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Parricide politique

2 juillet 2006, 20:00

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Il y a un an, jour pour jour, les électeurs votaient pour l?alternance. S?il faut à cette date anniversaire mesurer le chemin accompli par les travaillistes, on peut dire que la première année de leur mandat se résume à une valse à deux temps. Un pas en arrière avec les mesures populistes prises au début de la législature, un pas en avant avec le budget de ?rupture? de Rama Sithanen.

Certes, Navin Ramgoolam reste plus que jamais aux commandes. Mais son orientation est influencée dans une large mesure par un ministre des Finances qui a su faire perdre au vieux Parti travailliste ses principes démodés. Pour un parti qui refusait de voir le monde en face jusqu?à récemment, la mutation est surprenante. Personne n?aurait cru qu?il osera un jour lever le tabou des subsides sur le riz et la farine. Ou encore celui de la taxe rurale.

Au début, l?orthodoxie travailliste semblait l?emporter sur la pensée libérale. Des freins étaient appliqués à la politique de libéralisation de l?accès aérien, le retour des prix contrôlés était annoncé, l?Etat dispendieux se manifestait à travers le transport gratuit, etc. Ensuite, une transformation s'est esquissée avec l?annonce de la fin des tripartites et des rigidités du marché du travail. Le budget a confirmé l?avènement d?une politique économique pragmatique.

Si Navin Ramgoolam parvient aujourd?hui à mettre en oeuvre une politique délestée de tout carcan idéologique, c?est parce que sa légitimité populaire demeure très forte et son autorité sur ses troupes incontestée. Il est vrai que sa décision sur le transport gratuit était un contresens mais elle a permis au Premier ministre d?obtenir la confiance populaire. Quant aux tenants de la ligne dure qui, au PTr, scandent encore les slogans socialistes, à l?instar des Nita Deerpalsingh et des Cader Sayed Hossen, ils finiront bien par se réconcilier avec le libéralisme.

Le New Labour n?a aucun complexe à reconnaître, par exemple, que les projets IRS ne constituent pas une forme d?apartheid économique. Les plus agités de son arrière-garde le feraient bientôt. En fait, la plupart des recettes libérales qui étaient imaginées par l?ancien gouvernement sont appliquées aujourd?hui par la nouvelle majorité. La seule différence, c?est que Paul Bérenger était prisonnier des données sociologiques qui le rendaient suspect à chaque fois qu?il voulait faciliter la libre entreprise. Navin Ramgoolam n?a pas ce handicap et il en profite pleinement.

Il jouira désormais de l?image d?un réformateur mais au début de son mandat le leader du PTr apparaissait surtout comme un leader rusé et cynique se préoccupant d?asseoir son autorité. Chaque vendredi, il récompensait les chercheurs de ?boutte? sachant que les lobbies sociaux qui les soutiennent peuvent déstabiliser son pouvoir. Semaine après semaine, les vagues rouges déferlaient sur les institutions publiques du pays. Dans la foulée, des cadres compétents telles Soorya Gayan et Jyoti Jeetun étaient licenciés sans motif valable.

La première année du PTr au pouvoir a aussi été marquée par une relative pâleur des autres ministres. Face à un leader si puissant, ceux-ci n?ont pas eu beaucoup d?espace pour manoeuvrer. Durant cette période, les feux étaient essentiellement braqués sur le ministre Dulull, dont le dossier est, en théorie, à l?étude à l?Icac et le ministre Gokhool, l?idéologue de l?élitisme qui a eu raison envers et contre tout.

Au terme de sa première année de pouvoir, Navin Ramgoolam a arraché son parti à la nostalgie du passé. Pour réussir, il doit poursuivre dans la voie du parricide politique.

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