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Olivier Lalouette réédite Dumont d?Urville

21 décembre 2005, 20:00

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Olivier Lalouette de Streak Design récidive mais dans le bon sens. Après nous avoir offert, l?an passé, une superbe réédition des extraits mauriciens et bourbonnais du Voyage pittoresque autour du monde de M. Dumont d?Urville, il met à notre disposition, en cette fin d?année 2005, les extraits malgaches du même périple, nous contraignant du même coup à renvoyer à une prochaine chronique la suite de la biographie de M. Teeluckparsad Callychurn, premier Postmaster General mauricien d?origine indienne (voir l?express du 12 décembre 2005).

L?an dernier, Olivier Lalouette nous rappelait l?objectif de Dumont d?Urville de ?rendre aussi populaire que possible la connaissance des grandes expéditions de découvertes? entreprises avant lui. Il sait les lecteurs potentiels de ces extraits, réédités par lui, partagés entre la passion de revivre par la pensée un voyage autour du monde, aussi exaltant, au début du XIXe siècle, qu?une expédition spatiale de nos jours, et les désagréments de se rapporter à un récit datant de la marine à voile et du dessin au crayon, faute d?appareils photographiques et cinématographiques. Il condamne toutefois cette dernière attitude car Dumont d?Urville peut nous raconter ce qu?aucun chroniqueur touristique, ce qu?aucun photographe de talent, ne peut faire, de nos jours : à savoir décrire les îles du sud-ouest de l?océan Indien des années 1828. Malgré quelques inévitables erreurs, pardonnables à tout voyageur de passage, notant rapidement ce qu?il voit de plus intéressant et ne pouvant pas toujours postérieurement vérifier le bien-fondé de ses notes hâtives, le récit indocéanique de Dumont d?Urville ne saurait nous laisser indifférents car il précise notre passé et crée un lien avec notre histoire. ?Cette incontournable référence?, écrit Lalouette, ?qui permet à l?homme d?avancer dans le temps sans répéter pour autant les erreurs commises jadis, l?Histoire qui nous révèle aussi avec tant de détails et d?émerveillement ce que furent les lieux que nous côtoyons quotidiennement aujourd?hui.?

Dans le deuxième tome de ses extraits du Voyage pittoresque? de Dumont d?Urville, Olivier Lalouette nous permet d?aborder la Grande Ile de Madagascar qui est, à l?époque (fin des années 1820), dans un décor encore plus naturel que ne le sont les îles Bourbon et Maurice, pouvant déjà se prévaloir de plus d?un siècle de peuplement, entre autres, européen et de développement. Il nous rappelle pour commencer que l?existence d?une Grande Ile, à l?est de l?Afrique australe, est connue, depuis Marco Polo, des géographes et cartographes européens ? mais de façon fantaisiste?. Portugais et Hollandais hésitent à s?y installer durablement, même de façon très localisée. Les Français se montrent plus entreprenants mais ils préfèrent jeter leur dévolu sur les Isles de France et de Bourbon après le massacre de Fort-Dauphin de 1674. Il faut attendre Farquhar, le conquérant de l?île Maurice et l?ami de ses habitants francophones, pour s?infiltrer habilement et par le biais de l?éducation et de l?évangélisation, au sein de l?administration royale madécasse de Radama 1er et de Ravalona 1er. C?est alors que Dumont d?Urville et ses compagnons visitent, à leurs risques et périls, Tamatave et ses environs et l?île Sainte-Marie, chef-lieu des établissements. L?explorateur-géographe, commandant l?Astrolabe, devient ici professeur d?histoire pour rendre compte des premières tentatives de colonisation européenne, le règne du conquérant Hova, Radama 1er, l?usurpation du trône par Ranavala-Maujoke, l?après 1829, la deuxième période de colonisation européenne, etc.

Comme le premier tome, celui consacré à l?Ile Rouge, s?embellit des belles illustrations agrandies de Monsieur de Sainson ?puisées dans l?immense portefeuille qu?il rapporte du voyage de l?Astrolabe?. Nous avons ainsi successivement droit au portrait, plutôt Louis-Philippe, de Jules Sébastien César Dumont d?Urville (1790-1842), de l?arbre du voyageur, le ravenala, la vue de Tintinge, un couple madécasse en 1656, la soumission des Malgaches à Flacourt en 1652, une femme séclave ou sakalave, des hommes hovas, des? hippopotames.

Ces extraits malgaches du Voyage pittoresque de Dumont d?Urville qu?Olivier Lalouette met si aimablement à notre disposition, viennent à point, au lendemain de la visite d?Etat que vient de rendre à l?île Maurice, Marc Ravalomanana, le président de la République malgache, au cours de laquelle il a exprimé le v?u que se renforce la coopération économique mauriciano-malgache. Ces premières tentatives de colonisation étrangère à Madagascar nous fournissent de précieux renseignements quant aux raisons de ces échecs répétés. Il est ainsi préférable d?adopter l?attitude et le comportement de serviteur et d?ami des populations malgaches qui furent ceux du simple soldat Lacase, devenu, grâce à son amabilité et à son esprit de service, un quasi-souverain, plutôt que d?emprunter l?arrogance d?un Flacourt, d?un Champmargou, d?un De la Haye ou encore le prosélytisme anti-évangélique d?un père Etienne.

Il importe aussi de vouloir s?implanter après avoir accordé nos violons et non pas vouloir transposer à Madagascar nos querelles inter-entreprises mauriciennes, à l?instar de Beniowski, plein aux as, parce que bien vu des aveugles autorités franco-mauriciennes de l?époque, mettant les bâtons dans les roues de l?expédition de M. de Maudave, au budget infiniment plus petit mais au plan d?action mieux inspiré.

Les bibliophiles et les passionnés d?histoire des Mascareignes et du sud-ouest de l?océan Indien ne manqueront pas pareille aubaine de pouvoir consulter à loisir, chez eux, les extraits indocéaniques du Voyage pittoresque? de Dumont d?Urville. Nous ne pouvons que féliciter Précigraph, Ciel Textile Ltd, Gaz Carbonique Ltd et la General Construction Ltd ainsi que Sandrine et Raymond d?Unienville, Alain Mathieu, Philippe Koenig et Ian Tattersall de l?American Museum of Natural History de New York, d?avoir aidé et permis à Olivier Lalouette et à Streak Designs Ltd de nous offrir cette belle publication qui fait honneur à l?édition mauricienne.

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