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Paméla ou l?engagement au nom de l?amour

1 mai 2005, 00:00

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Quelques mèches de cheveux lui balaient le front. D?autres se jettent sur ses épaules. Un soupçon de mascara bleu recouvre ses paupières tandis qu?un peu de rose s?éparpille sur ses lèvres, comme pour s?ajuster à sa tenue bleu ciel. Des motifs fleuris au henné descendent le long de son bras droit pour se marier à un petit bracelet en coquillage qui forme également une fleur. Elle a une bonne bouille, Paméla Mélisse. Dès son arrivée au Centre étoile d?espérance, qui s?occupe de la réinsertion des femmes alcooliques, elle n?a le temps que de déposer ses affaires. Puis, elle va voir les résidentes en cure, les rassure et se met déjà à préparer les programmes de réinsertion de la journée. « Quand une personne est réinsérée, c?est une famille qui revit. Pour y parvenir, il suffit d?une chose : il faut donner de son amour et travailler avec ces personnes avec son c?ur », affirme Paméla Mélisse, 40 ans, animatrice de ce centre de désintoxication depuis quatre ans.

Mais ce c?ur a beaucoup saigné avant de pouvoir s?ouvrir aux autres. Les souvenirs sont difficiles à se remémorer. La douleur résonne encore. Enfant unique issue du mariage de Serge, employé des docks, et d?Yvette, employée de maison, Paméla Mélisse grandit à Cassis. À cette époque, elle caresse un rêve : devenir danseuse de Bharat Natyam : « Je regardais des représentations de danseuses à la télévision et cela me fascinait. Je me voyais à l?étranger en train d?exercer ce métier. Mon papa m?avait promis qu?il m?aiderait à apprendre cette danse, mais il n?a jamais tenu parole. »

« J?avais soif d?apprendre »

En revenant du travail, son géniteur se préoccupait davantage de dépenser son argent à la boutique et cuver son vin. Une fois ivre et rentré à la maison, il cherchait noise à Yvette. Tantôt, la dispute débutait parce qu?il y avait un bouillon de poisson au lieu d?une daube. Tantôt, pour une autre banalité. Souvent, les éclats de voix fusaient. Puis, les coups ont commencé. Déchirée entre ce père qui se détruisait en abusant de l?alcool et une mère couverte d?ecchymoses, Paméla essayait de s?interposer. Elle n?avait que six ans. Mais la situation ne faisait qu?empirer. « Il nous arrivait de devoir fuir la nuit, car mon père était trop violent. On traversait les cimetières en trombe pour trouver refuge chez ma tante puis, lorsque les choses se calmaient, ma mère et moi rentrions », relate Paméla. Sa scolarité en prend aussi un coup. Ballottée entre divers refuges, elle doit changer d?école à six reprises.

Des années passèrent sans la moindre amélioration. Le jour de sa première communion sera marqué par une blessure qui ne se cicatrisera pas : seule sa mère l?accompagne à l?église du Saint-Sacrement, à Cassis, son père s?enivrant à la maison. À leur retour, la querelle éclate ! Furieux, son père saisit un morceau de bois où était enfoncé un clou et le lance sur Yvette. Voulant protéger sa mère, la fillette se blesse à la jambe droite. L?entaille se met à saigner et lui laisse une cicatrice à vie. Elle n?a jamais oublié.

Elle vient d?avoir douze ans quand ses parents se séparent. Elle s?apprêtait alors à passer un examen pour une bourse et intégrer le collège. Elle n?aura même pas le temps de noircir la feuille de candidature. Elle doit suivre sa mère dans une nouvelle maison louée à Tranquebar. À 13 ans, elle devient baby-sitter chez les employeurs d?Yvette. Afin de s?évader de cette enfance brisée, Paméla se gave de bouquins.

Un des propriétaires de sa maison, qui l?appréciait, fait des démarches pour qu?elle poursuive ses études. Ainsi, elle intègre le collège Trinity pendant deux ans. Mais les moyens faisant défaut, Paméla doit à nouveau interrompre sa scolarité. Elle va travailler à l?usine United Knitters, puis à Tara Knitwear, à Plaine-Lauzun. Entre-temps, elle prend des cours particuliers en français et anglais. « J?avais soif d?apprendre. À l?époque, je vivais aussi chez mon oncle, Claude, qui m?encourageait beaucoup et il m?aidait à m?instruire », raconte notre interlocutrice. Quelques années après, elle rencontre Josian, maçon qui travaillait dans l?enceinte de l?entreprise de textile, et l?épouse ? elle a alors 23 ans.

Le couple emménage chez les beaux-parents. Paméla se dit que le bonheur lui sourit enfin, qu?elle va enfin pouvoir construire un foyer et donner à ses enfants la joie qu?elle n?a jamais connue. Mais encore une fois, le destin s?acharne contre elle : Josian est toxicomane.

Les difficultés ne tardent pas à surgir. Enceinte de son premier enfant, Paméla se dispute en permanence avec son mari : « Je ne supportais pas de le voir se détruire. Il se rendait malade. Parfois, on se disputait tant que je recevais des coups. C?est moi qui étais devenue une femme battue. » Sa vie de couple vacille de plus en plus. Paméla ne sait plus à quel saint se vouer. Elle ne veut pas se morfondre, mais simplement sauver son mari.

Le Centre de solidarité, qui vient en aide aux toxicomanes, vient d?ouvrir ses portes en 1988. Elle essaie de convaincre son époux de s?y rendre, mais il refuse catégoriquement. Toutefois, Paméla participe aux thérapies familiales pour apprendre comment agir et vivre avec un drogué. Ses efforts s?avèrent fructueux : le 7 février 1989, jour de l?anniversaire de Josian, ce dernier lui dit qu?il veut sortir des affres de la toxicomanie. « À ce moment-là, j?étais heureuse qu?il veuille se réhabiliter. Mais c?était aussi difficile pour nous, car je ne travaillais pas et on devait élever Hansley, 1 an, et Nickel, mon autre fils de trois mois. De plus, il fallait trouver de l?argent pour le transport vers le centre de désintoxication », indique-t-elle.

La cure dure neuf mois. La joie bourgeonne au sein du foyer. Josian reprend la truelle pour aller travailler. La famille aménage dans une maison en tôle à Bambous. Durant la même année, Paméla devient cuisinière au Centre. Graduellement, elle s?insère de plus en plus dans la réinsertion. Elle apporte son soutien aux proches des toxicomanes et se met aussi à travailler à la réinsertion des drogués. En 1990, Josian lui emboîte également le pas. En tant qu?ancien toxicomane, il peut y venir en aide aux autres patients qui veulent s?en sortir. Les deux conjoints se serrant les coudes, ils parviennent à faire des travaux pour améliorer leur condition de vie. Entre-temps, Paméla donne naissance à trois autres garçons.

En 2001, Paméla quitte le Centre de solidarité pour intégrer le Centre étoile d?espérance, qui compte sept ans d?existence. Cette fois, il faudra s?occuper des femmes alcooliques. Habituée à travailler avec des toxicomanes, Paméla entre dans un autre monde. À l?époque, on ne parle pas ouvertement de la dépendance à l?alcool chez la femme. « C?était un peu tabou. C?était plus difficile. Les femmes alcooliques sont plus fragiles et beaucoup sont aussi des mères de famille. Je me demandais si j?allais être capable de le faire, de les écouter ou encore si elles m?accepteraient. J?ai fait un travail sur moi-même et finalement, j?ai été bien acceptée par elles », explique Paméla.

« Être là et tendre la main »

Avec cinq animatrices et Gilbert Leste, le directeur du Centre, Paméla aide depuis quatre ans à la réinsertion. Un programme en trois phases a été défini. « En premier lieu, nous avons le day-care. Cette étape consiste à retirer les femmes alcooliques de leur environnement et à les responsabiliser. Elles effectuent des petites tâches ménagères. Ensuite, nous poursuivons l?étape résidentielle, où elles séjournent au Centre pendant trois à quatre mois. Là, nous entamons un travail pour qu?elles retrouvent leur estime de soi et pour qu?elles apprennent à s?aimer et à s?occuper d?elles-mêmes. Il y a aussi une coiffeuse et une esthéticienne qui viennent pour les aider. Ensuite, nous faisons une évaluation pour la réinsertion dans la société et pour qu?elles trouvent un emploi. Mais le travail ne s?arrête pas là. Nous poursuivons avec leurs familles pour mieux les encadrer. Après un an d?abstinence, nous faisons une cérémonie et leur attribuons un pin symbolisant une étoile et une colombe », explique notre interlocutrice.

À l?heure actuelle, une dizaine de femmes suivent une cure de désintoxication et dix autres ont atteint la phase de réinsertion. Plusieurs activités sont organisées par le Centre, avec, entre autres, l?art, la couture et des sorties. « Il ne faut pas porter de jugement, mais il faut être là et tendre la main. Mon travail, c?est ma passion. La réinsertion, c?est une histoire d?amour. Je le fais avec mon c?ur », confie-t-elle.

Paméla, c?est une grande amoureuse de la vie, une femme qui ne plie pas devant les difficultés. Outre sa vocation, elle tâche aussi d?être à l?écoute de ses enfants. Très portée également pour le social, elle dispense des cours de préparation au baptême à la paroisse de Bambous et s?occupe des enfants à Cité Mère-Teresa, à Goodlands. Elle se qualifie comme leur amie avant tout. Elle dévore également des bouquins, surtout ceux parlant de drames et de romance. Et, après tant de déboires, elle a pu devenir l?héroïne de sa propre histoire ? un prince devenu charmant, beaucoup d?enfants et des personnes qu?elle arrache des griffes de l?alcoolisme chaque jour.

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