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Noël Koowaree raconte l?histoire de Centre de Flacq
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Noël Koowaree raconte l?histoire de Centre de Flacq
A u début de juin 1983, Noël Koowaree raconte, à l?intention des lecteurs de La Vie Catholique, l?histoire de Centre de Flacq, la capitale commerciale de l?Est. Les origines historiques de cette localite ne remontent pourtant pas au-delà de la seconde moitié du XIXe siècle, ce qui est plutôt tardif pour un district qui accueille une importante colonisation hollandaise, notamment à Trou d?Eau Douce et dans ces plates (vlakte en néerlandais) plaines flacquoises où ils abattent à outrance les ébéniers qui s?y trouvent, tout en s?adonnant à l?élevage et au jardinage.
Noël Koowaree le sait puisqu?il évoque le fameux chemin des Hollandais, reliant le Trou d?Eau Douce aux villages de Palmar, Quatre Cocos et Mare La Chaux. N?oublions pas non plus leur fameux puits sur cette route. Il ne résout pourtant pas une énigme historique demeurée sans réponse : pour quelle raison les habitants de ces villages et des environs affectionnaient, jadis, les prénoms à résonance hollandaise tels que Engelbert, Solomon, Simonz, Wilhelmine, Sigisbert, Wilhems, Adriaan, Bernhard, Pieter, Juliana, Jan, Jacob, Maximilian.
La période française ne connaît pas mieux le Centre de Flacq puisqu?elle installe des défenses côtières à Poste de Flacq, au Poste à Fayette (aujourd?hui Lafayette), au Camp de Mascle (aujourd?hui Masque), s?installe aux Trois Ilots (Cerfs, Mangénie et le Chat ou encore les méandres de la rivière Profonde ou Deep River) et érige la première paroisse catholique, en 1773, mais à Saint-Julien (Desroches).
Au début de la colonisation anglaise, autrement dit au début du XIXe siècle, des villages comme Mare la Chaux, les Quatre-Cocos (le Floréal de l?époque) sont autrement mieux cotés que Centre de Flacq qui n?apparaît toujours pas sur certaines cartes. L?abbé Hypolite Déroullede, le Père Laval de Flacq, ne laisse d?ailleurs pas de traces au centre de ce district. Il se trouve cependant que les sentiers d?abord et puis les routes reliant les plus anciennes localités de l?Est s?y croisent. C?est de là que partent véritablement les routes menant au Port Louis, au quartier de Moka/Réduit et même au Grand Port (non pas par la côte) mais par le Mont Camisard, à hauteur de Belle Rive. Nombreuses sont les usines sucrières à s?implanter autour de ce carrefour qui est aussi abondamment arrosé par plusieurs rivières (Céré, du Poste, Françoise). Elles sont Argy, Riche Mare, La Gaieté, Constance Manès, Bonne Mère, Rivière Céré, Virginie, Belle Vue Allendy, Constance, Belle Vue Lanougarède et d?autres encore pour peu qu?on s?éloigne du carrefour. Celui-ci devient de plus en plus attirant au fur et à mesure qu?il devient chaque jour davantage commercial.
Nouveau coup de pouce de l?Histoire ou plus prosaïquement de la planification ferroviaire : le chemin de fer (la Ligne du Nord) passe, à partir de 1864, à proximité du Centre de Flacq, s?arrêtant, en venant du Port Louis, d?abord à mi-chemin sur la route du Poste de Flacq et ensuite à Argy avant de gagner le terminus de GRSE.
Les commerçants ne tardent pas à lorgner ce carrefour si bien fréquenté par les habitants des localités des environs. Un commerce appelle un autre. La foire maraîchère du dimanche matin finit par devenir un incontournable rendez-vous hebdomadaire. Nul commerce, cependant, avant notre ère de supermarchés et de complexes commerciaux, ne peut rivaliser avec le prestigieux Magasin Saint-Jean de la famille Chan Lam. Qui ne connaît pas sa vaste salle marchande que rehaussent de belles vitrines de bois verni, ne peut savoir ce qu?a pu être le prestige de ce lieu de commerce, au c?ur du Centre de Flacq comme de tout le district de Flacq. Dans les années 1960, un dicton affirmait que ce qu?on n?obtenait nulle part dans tout le district de Flacq, s?y trouvait à coup sûr au Magasin Saint-Jean.
Autre coup de pouce de l?administration coloniale : elle érige au Centre de Flacq la plus belle magistrature de l?île, surpassant et de loin en élégance architecturale les bâtisses coloniales ne manquant pourtant pas d?allure et servant de cour de justice à Moka et à Mahébourg. Noël Koowaree affirme que jusqu?en 1873 elle n?est pourtant qu?un banal bâtiment en tôle. Le gouverneur Arthur Gordon décide de le reconstruire en pierres et toits de bardeaux, en s?inspirant de son manoir familial à Aberdeen, en Ecosse. Elle continue à faire la fierté de la localité comme de l?ensemble du district. Et ce ne sont pas les touristes qui la photographient sous toutes les coutures qui nous contrediront sur ce point.
Il y a de tout, disait-on au Magasin Saint-Jean, mais on ne peut pas dire autant de Centre de Flacq car ses habitants catholiques doivent se rendre, chaque dimanche, à Saint Julien, à Bel Air Rivière Sèche ou au Poste de Flacq pour remplir leur devoir dominical. «Ça ne peut plus se continuer», comme l?a si bien dit un célèbre Flacquois de naissance. Dès 1890, des notables demandent à l?évêque du Port Louis, Mgr Léon Meurin, de doter leur Centre de Flacq d?une église. Cette requête fera l?objet de nos réminiscences de demain.
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