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OMC : le forcing de Cuttaree à Cancun

13 septembre 2003, 20:00

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«L e sommet de Cancun sera un succès si les problèmes des pays en développement sont résolus », affirme Jayen Cuttaree, le ministre de l?Industrie et du commerce international mauricien qui est aussi le porte-parole de l?Union africaine (UA). Il a résumé en une phrase les attentes de Maurice et de l?Afrique lors de son allocution à la conférence ministérielle au nom de l?UA vendredi dernier.

La délégation mauricienne transite d?une session de travail à une autre. Jayen Cuttaree tâte le pouls des plus importants partenaires du pays et de l?Afrique. Il s?agit de rencontrer le US Trade Representative Robert Zoellick ou Pascal Lamy, le commissaire européen au commerce. Il faut s?assurer qu?ils comprennent la position africaine et qu?ils pourront la soutenir le moment venu.

Jayen Cuttaree se dit optimiste. Les choses avancent, dit-il, avec les blocs européen et américain.

Mais le ministre égrène aussi les griefs de l?Afrique et de Maurice contre la mondialisation et l?érosion des préférences commerciales des pays en développement. Sur l?accès aux marchés non agricoles (AMNA) il croit que les propositions actuelles ne tiennent pas compte des besoins de nombreux pays africains ni de la nécessité de ces pays de diversifier leur économie et de développer leurs bases industrielles.

« L?Agriculture est vitale pour l?Afrique car elle crée l?emploi, assure des revenus et permet l?éradication de la pauvreté. Mais les distorsions sur le marché agricole mondial ont un impact négatif sur les pays producteurs de coton de l?Afrique de l?Ouest et Centrale » observe Jayen Cuttaree.

« L?Afrique demande un environnement commercial global juste et équitable.» Cela passe, selon lui, par la prise en compte de la spécificité des économies des pays africains. Les lacunes existent : manque d?infrastructure, sources énergétiques insuffisantes, financement trop faible. Le traitement spécial et différencié (TSD) qui sera accordé aux petites économies et aux pays en développement devient ainsi presque le centre de l?argumentation de la délégation mauricienne et africaine.

Conserver l?accès préférentiel aux marchés

Jayen Cuttaree l?a rappelé quand il s?est adressé à la conférence ministérielle en tant que chef de la délégation mauricienne. « La vraie réussite de la conférence de Cancun dépendra en partie de la mise en place et de l?application de traitements spéciaux et différenciés qui seront dans l?intérêt des pays en développement. »

Maurice maintient le même cap dans la défense de ses intérêts. L?accent est toujours mis sur la conservation et le réaménagement de l?accès préférentiel aux marchés des pays en développement et des petites économies. Jayen Cuttaree n?omet pas de rappeler que le succès économique mauricien a reposé sur des facteurs internes mais surtout sur « l?accès préférentiel aux marchés européens et américains pour nos produits agricoles et industriels. »

C?est cet accès préférentiel qui pourra permettre aux pays comme Maurice de concurrencer les produits de grands pays possédant des ressources plus importantes. « Les pays les plus vulnérables peuvent ainsi poursuivre une politique d?exportation et de développement efficace.»

La délégation mauricienne cherche à convaincre les membres de l?OMC que le démantèlement des préférences commerciales risque de causer des catastrophes nationales dans les économies les plus vulnérables. Désindustrialisation, chute de la croissance économique et hausse du chômage comptent parmi les effets qu?énumère Jayen Cuttaree.

Les préférences commerciales doivent aussi être maintenues pour ne pas vider les accords commerciaux de leur substance. Les traitements préférentiels prévus dans l?accord de Cotonou pour le sucre ou l?Africa Growth and Opportunity Act, pour le textile, n?ont de sens que si des barrières tarifaires existent pour les autres producteurs. L?Afrique estime donc que la libéralisation doit être aménagée afin de ne pas faire perdre aux pays en développement le bénéfice de ces accords.

Nos négociateurs auront jusqu?à ce soir pour rallier le plus de membres de l?OMC à leur cause. L?enjeu est unique et crucial : obtenir un régime dérogatoire de préférences commerciales qui leur permettra de survivre dans un environnement global encore plus concurrentiel dans les années à venir.

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