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Noyé en faisant l?école buissonnière

5 mars 2005, 20:00

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«Enn finn ale, enn finn vini? », glisse Isaac Lamarmite entre deux phrases. L?ambulancier est un homme meurtri. Et pour cause, il a perdu son cadet à la veille de la naissance de son quatrième enfant.

Tôt le matin du 24 février, Anthony, 16 ans, a quitté Case-Noyale pour le collège Keats. Mais il n?est jamais allé en classe. Vers 8 heures, dès qu?il est arrivé à Chemin-Grenier, il a fait une partie de foot avec des copains avant qu?il ne se décide, avec quelques-uns, à faire l?école buissonnière.

Porté disparu au début de la soirée, son corps n?a été retrouvé que deux jours plus tard, flottant dans le Bassin Antoine qui se trouve dans les champs de cannes du village.

« C?est impensable qu?il n?y ait aucun contrôle devant le collège? Comment se fait-il qu?un élève puisse aller et venir à sa guise ? C?est lorsqu?on s?est présenté au bureau du responsable qu?ils ont commencé à vérifier le registre de présence. Il faut prévenir les parents de toute absence inexpliquée », s?insurge son parrain, Philippe Quint.

Une enquête menée par les brigades criminelles de Bambous et de Chemin Grenier auprès de sa petite amie et de ses camarades de classe les mène alors vers un sentier à Camp-Lilas, derrière le supermarché Winner?s.

Des habitants confirment avoir aperçu le garçon qui se dirigeait vers l?un des affluents de la Rivière-des- Galets. Mais les enquêteurs ont des difficultés à recueillir des renseignements précis auprès des jeunes qui ont accompagné Anthony ce jour-là.

Une battue menée dans les environs ne donne rien. Et ce n?est qu?à la mi-journée, samedi dernier, que ses effets personnels sont retrouvés aux abords du point d?eau très difficile d?accès.

Des zones d?ombre

Son corps en phase de décomposition est alors récupéré par des plongeurs du Groupe d?intervention de la police mauricienne (GIPM). L?autopsie du Dr Amah Charrya Gujjalu révèle qu?Anthony a dû se cogner la tête contre une pierre en plongeant, et qu?il s?est noyé.

C?est du moins la thèse que privilégient les limiers qui ont travaillé sur cette affaire. Ce qui expliquerait pourquoi ses amis n?ont pas si-gnalé le drame, par crainte de la police et de leurs parents. Ils ont dû prendre peur lors-qu?Anthony a disparu sous l?eau.

Le père et le parrain d?Anthony ont toutefois des doutes en ce qui concerne cette théorie. Ils sont encore abasourdis par cette disparition brutale. Bien qu?il habite à quelques mètres du littoral, Anthony n?est pas un bon nageur. Ils ne pensent donc pas qu?il se serait jeté dans un bassin réputé pour être profond et qui, de surcroît, a fait des victimes dans le passé.

Pour eux, il subsiste encore des zones d?ombre dans la mort d?An-thony. Ce dernier était un excellent élève qui avait de bonnes notes, et ce n?était pas son genre de sécher les cours.

De plus, il n?avait rien du fils rebelle en perpétuel conflit avec sa famille. Pendant les vacances, il travaillait à l?hôtel Le Paradis pour gagner un peu d?argent et s?acheter des manuels scolaires.

« Comment ça se fait que la police ne l?ait pas retrouvé lors des premières recherches ? », s?interroge Philippe.

Ils n?arrivent pas non plus à expliquer la disparition de son portable, un Siemens M50, de couleur rouge et noir. Son sac, ses affaires de classe, ses vêtements ont tous été retrouvés, mais pas de trace du téléphone que lui avait offert une tante qui habite en Allemagne.

« J?ai appelé sur son numéro, le 724.41.71, à plusieurs reprises. Ça sonne, j?entends la voix de quelqu?un avant qu?il ne raccroche. Je dois entamer des démarches auprès de l?opérateur pour savoir qui est en possession de ce portable », explique Isaac.

Un garçon plein d?avenir

Le père est également très remonté contre la police.

Il n?apprécie guère qu?elle ait fait appel à un enseignant pour identifier le cadavre de son fils. « Un policier m?a dit qu?ils ont estimé que j?allais être éprou-vé par la vision de son corps. Mais je suis ambulancier, et je suis donc habitué à ce genre de choses. »

Isaac est dans le flou, et il n?arrive pas à comprendre « pourquoi la police ne me donne pas des détails sur les circonstances exactes de la mort de mon fils ». Il s?étonne également que « deux des amis censés être avec Anthony lors de son escapade n?aient pas encore été interrogés? »

Patricia, la mère, est prostrée. Le jour de la disparition d?Anthony, le conseil de district de Rivière-Noire lui a fait parvenir une médaille pour sa participation à une épreuve de boxe. Des trophées sont là pour lui rappeler que son fils était un garçon plein d?avenir.

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