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Ouvrier textile : De peine et de sueur
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Ouvrier textile : De peine et de sueur
Prison. Cage. Bunker. Ségrégation. Depuis la révolte sri lankaise, les termes, les uns plus durs que les autres, sont utilisés pour qualifier les conditions de vie des travailleurs étrangers du textile. Syndicalistes et observateurs, ouvriers et hauts cadres du secteur sortent de leur réserve pour dénoncer cet état de choses.
Membre de la Federation of Progressive Unions (FPU), Reaz Chuttoo explique que c?est l?action énergique des ouvrières chinoises de l?usine Novel Garments de St-Félix, en 2002, qui a mis le feu aux poudres. « Il est vrai que certains ouvriers abusaient un peu de la situation, en rentrant tard dans leur dortoir. Mais la vraie raison qui a poussé au changement, c?est l?action des ouvrières de Novel Garments. »
La ségrégation pure et simple
Elles avaient marché de leur lieu de travail jusqu?à l?ambassade de Chine, à Rose-Hill, pour protester contre leurs conditions de travail. Elles alléguaient que l?argent qu?elles remettaient à leur superviseur pour être envoyé à leur famille ne parvenait jamais à ces proches. Elles suspectaient aussi que les heures supplémentaires n?étaient pas comptabilisées comme telles.
Le secteur textile devait, par la suite, être le théâtre d?une série d?incidents ayant les mêmes problèmes pour toile de fond. Certains ouvriers, comme ceux venant du Bangladesh, parvenaient à communiquer avec leurs collègues mauriciens. « S?il y avait des irrégularités dans leur contrat, ils arrivaient à le savoir en parlant aux Mauriciens. Ces derniers leur conseillaient quel syndicat contacter pour défendre leurs droits », poursuit notre interlocuteur.
Et la réaction des employeurs ne s?est alors pas fait attendre. « Il fallait, pour eux, tuer toute rébellion dans l??uf. D?où la décision de certains employeurs d?introduire des mesures correctives pour le moins contestables », indique notre interlocuteur. Les dortoirs sont alors construits dans l?enceinte de l?usine, les allées et venues des ouvriers sont contrôlées et, dans certaines entreprises, un couvre-feu est instauré. Les contrevenants aux règlements sont sévèrement réprimandés. « Toute communication entre les travailleurs étrangers et les Mauriciens a alors été coupée. C?est la ségrégation pure et simple qui a prévalu. »
Ce n?est pas une vie, indique, quant à lui, un haut cadre d?une usine de textile. « Les gens qui travaillent dans ce secteur ne sont pas considérés comme des êtres humains, mais comme des bêtes de somme. Ils ne font que travailler, sans qu?on leur offre la possibilité d?un moment de détente ou de loisir. » Il faut se poser des questions, poursuit-il : « Sont-ils aussi productifs lorsqu?on les met à la tâche pendant de si longues heures ? »
Certaines compagnies, ajoute Reaz Chuttoo, considèrent ces personnes comme de la marchandise. Pour elles, les ouvriers ne sont là que pour travailler, et rien d?autre. « Le fait qu?ils vivent sur leur lieu de travail comporte beaucoup d?inconvénients. J?ai eu un cas où un ouvrier qui se sentait malade s?était retiré dans son dortoir. Son superviseur n?a pas cru à sa maladie, et il est venu le voir et l?a forcé à reprendre le boulot? »
La situation des dortoirs et des aménagements est aussi dénoncée. Manque de facilités, absence d?eau chaude, espaces exigus, manque de toilettes et de salles de bains. « Ajoutez à cela, l?impossibilité de vivre dans un environnement propre. Et lorsque l?hygiène fait défaut, toutes sortes de maladies apparaissent », explique Reaz Chuttoo.
Faizal Ally Beegun de la Federation of Parastatal Bodies & Other Unions en sait long sur les conditions de vie des ou- vriers, pour les avoir souvent défendus. « Il y a des dortoirs archi-utilisés, et qui n?ont pas été rénovés depuis des lustres. Ces lieux, qui accueillent des vagues d?ouvriers étrangers, sont une honte et mériteraient sérieusement d?être améliorés », souligne-t-il. Parquet craquelé, matelas usagés, toilettes et salles de bains hors d?usage, murs moisis. La liste n?est pas exhaustive.
Au-delà de tous ces problèmes, il y a la solitude inexprimée des ouvriers étrangers. L?absence de vie sociale et l?impossibilité de s?intégrer à la société mauricienne rendent l?existence au sein de l?usine encore plus difficile.
Habib Asmi, un ouvrier indien en fait la triste expérience actuellement. Fiancé à une Mauricienne, il n?a pas la possibilité de la voir autant qu?il le souhaiterait. Il attend chaque semaine son jour de repos pour la rencontrer. « Je suis parfois découragé. J?aimerais la voir après le travail, mais je dois effectuer des heures supplémentaires. Nous ne sommes pas libres de faire ce que bon nous semble. Heureusement que le téléphone portable existe? »
Le droit aux ouvriers de se défendre
D?après les bribes que nous avons pu saisir à l?aéroport samedi dernier, auprès des ouvrières sri lankaises qui avaient choisi de partir, il semblerait qu?elles n?avaient pas beaucoup de temps libre. « Nous travaillions tous les jours, et le samedi, nous avions trois heures de repos. » Leur contrat de travail a d?ailleurs soulevé de nombreu-ses interrogations.
Loin des machines, que faisaient-elles ? « Pas grand-chose. On tournait en rond dans l?enceinte de l?usine, on se reposait, on regardait passer les gens? »
Le fait de dépendre de leurs superviseurs pour l?envoi d?argent à leurs familles a créé beaucoup de tension.
La compagnie leur offre, en effet, des facilités pour envoyer de l?argent chez elles, en confiant cette tâche à des hauts cadres. « Mais des ouvrières se sont souvent plaintes à nous, en disant qu?elles ne savaient pas si l?argent durement obtenu parvenait réellement à leur famille », poursuit Faizal Ally Beegun.
Face à ces problèmes, une des solutions demeure, pour les syndicats, le droit des ouvriers étrangers à se syndiquer.
« Et de se défendre, comme l?avait préconisé la Commission des droits de l?homme à la suite de l?affaire Li Xue Qin, une ouvrière chinoise qui avait poursuivi son employeur en justice », souligne Reaz Chuttoo.
À la suite de cette affaire, qui avait fait la une des journaux, la Commission avait, en effet, conseillé au gouvernement de prendre des dispositions pour inclure une clause dans la loi qui donnerait aux ouvriers étrangers le droit de se défendre. « Actuellement, ils ne peuvent pas exprimer leurs griefs. D?ailleurs la loi ne les soutient même pas », poursuit-il.
Au niveau de l?Advisory Council on Occupational Health, des règlements sur le Lodging and accommodation avaient été définis en 2003-2004. « Or, ces règlements qui préconisent des aménagements permettant aux gens de travailler dans de meilleures conditions et de s?épanouir dorment dans un tiroir. Il semblerait que ce ne soit pas dans l?intérêt des autorités de les mettre en place, car il leur faudrait alors effectuer une série de contrôles », poursuit Reaz Chuttoo.
Si certaines entreprises prennent soin d?offrir un espace de loisir aux ouvriers, tel n?est pas le cas pour d?autres.
Et encore, ces aménagements n?obtiennent que rarement les faveurs des observateurs. « Ce n?est qu?une cage dorée et les facilités offertes ne sont en fait qu?un leurre », estime Reaz Chuttoo.
François Woo, le Managing Director de la Compagnie mauricienne de textile, ne partage pas cet avis. Il pense qu?offrir ce genre de facilités constitue une preuve que la compagnie ne souhaite que le bien-être de ses travailleurs.
« Les conditions de vie des expatriés ont été, en général, très décriées. C?est tout à fait normal que nous pensions à eux, car ils sont un facteur essentiel à l?avancement de l?entreprise. Il est important pour ces employés de se sentir bien dans leur peau », nous confiait-il au lendemain de l?inauguration d?un centre d?hébergement pour des travailleurs chinois, en décembre dernier.
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