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Panique en salles obscures

26 février 2005, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

C'est le film le plus triste du moment. L'augmentation, depuis ces dernières années, du prix du ticket de cinéma, le constat alarmant d'un fléau qui prend toujours plus d'ampleur, les difficultés des uns à faire venir les films, des autres à les voir. Une parodie à la mauricienne du mythe de Sisyphe qui descendu aux Enfers est condamné à rouler éternellement un rocher sur une pente, parvenu au sommet, le rocher retombe et il doit recommencer sans fin.

Une première version date de la fin des années 80, avec l'avènement des vidéoclubs. Malgré les protestations des propriétaires de salles, rien n'a été fait. On a contourné le problème encore et encore.

Puis sont venues les k7 audio, véritables compilations des tubes du moment, pour pas cher. Avec la montée des prix, impossible d'échapper à la tentation de s'acheter la culture à Rs 50.

Aujourd'hui, remake. Les moyens aidant, comme dans toute superproduction hollywoodienne qui se respecte, le film est en passe de devenir un classique, un film culte. On ne comprendra pas forcément pourquoi, mais on l'admettra sans mot dire.

Le synopsis de départ est plutôt simple. L'un des plus grands cinémas a augmenté le prix de son ticket. Un autre a stoppé l'importation de films occidentaux. Le public trouve les prix trop chers, les cinémas trop peu accessibles et s'en va chercher son bonheur à la sauvette. désertion des salles?

Au même moment, dans les rues, et même dans des magasins "officiels", on trouve pour le prix d'une place de cinéma, le film que l'on veut. Pire, on trouve des copies chez des succursales de cinémas.

Pire, au même moment, on achète à bas prix des lecteurs CD/VCD/DVD? Pire encore, au même moment, Internet dévoile une nouvelle facette de son énorme potentiel. «On peut toujours bloquer à la douane, l?importation de CD, mais maintenant qu?il y a les DVx, n?importe qui avec une bonne connexion peut télécharger des films via Internet et les copier, autant qu?il veut. On ne peut pas grand-chose contre ça», avoue un spécialiste de la lutte anti-piratage.

Le film a l'air passionnant, hein? Le guêpier dans lequel se retrouvent les protagonistes de l?histoire, vaut bien les intrigues d?Agatha Christie ou les adaptations ciné de John Grisham. La fin ne peut donc être qu?à la hauteur. Malgré les années qui passent, personne n'a encore réussi à en deviner la fin, pas même les acteurs principaux, les autorités, propriétaires de salles, cinéphiles? Le budget va largement être dépassé.

Les scénaristes ont cherché de nombreuses possibilités de fin. «Ill faut enlever la Taxe sur la Valeur Ajoutée, perçue sur chaque ticket de cinéma vendu», lance Saoud Chady, propriétaire des cinémas ABC.

Une hypothèse relayée par d'autres propriétaires, dont Yasin Chady, qui dirige les cinémas Cinecity (ancien Majestic) à Port-Louis, Ritz de Curepipe, New Savoy à Vacoas et Ciné Vogue à Flacq.

Mauvaise posture

Mais ce n'est pas encore la solution. Ce dernier ajoute, «imaginez que la TVA, peut représenter un ticket de bus, ce serait déjà ça de gagner pour ceux qui voudraient venir. On a baissé les prix pour ne pas perdre la clientèle. Mais on fonctionne pratiquement à perte, on arrive à peine à couvrir les frais, entre les films, la publicité, le dédouanement, la censure ?»

La plupart des cinémas sont en mauvaise posture. Et les propriétaires ne continuent leur business que par amour pour le cinéma. «S?engager dans un cinéma était risqué, mais on a essayé, on ne tourne qu'à 50 % pour le moment, c'est plutôt bon», explique Ashok Ramgoolam, du tout nouveau CineKlassic.

Il est plutôt optimiste. Il voit déjà une fin heureuse, l'arrêt du piratage, le retour en salle du public. D'autres sont plus pessimistes et au fil du scénario, trouvent toujours un nouveau problème à coller dans les pattes des héros. «Les coûts d'opération sont énormes», s'insurge Saoud Chady. Pour un ticket à Rs 120, voir Rs 150, de nombreux frais rentrent en jeu.

Eric Koenig, de Cineco, qui gère les cinémas Star au Caudan, affirme que le Star n'a pas de difficulté, mais «à Rs 120, on fermait le cinéma».

Heureusement pour lui, la fréquentation de ses salles n'a pas baissé. On ne peut en dire autant à l'ABC où «il arrive des jours où l'on ferme les salles», poursuit le directeur.

Il faut parvenir à réattirer le public vers les salles, lui faire réentendre que le cinéma est «un loisir sain», dit Saoud Chady, «une grande expérience», dit Ashok Ramgoolam.«L'aspect est aussi très important. Tout dépend, du film bien sûr, mais aussi de l'accueil», note Eric Koenig.

Manque cruel d?efforts

Il est évident que si le Caudan ou le Manhattan offre aux cinéphiles un cadre agréable, d'autres salles, dans les régions, laissent franchement à désirer et mériteraient un bon coup de peinture. Le cinéma, c?est un film, plus un service, le confort, c?est l?entrée dans un autre monde pendant une heure trente ou plus.

Des efforts suffiraient-ils à relancer l'action? Pas tant que l'intrigue principale n'aura pas été démêlée, car même si l?on enlève la TVA, que l?on construit de beaux cinémas ou même si l?on «donne des voitures duty free pour les déplacements des propriétaires», comme l?a évoqué un propriétaire de salle, le n?ud de l?intrigue reste le piratage. C?est le dénominateur commun à tout ce qui touche à la création artistique à Maurice. On copie tout, les films, les chemises, les jeans et les disques, sans distinction. On arrive même à voir des films à Maurice avant même leur sortie en salle, eu Europe.

Prenons le cas de Collateral, de Michael Mann, avec Tom Cruise, sorti en France le 29 septembre dernier et disponible en VCD et DVD à Maurice dès le 15 septembre. Idem en ce moment pour le film Alexandre, d?Oliver Stone, avec Colin Farrell et Angelina Jolie. Il sortira au cinéma à Maurice dans le courant mars, mais est déjà disponible partout dans les rues des villes et villages. Qu'allons-nous faire de ces pirates, qui eux n'ont pas de frais d'opération, pas besoin de permis, qui se contentent de copier et de vendre, en faisant d'énormes profits?

Il devient logique, pour le bien du film que l'on raconte ici, qu?il nous faut un enjeu de taille, que si les cinémas n'ont pas la garantie de pouvoir évoluer dans un environnement économique sain, ils n'investiront pas. Les autorités devront entrer en scène à un moment crucial du film. Des élections peut-être ?

Le public aussi aura un rôle à jouer, car même s'il profite largement du problème et apprécie le fait de voir «enn quantité de films, et nou pas paye. Mo content cinéma, mo pas kapav paye tout sa tickets là», ce même public aimerait sûrement aller au cinéma plus souvent. «Voir un film sur grand écran c'est autre chose. J'y vais pas très souvent, je préfère prendre des VCD. Je vois tous les films que je veux, même ceux qui sont pas encore sortis. Les copies sont bonnes. Je vais quand même pas payer plus cher, sauf quand le film vaut le coup», explique Johnatan, cinéphile à temps partiel et VCDvore chronique.

C?est aussi l?un des problèmes que rencontrent les salles. Le public ne se déplace que pour de très grands films. Mais ce sont ces films qui coûtent le plus cher.

Culture de la piraterie

Un autre cinéphile d?ajouter que «grâce au piratage, beaucoup de gens ont pu avoir accès au cinéma, à tous les genres. Si demain, on arrêtait le piratage, cela causerait un grand dommage pour la majorité des gens». Beaucoup lui donneront raison. Mais une chose en entraînant une autre, où va entraîner cette attitude? A développer une culture cinématographie ou à développer une culture de la piraterie ?Cela a déjà mené à copier les artistes mauriciens et à profiter de leur dur travail.

«C'est ça le plus grave», pour Eric Koenig, qui ne pense plus à son cinéma, mais à ses amis artistes, Natty Jah par exemple, qui malgré son talent et sa popularité a «besoin» de travailler pour vivre. Il ne s'agit plus de pirater les géants d'Hollywood ou Bollywood, il s'agit d'un principe, d'une logique. Il s'agit de loi.

Mais la loi, justement, le Copyright Act, est encore faible et mérite des réajustements pour renforcer et protéger les artistes, d'ici et d'ailleurs. Lorsque les cinémas et les musiciens locaux, se plaignent du piratage les autorités jouent au ping pong, se renvoient la balle de service en service. D'après une «interprétation», puisque chacun a des interprétations différentes, de cette loi, il faut que le détenteur des droits d'auteur porte plainte pour qu'une action puisse être effectuée. La voilà la fin du film. C'était pourtant facile. Payons donc un billet d'avion à Martin Scorsese, Oliver Stone, ou encore Sanjay Leela Bhansali, ils viendront porter plainte aux Casernes Centrales et l'affaire sera réglée. Alors là, c'est l'Oscar, sinon rien. Sans rire!

Hollywood fait la guerre aux internautes

A quarante huit heures du grand raout des Oscars, les grands studios hollywoodiens ont lancé une nouvelle série de procédures judiciaires contre les internautes qui échangent et téléchargent illégalement des copies de films ou d'émissions TV.

L'association représentant l'industrie cinématographique, la Motion Picture

Association of America (MPAA), a porté plainte au civil contre X et réclame 150 000 dollars de dommages et intérêts par film téléchargé, arguant que les copies illégales et le marché noir via internet coûtent au secteur des millions de dollars de recettes chaque année.

Les studios évoquent pour leur part des pertes annuelles mondiales en chiffre d'affaires de l'ordre de 3,5 milliards de dollars, qu'ils imputent aux ventes de copies illégales de vidéos et DVD dans les petites échoppes et au marché noir. Des responsables de la MPAA ont déclaré que des copies illégales de "plusieurs" films nominés pour les Oscars circulaient sur internet, citant pour seul exemple la comédie

Sideways, un film à petit budget considéré comme financièrement risqué par l'un de ses sponsors chez Fox Searchlight.

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