lui propose la direction de la TA, avec pour mission «de remettre à plat tout l?encadrement juridique de la TA qui n?était pas adapté à la progression touristique».
«Je suis ?Senior Adviser? technique du vice-Premier ministre et ministre du Tourisme, et je travaillerai sur l?épanouissement du produit mauricien»
S?il accepte, spécifie-t-il, «ce n?est pas tant pour la rémunération mais par défi, car c?est du droit touristique, avec une composante marine qui est une passion familiale». Lorsqu?il débarque à la TA, il juge ces locaux «exigus» et y trouve notamment «deux ordinateurs, une centaine de dossiers en suspens, un personnel composé pratiquement de stagiaires et quelques pièces rapportées de différents ministères et un véhicule servant à la fois à la direction et au personnel».
Joël Rault déclare qu?au bout de deux ans, il a apporté l?encadrement légal attendu de lui et l?infrastructure voulue. «J?ai remis la TA à la place qui lui revenait, dans de nouveaux locaux, avec une trentaine d?ordinateurs et un système informatisé pour suivre l?évolution et j?ai fait un recrutement massif. Même les Technical Enforcement Officers qui avaient été détachés des ministères pour être à la TA ont aujourd?hui une appartenance.» Quand on lui demande pourquoi après un tel bilan, il a quitté la TA, d?autant plus qu?il avait renouvelé son contrat qui avait expiré en avril dernier, il réplique que tout a été affaire de «moment mal choisi. J?avais le sentiment d?avoir fait ce qu?il fallait faire à la TA. J?avais exprimé le désir de faire partie de l?équipe de branding. J?ai tout de même renouvelé mon contrat au mois d?avril sur des bases un peu floues car je n?étais pas prêt à rester sous les mêmes conditions. J?ai attendu le PRB. Quand le rapport est tombé, ça allait plus ou moins mais je me demandais si je n?allais pas être plus utile ailleurs. Il y a eu un mauvais timing entre la fin de mon contrat, le départ de ma mère du groupe Happy World et l?affaire Pizza Hut».
Sa mère, dit-il, s?est retirée après avoir accompli ses années de service pour le groupe Happy World et ce départ, affirme-t-il, n?est en aucun cas lié à la décision qu?il avait prise de faire fermer la succursale de Pizza Hut à Quatre-Bornes. «Le TA Act est entré en vigueur en mai.
Cette loi me donnait le pouvoir d?établir des closing orders contre les établissements qui opéraient sans licence. Cet ordre de fermeture n?était que le début car Pizza Hut était un dossier parmi d?autres sur la liste de ceux que je voulais rappeler à l?ordre», dit-il, se refusant d?en dire davantage en raison du fait qu?il a fait appel du jugement. «Je suis confiant. J?attends maintenant le verdict de l?appel.» Pourquoi quitter la TA juste après ce jugement ? Joël Rault reconnaît s?être demandé si le moment était bien choisi pour quitter cette instance et si sa décision ne serait pas mal perçue. «Est-ce que j?allais repousser mon entrée dans le branding en attendant l?appel en justice. J?ai réfléchi et tranché en prenant le risque que l?on fasse l?amalgame. Si certains veulent le percevoir comme une sanction, tant mieux. Mais ce n?est pas mon cas.
Je suis Senior Adviser technique du vice-Premier ministre et ministre du Tourisme, des loisirs et des communications extérieures et je travaillerai sur l?épanouissement du produit mauricien, sur le branding et tous les autres dossiers tombant sous ce ministère. Le ministère étant le régulateur, je me bornerai à mettre en place des directives légales et administratives qui doivent être appliquées par la TA comme je l?avais fait quand j?étais directeur. C?est le même travail que je ferai mais en amont. Je suis toujours dans le légal du matin au soir et du soir au matin.» Les commentaires de Robert Pallamy, son successeur à la TA, sur les changements qu?il compte apporter au sein de cette instance, sonnent comme des critiques vis-à-vis de son bilan à lui. «J?ai de très bons rapports avec Robert Pallamy. Je reconnais qu?il a été maladroit dans ses déclarations. Nous en avons parlé depuis et ri de la chose. Je vois la TA comme une courbe qui a progressé et il doit la maintenir au même niveau. C?est à lui de voir comment il va la gérer.»
Maintenant qu?il a tourné la page de la TA, Joël Rault dit avoir de grandes ambitions pour le ministère. Il veut «s?attaquer au visuel, refaire le circuit touristique en nettoyant et repeignant partout et en profondeur pour que ce soit nickel». Les croix noires sur les affiches illégales n?étaient pourtant pas très esthétiques. Il le reconnaît. «Elles n?étaient pas jolies mais il faut replacer la démarche dans son contexte. L?idée était de décourager les éventuels colleurs d?affiches illégales en attendant qu?une deuxième équipe passe derrière pour enlever ces croix.»
Marié depuis un an à la juriste Sandrine Marodon, qui lui donnera un enfant en février 2009, Joël Rault ne croit pas que cette tâche fera doublon avec celle du ministère de l?Environnement. «Le ministère du Tourisme est certes responsable des arrivées touristiques mais en bon père de famille, il ne peut se contenter de nourrir la famille sans améliorer aussi là où il faut. Du moins quand il a les moyens?»
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