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Panne de réseaux
Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. Autrement, comment expliquer cette agitation qui se répand dans la rue pour se propager dans les différentes couches de la société mauricienne. En quatre jours, nous avons eu droit à trois manifestations.
La semaine a débuté par la protestation orchestrée, dans la nuit de lundi, par les pêcheurs de Montagne-Jacquot. Puis il y a eu mercredi, celle des parents d?élèves du collège Père Laval venus plaider, en face du bureau du Premier ministre, la cause du recteur de cet établissement. Et enfin celle des travailleurs de la Corporation nationale du transport organisée, jeudi, devant l?hôtel du gouvernement.
D?aucuns placeront ces différentes protestations sur le compte d?une démocratie en parfaite santé. Le sociologue y verra, quant à lui, matière à échafauder une thèse sur le nouveau comportement du citoyen. Toutefois, notre lecture de l?actualité nous pousse à penser que les réseaux qui ont naguère permis de canaliser la fronde populaire se sont peu à peu asphyxiés.
À commencer par le Parlement. Pour bien fonctionner, la démocratie a besoin d?un corps législatif fort, bien au fait de ce qui se passe sur le terrain, et à même de tenir l?exécutif en laisse. Or, ces derniers temps, l?Assemblée nationale a perdu de son autorité. D?abord par la faute de l?élu, et ensuite par celle du nombre.
En raison des critères utilisés pour octroyer les investitures, le candidat, souvent désigné en raison de ses affinités ethniques, est en déphasage avec les attentes et les préoccupations de ses mandants. Une fois élu, il se considère incontournable et se soucie peu des problèmes de sa région.
À cette faiblesse sur le plan de l?engagement politique est venu s?ajouter le déséquilibre occasionné par la loi du nombre. En effet, en installant des gouvernements à très forte majorité (60-0 ou même 52-8), qui s?accommodent ensuite d?un fort contingent de ministres et de secrétaires parlementaires, le système a fini par réduire le législatif à sa plus simple expression. Cette abdication parlementaire a, par ricochet, diminué l?influence des organisations non gouvernementales. Et face à un tel vacuum, les gens ont de plus en plus tendance à croire que leur seul salut réside dans la rue.
Il est grand temps que l?on rectifie ce déséquilibre en redonnant au Parle-ment la prépondérance essentielle à sa mission de porte-parole et de chien de garde. Autrement, cette panne de réseaux risque de déboucher sur une dictature de la rue.
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