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Oeuvrez séparément mais ensemble

5 août 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

par Marie-Annick SAVRIPÈNE

Jennifer Fok est un brin rebelle. Cette jeune femme de 27 ans, qui exerce comme marketing executive chez Cellplus, n?aime pas les faux-semblants. Ainsi, cette fille aînée de Doris et de Jean-Pierre Fok ? la première est team leader pour une compagnie distributrice de produits cosmétiques français et ce dernier un ancien restaurateur en retraite anticipée ? n?hésite pas à raconter que même si ses parents respectent ses choix, elle a dû lutter pour s?imposer.

«J?étais la petite fille chérie dans un milieu très conservateur. J?ai dû me battre pour leur faire comprendre que j?allais vivre ma vie et non pas me conformer à ce qu?ils attendaient de moi.»

Une volonté qui s?exprime très tôt puisque cette classée 345e à l?examen du Certificate of Primary Education, qui montre très tôt des prédispositions pour l?athlétisme, préfère le collège de Lorette de Quatre-Bornes, «réputé aussi bien pour ses performances académiques que pour sa première place aux compétitions inter-collèges» au collège Maurice Curé où elle a pourtant droit de cité. Et puis, ajoute-t-elle avec un sourire coquin, «le collège du St Esprit est juste à côté».

Une tendance sportive qui se confirme puisque Jennifer se révèle une excellente sprinteuse aussi bien aux inter-collèges qu?aux championnats nationaux. Les chiffres n?étant pas son fort, «c?est un peu bizarre pour une Mauricienne d?origine chinoise», souligne-t-elle en riant, c?est vers les matières classiques qu?elle se tourne, tout en faisant de la comptabilité en Form VI.

À la fin de ses études secondaires, elle décide de «plier bagages» et d?aller étudier les lettres modernes à l?étranger. Elle a le choix entre le Canada, l?Australie et la France et étant plus francophone qu?anglophone et ne supportant pas l?hiver rigoureux, c?est à l?université Sofia Antipolis de Nice en France qu?elle fait son nid pendant trois ans. Mais au lieu de lettres modernes, elle privilégie l?information et la communication, décrochant sa licence au bout de trois ans.

Du genre à vivre au jour le jour étant fille à ne pas penser aux lendemains comme elle le précise, «je suis du genre à vivre au jour le jour et à ne jamais regretter mes choix», elle décide de rentrer au pays. Elle postule à Cellplus après avoir lu dans un avis de presse que cette filiale de la Mauritius Telecom recherche un communications officer, poste qu?elle considère totalement dans ses cordes.

Recrutée, elle est toutefois envoyée au département de marketing où elle fait rapidement valoir ses compétences après plusieurs formations à l?interne, passant de marketing assistant au poste de marketing executive. Au quotidien, Jennifer qui fait partie d?une équipe de huit personnes, est responsable des services à valeur ajoutée, depuis leur conception jusqu?à leur lancement commercial.

Le Rotaract de Beau-Bassin-Rose-Hill, club de service qui existe depuis dix ans et qui est calqué sur le Rotary Club mais destiné aux jeunes professionnels de 18 à 30 ans, l?approche en 2003 pour qu?elle se joigne au mouvement. Jennifer assiste à plusieurs réunions et se découvre des affinités avec certains membres de ce club. Ce qui est bon pour ses projets car la devise du mouvement est «Service through fellowship».

Améliorer le sort des mal lotis

La jeune femme qui vivait jusque-là dans un monde protégé, prend alors pleinement conscience des réalités des démunis. Elle touche du doigt la solitude des orphelins et le mal-être des personnes âgées placées en hospices. Son intérêt à s?engager pour améliorer le sort des plus mal lotis de la communauté est tel qu?on lui propose d?intégrer le club. Jennifer ne se fait pas prier. Elle participe notamment à l?organisation d?un concert de charité du groupe «La musique au bout du tunnel» et dont les fonds sont versés à l?Association des parents d?enfants inadaptés de l?île Maurice.

Et cette année, lorsque la présidente demande à un des 12 membres du club de postuler pour la remplacer, la jeune femme sent que son heure est arrivée. Elle n?est d?ailleurs pas la seule à le croire car sa candidature ne rencontre aucune opposition. «J?ai senti que c?était le bon moment pour prendre la présidence du club après trois ans comme membre. Le bon moment signifie que je suis relativement stable dans ma vie. Je ne suis pas Mère Teresa mais à ma façon, je veux essayer de venir en aide à ceux qui sont dans le besoin. C?était le moment ou jamais.»

Si Jennifer entend poursuivre avec les projets habituels tels que les dons de sang, la collecte de vivres et la distribution de jouets, son objectif principal est d?agrandir la famille rotaractienne qui est actuellement de 70 membres. «Il n?y a que 70 membres pour les six Rotaract Clubs existants. C?est peu alors qu?il y a beaucoup de jeunes professionnels. Il faut créer une conscientisation sur ce mouvement et inciter ces jeunes à gagner nos rangs et à ?uvrer pour une cause honnête et bonne. Je veux faire bouger les choses car c?est pour le bien de la communauté.»

Devenir sensible aux réalités du pays

Pour y parvenir, elle a pensé à une journée portes ouvertes à la mairie de Beau-Bassin-Rose-Hill et rencontre le secrétaire de la ville ce matin à cet effet. Ensuite, même si elle considère qu?il est bon que les clubs Rotaract oeuvrent séparément «afin de réaliser un maximum de projets dans leur communauté respective», elle est aussi en faveur de leur rapprochement.

Celui-ci s?est fait depuis deux ans et a culminé en juin dernier par un projet commun autour de la connaissance du VIH/sida dans les collèges de l?île. Jennifer est déterminée à resserrer ces liens.

Comme la jeune femme est devenue sensible à toutes les réalités du pays, elle est choquée par le nombre de cas de violence sur les enfants. «Cette situation me révolte. Je souhaite vivement monter un projet de sensibilisation sur la violence envers les enfants qui ne doit plus continuer.» Beau dynamisme?

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