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Partage en atelier

15 août 2005, 00:00

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Les douze artistes mauriciens qui sont réunis actuellement par pARTage à Flic-en-Flac dans la résidence de Krishna Luchoomun, président de l?association, ont donné au public un premier aperçu de leurs travaux achevés ou presque par un week-end de journées portes ouvertes au Centre de jeunesse qui donne sur la plage.

Différentes sources d?inspiration, différentes techniques, différentes matières, différents résultats, mais une même conclusion : une expérience riche, motivante et hors du commun pour ces douze artistes. Ils ont su, pour la plupart, faire appel à la force de leur imagination pour puiser dans le décor immédiat et naturel s?offrant à l?acuité de leur regard, leurs sujets d?exploitation. L?esprit d?équipe aidant, Reshma Luchoomun, qui avoue avoir l?habitude d?explorer son intériorité pour livrer au public son moi, a fini par découvrir la thématique qui manquait à son art : l?autrui. Influencée par l?expérience du groupe, son expression artistique est en fin de compte celle de la relation humaine. Plus loin, face à la mer, Jaya Bucktowar n?avait qu?un pas à faire pour trouver son sujet d?inspiration. Les va-et-vient des vagues n?ont pas mis beaucoup de temps pour souffler à l?artiste le mot d?ordre pour le coup de pinceau idéal. Les galets de plage mêmes qu?elle avait disposés sur cette plage empruntaient la voie royale vers la mer pour recueillir en retour le bruit artistique qui se déposait comme par magie sur ses toiles.

D?autres n?ont cependant pas hésité à chercher dans le vécu. Inspirée de l?ailleurs, de son expérience en Afrique du Sud, où certaines scènes à Cape Town l?avaient marquée à jamais, Alix Le Juge de Segrais a choisi de représenter sur toile le passage des femmes africaines dans le désert. Deux autres artistes ont également cherché leur inspiration ailleurs que sur le lieu de l?atelier. Tandis qu?Ouma Devi Appadu montre, à travers la représentation en couleurs de la fécondation, l?univers intérieur, biologique et mystique de la femme, Malini Callimootoo puise dans l?expérience du réveil matinal son sujet d?exploitation.

Les techniques, les formes et l?utilisation des couleurs, selon chaque artiste, se sont mariées pour donner naissance à des oeuvres originales

Les éléments utilisés varient d?un artiste à l?autre. Chez certains, on retrouve facilement les mêmes matériaux de base utilisés souvent par tout artiste, comme le bois, le canevas ou la toile de jute. Chez d?autres, on comprend d?emblée l?influence d?un milieu particulier qui frôle parfois celui du cadre professionnel. Bijoutier de formation, Ravi Jetshan a su faire appel aux matériaux comme le titane, l?étain et l?inox, entre autres. Rishi Seeruthun, qui évolue dans le milieu du textile, a vu dans ses vieux jeans un formidable support artistique. Il ne manquait plus que le coup de flamme. Si Kamil Ackbar s?est contenté de contreplaqué, Linda Abraham de plastique transparent, Jean Yves L?Onflé a eu l?astuce de rajouter des cristaux sur ses peintures tandis qu?Agilen Poinen a laissé filer sur ses toiles des racines venues du ciel ? d?un multipliant qui projette de l?ombre sur la plage devant le Centre de jeunesse. Habile dans l?art d?extraire de la nature ses éléments qui composent ou qui servent de supports à ses créations, il n?a pas hésité à récupérer un vieux matelas du coin pour en faire une ?uvre d?art.

Les techniques, les formes et l?utilisation des couleurs, selon chaque artiste se sont mariées pour donner naissance à des ?uvres originales. La technique de la gravure sur canevas chez Vishal Dino, le collage chez Linda et L?Onflé, la flamme chez Rishi ont été les sources de trouvailles surprenantes. De même, les coulées de peintures sur un contreplaqué utilisé d?abord comme planche chez Ackbar, ont donné lieu à une composition étonnamment originale, mais née d?un hasard. Quant à la forme, on ne peut pas ne pas remarquer ces silhouettes humaines qui surgissent du fond du tableau d?Alix, ce mouvement qui se dévoile dans les ?uvres de Mailini et Jaya, cette déstructuration volontaire des formes chez Reshma, ces lignes circulaires qui représentent l?illusion optique chez Ackbar, ces traits qui renferment le mystère de la création chez Ouma et ces formes géométriques qui marquent la simplicité chez Malini. Dans l?ensemble, chaque artiste a su ramener par l?originalité de ses trouvailles quelque chose hors du commun. Par ailleurs, certaines créations se sont fait remarquer par la prédominance d?une couleur particulière. Citons, à titre d?exemples, le retour du bleu chez L?Onflé et du rouge chez Alix.

Recherche des sens de la vie sur terre

C?est certainement le choix des couleurs, mêlées à des formes originales, qui dévoile une certaine force qui anime toutes ces expressions artistiques. Ce n?est pas un hasard que le rouge symbolise chez Alix la pulsation, que le jaune chez Ravi représente le lever du soleil et que le bleu chez Jaya et Linda illustre le rêve et le voyage mystique. Ce n?est pas par un concours de circonstances que la multiplicité des couleurs signifie chez Reshma un voyage de l?intériorité vers l?extériorité. C?est par goût pour l?art et par un profond désir de le sauver que le militantisme de Dino se manifeste en un appel à sa promotion, à voter en sa faveur et à aller en masse vers lui. C?est par goût pour le réel que les formes et les couleurs chez Ackbar sont devenues une dénonciation du danger de l?illusion devant l?être et le paraître. C?est par la volonté de savoir que Linda joue ses cartes artistiques sur l?expression synthétique de la dualité transparence-opacité. Et c?est par l?espoir d?un meilleur au-delà que Jaya lance les sons des vagues à tous ceux qui savent écouter.

Pas étonnant alors que l?atelier qui est à l?origine de cette rencontre soit également instigateur d?un voyage vers la sublimation artistique. Lumière intérieure, recherche de l?absolu, pensée positive, récupération, recherche de l?ordre, de la compréhension, du souffle de vie et des sens même de la vie sur terre. Mais il suffit de croire, comme l?affirme avec sincérité et espérance Jaya Bucktowar, car elles existent bien ces racines qui viennent du ciel, comme nous l?a montré Agilen Poinen?

Une exposition présentant les ?uvres des artistes est prévue du 26 août au 8 septembre à l?Alliance française de Bell Village.

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