Publicité

Occasion inespérée d?admirer la peinture biharie

7 juin 2008, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Amateurs de Beaux-Arts, vous avez jusqu?à mardi, pour courir à la galerie municipale Seewoosagur Ramgoolam à Quatre-Bornes pour vous remplir les yeux d?une explosion kaléidoscopique de couleurs et de graphisme, venant tout droit de ce Bihar.

Les s?urs Jha (Manisha mais aussi Bandana et Puja) ainsi que d?autres artistes non moins talentueux y exposent une centaine de leurs ?uvres.

Ces artistes, et surtout Manisha Jha excellent autant dans les miniatures que dans les grandes fresques. On y retrouve cette étrange habileté à contraster l?une ou l?autre couleur en la noyant dans un labyrinthe d?espaces et de formes que remplit un graphisme de couleur noire encre de Chine et que génère un travail assidu.

Visiblement, il s?agit d?une représentation picturale d?anecdotes inspirées des différents livres sacrés hindous, mais plus particulièrement du Ramayana. Seuls les plus dévots et les plus érudits d?entre nous pourront séparer la part du sacré et celle du profane, la part de l?infini et celle de l?éphémère.

D?une toile à l?autre, on peut passer du totalement gris, mais fourmillant d?une pléiade de minuscules sujets et détails à un feux d?artifice de couleurs qui pour peu qu?on le fixe à l?obsession, se met soudain à tourbillonner devant nos yeux plus ravis que jamais.

Les fresques de Manisha Jha sont de toute beauté. Elles se construisent autour de quelques grands traits fondamentaux à l?ombre desquels se construisent des scènes autant de la vie céleste que de la vie villageoise et que remplissent des myriades de détails crayonnés en noir. On peut se contenter d?admirer superficiellement l?ensemble comme on peut tout aussi bien lire, les uns après les autres, les milles et un détails peuplant chaque pouce carré de l?oeuvre. Ce n?est plus de la peinture. Cela devient tapisserie, mais dessinée à la main.

Les couleurs utilisées sont volontiers fluorescentes. Les artistes biharis privilégient le rose prononcé, le safran, le bleu roi, le rouge cerise, l?orange. Les fleurs, surtout de lotus, sont stylisées comme le sont souvent les autres formes humaines, animales ou végétales. On peut lire aussi bien dans les nervures d?une feuille, ou encore dans la ramure d?un arbre que dans les lignes de notre main. Nous sommes en présence de la sublimation d?empreintes digitales.

La merveille des merveilles réside dans une vache allaitant son veau. Elle remplit tellement l?espace pictural qu?on ne la voit plus, cachée qu?elle est par les rainures qui la parent élégamment. Puis au centre de la partie basse de cette ?uvre excellemment « graphisée » on découvre le veau. On comprend qu?il aspire à une eau vive. On découvre alors les pis aussi nourriciers que l?épi céréalier et de fil en aiguille on remonte jusqu?à la vache sacrée qu?on croit d?abord sans tête avant de la découvrir, couvrant de tendresse son petit. Du grand art.

Un art populaire

Les ?uvres exposées à Quatre-Bornes, sont de l?école dite de Mithila ou encore de Madhubani. Il s?agit d?un art populaire propre au Bihar. Mithila est un centre de civilisation indienne ayant attiré des pléiades de philosophes, de sages, de religieux charismatiques, d?écrivains, d?artistes. C?est aussi le lieu de naissance de Sita, l?épouse de Ram. Pendant des siècles, les femmes de cette région ont excellé dans l?art de peupler les murs de leur demeure de fresques colorées, peuplées des sujets qui leur étaient chers.

En 1934, le colonel William G. Archer découvrit ces merveilles, s?employa à les photographier et à les populariser en Inde et ailleurs. En 1966, la directrice de l?artisanat indien, Pupul Jayakar, chargea le peintre marathi Baskar Kulkami de promouvoir cette tradition artistique quelque peu tombée en désuétude. La réponse fut d?abord lente et laborieuse, avant de susciter un engouement populaire sans précédent. Notre ministère des Arts et de la Culture aurait intérêt à faire venir à Maurice des professeurs de Madhubani pour nous enseigner cette forme de peinture simple mais inventive.

Publicité