Publicité

Paroles d?une cinéaste engagée

22 octobre 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

En réalisant Phir Milenge, vous vous placez résolument à l?antipode des cinéastes tournant des films à vocation commerciale. Pourquoi avez-vous choisi de prendre ce risque ?

J?ai toujours pensé que le cinéma est assez puissant pour aborder des thèmes aussi forts que le sida. Lorsque le producteur du film m?a contactée et qu?il m?a dit qu?il souhaitait faire un film engagé, j?ai sauté sur l?occasion. Je suis engagée socialement pour la cause des personnes atteintes du sida, il était normal que je choisisse d?en faire le sujet d?un film. J?ai voulu que Phir Milenge puisse interpeller le plus grand nombre de gens sur la question. Nous l?avons fait avec un budget limité et je pense que nous avons plus ou moins réussi notre pari.

Le programme des Nations unies sur le sida, a salué votre initiative pour Phir Milenge. Comment avez-vous accueilli cela ?

Pour bon nombre de personnes en Inde, les Nations unies ne veulent pas dire grand-chose. C?est surtout la presse qui a bien accueilli le film.

Maintenant que Phir Milenge a atteint son but, qu?en pensez-vous ?

?When you do something good, you feel good ! Society made me a star, it was the least I could do. It?s a way of giving back all the good things it gave me.? J?espère que ceux qui ont vu le film, sont rentrés chez eux avec un autre regard sur la question.

Il paraît que Phir Milenge pourrait être présenté lors du prochain Festival de Cannes?

C?est le souhait des Nations unies. J?espère que cela se fera.

Dans Phir Milenge, Shila Shetty explose à l?écran. Comment a-t-elle accepté et porté le rôle de Tammana ?

Je lui ai parlé d?un projet de film par téléphone. Elle a accepté tout de suite de faire partie d?une aventure cinématographique avec moi. Lorsque je lui ai exposé son rôle, elle a été totalement emballée. Sur le plateau, elle a été totalement habitée par son personnage. Shilpa Shetty est pour moi une immense actrice.

Etait-ce difficile de convaincre un acteur comme Salman Khan d?accepter ce genre de rôle ?

Certains se sont demandés ce que faisait Salman Khan dans un film qui parle du sida. Ce que les gens ne savent pas, c?est que Salman Khan n?a pas touché le moindre cachet pour ce film. Lorsque je lui ai tendu son chèque, il l?a refusé en me demandant de le verser au profit des associations qui luttent contre le sida. « Salman is a wonderful human being !?

Ce qu?il faut donc d?abord saluer, c?est l?engagement des acteurs. Ils ne se sont pas du tout souciés de leur image ou de l?impact de ce film sur leur carrière. Ils ont simplement voulu tenter l?aventure, parce qu?ils ont cru dans notre pari.

Pensez-vous qu?il est plus facile pour une femme de devenir un cinéaste engagé ?

Je ne pense pas. Je crois que cela a surtout à voir avec la personnalité et la sensibilité des uns et des autres et avec les choses auxquelles nous avons été exposés. Je suis engagée socialement dans la lutte contre le sida. Le sujet de mon film est apparu comme une évidence.

Quelle est aujourd?hui la place des femmes dans le cinéma indien ?

Elles sont partout. Je dirai que la majorité des femmes éduquées habitant les régions urbaines, peuvent aujourd?hui s?épanouir dans le cinéma. Mais comme les régions urbaines ne sont pas les plus nombreuses de l?Inde, je pense que les femmes ont encore de la place à prendre. Mais je suis persuadée que cela va se faire vite.

Comment décide-t-on de passer du statut d?actrice à celui de réalisatrice ?

J?ai beaucoup appris à travers les années. J?ai toujours voulu être derrière la caméra. C?est mon mari ? qui est lui-même cinéaste ? qui m?a poussée dans cette voie. Il a toujours senti que j?avais le talent. Je me suis donc appliquée.

Quel est votre rapport avec le cinéma?

Je crois vraiment que ce métier est fait pour moi ! Je me suis retrouvée un jour face à la caméra totalement par hasard. Je suis une danseuse de Barata Natyam. J?avais fait des photos et un producteur qui recherchait de nouveaux visages pour un projet de film m?a contactée.

J?ai tenté l?aventure par curiosité, mais très vite l?envie de cinéma m?a dévorée. Je me suis lancée il y a vingt et un ans avec la bénédiction de mes parents. Aujourd?hui je suis une actrice et une réalisatrice comblée. Ce qui me plaît le plus c?est que le cinéma est une forme d?expression qui peut réunir et toucher des gens de tous bords. Aujourd?hui, je peux également écrire des scripts. J?ai l?intention de m?y mettre complètement après Dil Jo Bhi Kahey parce que de l?écriture à la réalisation, c?est une formidable expérience de cinéma.

Pourquoi avez-vous accepté de faire partie de l?aventure Dil Jo Bhi Kahey ?

The first attraction was Amitabh Bachchan! J?ai été très honorée lorsque Romesh Sharma m?a contactée pour me proposer le rôle de Sandhya. Cette femme est si superstitieuse et si orthodoxe! J?avais très envie de jouer une Mauricienne très ancrée dans les valeurs traditionnelles de l?Inde.

Ces valeurs traditionnelles de l?Inde semblent partir en fumée avec des films comme Julie, Murder et Girl Friend...

?All types make the world ! ? C?est au public de faire le choix d?aller voir ou de ne pas aller voir un film. L?industrie du film est un business. Ce n?est pas une institution charitable. Les producteurs veulent faire des profits. S?il y a un public pour ce genre de films, c?est qu?il y a quelque part une demande.

Que pensez-vous de la nouvelle génération d?acteurs à Bollywood ?

Ils arrivent tous avec un bagage. Ils ont pris des cours, ils sont ambitieux et déterminés. Par contre, j?aurais souhaité qu?ils soient plus concentrés sur leurs performances.

Quel est selon vous l?avenir du cinéma indien ?

?It will keep happening. I hate predictions! One day at a time! I think it will continue to grow ! ?

<I> «L?industrie du film est un business. Ce n?est pas une institution charitable. Les producteurs veulent faire des profits.» </I>

<I> «Salman Khan n?a pas touché le moindre cachet pour ce film. Lorsque je lui ai tendu son chèque, il l?a refusé en me demandant de le verser au profit des associations qui luttent contre le sida.» </I>

Publicité