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Paris et Berlin posent leurs conditi ons
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Paris et Berlin posent leurs conditi ons
Vingt-quatre heures après l?annonce par Washington d?un prochain dépôt au Conseil de sécurité de l?Onu d?un nouveau projet de résolution sur l?Irak, les Etats-Unis continuent d?avancer avec prudence, incertains de l?appui international qu?ils obtiendront sur ce dossier. Le Conseil de sécurité devait avoir ses premières consultations vendredi 5 septembre après-midi sur le projet, qui vise à créer en Irak une force internationale sous mandat de l?Onu, mais sous commandement américain. Signe de leur prudence, les Etats-Unis n?ont ainsi pas formellement présenté un projet de résolution, mais font circuler un texte afin d?obtenir des réactions qu?ils utiliseront pour rédiger le texte qui sera ensuite formellement déposé.
Les tractations diplomatiques pourraient cependant se révéler délicates en raison des positions de la France et de l?Allemagne. Le président français, Jacques Chirac, et le chancelier allemand, Gerhard Schröder, ont affirmé jeudi à Dresde que le projet de résolution américain «n?allait pas assez loin» vers une dévolution rapide du pouvoir aux Irakiens, et que les deux pays se consulteraient étroitement pour présenter des amendements.
M. Chirac a estimé que le texte présenté mercredi soir à l?Onu était «assez loin de l?objectif prioritaire» de la France, à savoir «le transfert de la responsabilité politique à un gouvernement irakien», à l?issue d?une rencontre informelle avec le chancelier Schröder. Selon M. Chirac, un transfert de la responsabilité politique à un gouvernement irakien aussi rapidement que possible est nécessaire pour «sortir d?une logique d?occupation et entrer dans une logique de développement sous la responsabilité des Irakiens eux-mêmes».
SOUVERAINETÉ IRAKIENNE
Le chancelier a indiqué de son côté, tout en saluant «un mouvement» de la part des Etats-Unis, que le projet était insuffisant : «En vérité, je pense comme lui (Jacques Chirac) que ce projet ne va pas assez loin, qu?il n?est pas assez dynamique», a-t-il jugé. Selon lui, l?Onu «doit avoir la responsabilité du processus politique» en Irak.
Selon des sources diplomatiques françaises, le texte américain ne paraît pas marquer un changement d?approche suffisant pour faire face à la situation de crise extrême en Irak. Paris estime qu?il est trop essentiellement axé sur la dimension sécuritaire et qu?il ne prend pas en compte les nécessités politiques de l?Irak. Selon la France, la remise rapide du pouvoir aux Irakiens est une condition fondamentale pour la réussite de la stabilisation de l?Irak, et le projet ne donne pas aux Nations unies le rôle qui devrait leur incomber dans ce processus, d?après ces sources.
Une position détaillée par le chef de la diplomatie française, Dominique de Villepin, dans un entretien au Figaro de vendredi. M. de Villepin estime que le projet «va dans le bon sens», mais reste insuffisant et il souligne qu?un accord ne peut se faire que sur des «bases claires», sans «demi-mesures ni solutions ambiguës». Le ministre regrette que ce texte «reste essentiellement inspiré par une logique de sécurité et ne prend pas suffisamment en compte la nécessité politique de redonner rapidement à l?Irak sa souveraineté en transférant à ses institutions le pouvoir exécutif». En outre, selon lui, le projet «ne donne pas assez de responsabilités aux Nations unies dans le processus de transition politique». «On ne fera rien sans les Irakiens. Il y a a urgence car il faut un électrochoc pour convaincre le peuple irakien de se mobiliser de nouveau», ajoute M. de Villepin, soulignant la nécessité d?une «approche globale permettant de passer d?une logique d?occupation à une logique de souveraineté».
Autre membre prééminent du clan antiguerre opposé à la politique américaine en Irak, la Russie a fait savoir hier que le projet de résolution américaine recherchant une extension de la participation internationale dans l?Irak d?après-guerre «nécessitait encore de très sérieux aménagements».
«Le projet de résolution américain traduit une certaine évolution vers ces principes», a déclaré le ministre des Affaires étrangères, Igor Ivanov, lors d?une conférence de presse. «Mais, naturellement, pour qu?ils soient reflétés complètement, ce document nécessite encore de très sérieux aménagements», a ajouté le chef de la diplomatie russe.
TROIS PRÉOCCUPATIONS PRINCIPALES
La situation en Irak, a-t-il poursuivi, reste grave. «A cet égard, on ne peut que s?étonner des déclarations faites par certains responsables de Washington, selon lesquels la vie reprend un cours normal en Irak et s?améliore quasiment de jour en jour», a dit Ivanov.
Le projet américain dans sa première version ne semble pas, selon plusieurs diplomates s?exprimant sous le couvert de l?anonymat, remplir les conditions requises par Berlin et Paris. Il laisse floues les perspectives politiques pour l?Irak et ne répond pas à la question de la transparence de l?utilisation des fonds internationaux destinés à la reconstruction de l?Irak. S?il donne de nouvelles tâches à l?Onu, le texte n?en renforce pas pour autant son rôle, qualifié de «vital», selon une formulation qui, selon les opposants à la politique américaine en Irak, n?est ni assez précise ni assez forte. Enfin, la définition des tâches de la force multinationale telles qu?indiquées dans le projet de résolution et l?absence de référence aux forces de la coalition américano-britanniques posent également des difficultés aux pays qui veulent que l?accroissement des responsabilités s?accompagne d?un partage du pouvoir.
L?ambassadeur de France à l?Onu, Jean-Marc de la Sablière, a précisé que Paris avait trois principales préoccupations et proposerait des amendements en ce sens. «La première concerne le transfert de responsabilité aux Irakiens le plus tôt possible. Deuxièmement, nous pensons que le calendrier conduisant à un gouvernement représentatif devrait être plus précis, et que les Nations unies devraient endosser la principale responsabilité dans l?aide aux Irakiens» en ce domaine. Enfin, a-t-il ajouté, «un autre point qui est très important est le rôle des gouvernements de la région. Nous pensons qu?il est nécessaire d?associer les pays de la région». L?ambassadeur d?Allemagne, Günter Pleuger, a ajouté que le projet de Washington, qui réclame des contributions financières, devrait également insister sur la «transparence» dans la reconstruction économique du pays.
© 2003 Le Monde News Service
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