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Paludiers, un métier condamné à? fondre dans l?oubli ?
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Paludiers, un métier condamné à? fondre dans l?oubli ?
7 heures. Les salines émergent du sommeil, tandis que les paludières arrivent sur leur lieu de travail, à Tamarin. Engoncées dans leurs jupes bleues et leurs larges bottes en caoutchouc, elles ont le visage caché par des chapeaux de paille à large bord, des casquettes ou de grands foulards. Il faut faire vite, avant que le soleil ne s?approprie le ciel. Alors elles se mettent à l?ouvrage, non sans avoir enfilé leurs gants de laine : à l?aide d?une pelle et d?un balai, elles grattent, raclent et ramassent le sel qui recouvre les cuves de roche.
D?ici 10 heures, elles auront rempli chacune 40 corbeilles de sel. Celles-ci, percées de petits trous laissent évacuer l?eau. Elles sont ensuite transportées dans le ?magasin? où le sel est mis à sécher, avant d?être emballé.
Dans ce petit local sombre, les murs et le sol sont couverts de blocs de sel compacts et secs. Un travailleur s?active à décrocher des morceaux de ces murs de sel à l?aide d?une pioche. Les mains et les pieds brûlés par le sel, quatre femmes ramassent ensuite le sel et remplissent des sacs. Les gestes sont précis, rythmés et l?on comprend que, bien plus qu?une simple activité socio-économique, le travail des paludières est le fruit d?un riche héritage de techniques, de gestes et de connaissances ancestrales.
Il s?agit d?une tradition qui s?est transmise de génération en génération. La plupart des travailleurs des salines de Tamarin ont été propulsés dans ce secteur depuis leur plus jeune âge. Hilda, paludière, raconte : ?Monn koumans travay dan saline laz 16 ans. Zordi monn gaign 57 ! Tou mo bann famille ti dan saline : mo mama, mo bann tonton, mo frer,? Mo famille touzour ti travay dan saline.?
A l?époque, la nécessité économique voulait que les enfants soient mis au travail très tôt, afin qu?ils puissent ramener un salaire à leur famille. Qu?importe que le métier soit dur? Un des travailleurs nous explique dans un large sourire : ?Nou gaign l?habitude, né pli senti nangnié lor nou la peau.?
C?est ainsi que plusieurs d?entre eux soulèvent de gros sacs de sels qu?ils porteront sur leurs épaules ou sur leur tête, jusqu?au camion qui les attend sur le bord de la route. Le sel sera ensuite acheminé vers l?usine où il sera réduit en poudre avant d?être empaqueté pour l?exportation.
10 heures sonnent. Il commence à faire trop chaud pour continuer à travailler dans les salines. Il est devenu presque impossible de mettre les pieds dans l?eau. Les travailleurs s?en vont alors, laissant derrière eux les cuves dont l?eau s?évaporera durant la journée sous l?effet du soleil et du vent.
Ils n?auront qu?un court moment de repos, avant de se lancer, l?après-midi, dans un second emploi : jardinier pour certains, femme de ménage pour d?autres?
<B>Maya DE SALLE ESSOO</B>
TRADITION
<B>?Enn metie tro dir?</B>
■ Activité initiée il y a près de 200 ans, sous l?occupation française, la fabrication du sel a longtemps fait? recette. Aujourd?hui encore, elle génère quelques revenus. Mais face à l?urbanisation croissante et à l?assaut des secteurs d?activités émergents, de nombreux propriétaires de salines ont mis un terme à leurs activités. ?Autrefois, les salines étaient bien plus nombreuses, il y en avait une vingtaine à Maurice. Le lieu-dit les Salines à Port-Louis était l?une d?entre-elles, il y en avait aussi au Morne?, raconte M. Deravelle, propriétaire des salines de Petite-Rivière-Noire.
Si les techniques de fabrication du sel ont été préservées, si aujourd?hui encore les travailleurs reproduisent au quotidien les gestes hérités de cette époque, l?on peut toutefois craindre que ce patrimoine ne soit condamné à ? fondre dans l?oubli. En effet, les jeunes ne veulent plus travailler dans les salines, préférant se diriger vers des emplois de bonne à tout faire, de jardinier dans l?hôtellerie ou dans des usines. ?Enn metie tro dir ! Ki zanfan pou gaign kouraz fer enn travay dir koum ça ?? s?exclame une paludière. Certains d?entre eux ne peuvent s?imaginer qu?un jour les salines disparaîtront totalement de notre île : ?Li fer parti nou patrimoin morisien ! Bann salines pa pou disparet, touzour dimoun pou bizin gaign disel.? D?autres, en revanche, n?en seraient pas trop attristés : ?Li fatigan, mo pou soulaze parski tou mo bann famille ti ladan, mo ti oblizé travail ladan.? En effet, bon nombre de travailleurs semblent ne pas souhaiter voir leurs enfants reprendre le flambeau. Comme tout parent, ils espèrent que ces derniers mèneront une vie meilleure que celle qu?ils ont eue. ?Nou lé nou bann zenfant al pli loin ki nou.? Eux ont repris l?activité de leurs parents par necessité. Aujourd?hui, ils souhaitent que leurs enfants aient le choix?
FABRICATION
<B>Les étapes de la salinisation</B>
■ Chaque saline a ses propres procédés de fabrication du sel, adaptés à la sécheresse du sol et de l?air, au vent, à l?ensoleillement. La salinisation de l?eau pompée de la mer n?étant pas suffisante à la fabrication du sel, celle-ci doit être soumise à différentes étapes afin de ?fermenter ? et de permettre la récolte du sel. L?eau pompée de la mer est acheminée jusque dans un réservoir au sommet de la plaine. Elle passera ensuite par différents bassins aux lits couverts d?argile. Ce n?est qu?après trois ou quatre jours d?évaporation au soleil que l?eau pompée finit son parcours dans les cuves les plus basses de la plaine. C?est dans ces bassins couverts de roches ou de plastique que le sel est récolté. Plusieurs hommes chaussés de grandes bottes en caoutchouc se promènent dans ce paysage géométrique. Ils sont chargés de contrôler la salinisation de l?eau et de gérer la quantité d?eau contenue dans les cuves. Ils sont munis d?un grand thermomètre, appelé baumé, avec lequel ils mesurent minutieusement la salinité de l?eau. Gérant l?ouverture des valves séparant les bassins, ils font descendre l?eau de cuve en cuve, du sommet en bas de la plaine. A chaque étape, ils ont pour tâche de veiller à ce que tous les bassins contiennent la même quantité d?eau.
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