Publicité
?Nous avons la compétence?
● Qu?est-ce qui vous pousse à être sur tous les fronts pour que la Rodrigues Education Company (REDCO) ne tombe pas sous le contrôle du gouvernement central ?
J?ai été toujours engagé pour défendre la cause rodriguaise sur le plan social bien avant mon engagement dans la politique, ce qui était une parenthèse. Après la politique, j?ai cessé momentanément mes activités sociales. Je suis membre de l?Association parents-d?élèves de l?école de Mont-Lubin que fréquente mon fils. J?ai été élu président de l?association et le gouvernement régional m?a demandé notre point de vue sur l?éducation secondaire à Rodrigues. D?où l?idée de nous regrouper autour d?une fédération pour parler d?une seule voix sur les problèmes éducatifs à Rodrigues. Le transfert des enseignants en janvier dans les collèges REDCO est une démarche qui a poussé les élèves à faire la grève. Nous avons cru utile de prendre les devants pour alerter les membres siégeant sur le board de REDCO à Maurice et pour trouver ensemble des solutions à travers le dialogue. Lors des discussions avec les membres du board, nous leur avons fait comprendre que les problèmes auxquels REDCO fait face sont dus au fait que la compagnie était dirigée à partir de Maurice et qu?il serait bon de trouver des Rodriguais pour siéger sur cette instance pour traiter les transferts et prendre les décisions par rapport à la réalité de Rodrigues. C?est ainsi que mon combat pour que REDCO devienne une institution rodriguaise a commencé. Nous avons également écrit à l?ancien Premier ministre et l?ancien ministre de l?Education Steeve Obeegadoo pour que le Board de REDCO soit basé à Rodrigues. La demande avait pris du temps et ce n?est qu?en juin que l?ancien gouvernement a transféré la majorité des actions de cette institution à l?Assemblée régionale.
● Dharam Ghokool, le ministre de l?Education a déclaré au parlement que le gouvernement a décidé de reprendre le contrôle de REDCO pour s?assurer que Rodrigues participe dans la quête d?une éducation de qualité et de niveau mondial à travers une bonne planification. Il explique que c?est pour sauvegarder l?intérêt des enseignants mauriciens qui craignent que leur emploi soit terminé de manière brutale. Il y aurait un manque d?expérience et d?expertise à Rodrigues pour la bonne gestion de l?éducation secondaire. Votre réaction ?
C?est la plus grande insulte à l?intelligence des Rodriguais que le ministre de l?Education ait dit au parlement que nous n?avons pas l?expertise, le potentiel et la compétence pour gérer nos écoles. Les collèges à Rodrigues ont toujours été gérés par les Rodriguais. Rodrigues College est géré depuis des années par des Rodriguais. Un exemple pour prouver que les Rodriguais ont la capacité de le faire. Mais cela ne veut pas dire que nous n?avons pas à apprendre de l?autre. ?Nou pas capave declare mari.? Il faut qu?on s?enrichisse à partir d?autres expériences. Je me pose la question suivante. Qui est celui qui va nous dire et sur quels critères il va se baser pour juger quand nous serons capables de gérer nos institutions ? C?est aberrant de dire que nous n?avons pas la capacité. Si nous nous basons sur ce raisonnement pourquoi donc Maurice a donné son autonomie à Rodrigues pour gérer l?île. Je trouve que si nous avons la capacité de gérer une île, pourquoi pas pour une école. Je suis très surpris d?entendre le ministre parler de crainte de perte d?emploi exprimée par les enseignants mauriciens chez nous. Il se base sur quoi pour dire cela ? Je ne suis pas content du tout de cette déclaration. Notre combat n?est ni contre les enseignants mauriciens ou rodriguais. Ils apportent, au même titre que les enseignants rodriguais, leur contribution d?une manière très significative dans le domaine de l?éducation.
?Un mauvais signal?
Il n?y a aucune raison de mettre à la porte les enseignants mauriciens. Il faut une instance pour veiller à ce que les enseignants rodriguais et mauriciens fassent leur travail convenablement. Le cas d?échéant, il faut prendre des sanctions dans l?intérêt des enfants. Il faut traiter tous les enseignants sur le même pied d?égalité. Je ne suis pas d?accord pour qu?on fasse une ségrégation des enseignants à Rodrigues. Je vais m?y opposer avec toutes mes forces. Le langage du ministre pourrait faire beaucoup de mal aux relations Rodrigues-Maurice. C?est très dangereux. Cette tendance pourrait créer une ambiance malsaine à Maurice et à Rodrigues. J?ai comme l?impression que le ministre veut protéger l?intérêt des enseignants mauriciens coûte que coûte. Maurice étant une république, je crois qu?il est dans notre intérêt de nous aider mutuellement pour faire progresser nos deux îles
● Que feriez-vous, si vous appreniez que les procédures légales sont en cours pour la reprise de la gestion de REDCO?
Je ne peux vous dire pour le moment ce que fera la fédération. Elle souhaite rencontrer le Premier ministre et le ministre de l?Education pour dialoguer de manière civilisée sur cette question vitale qu?est l?éducation. Concernant les dispositions qui seront prises par le Parquet, je ne suis pas légiste et je ne peux prendre le risque d?interpréter la loi. Selon la loi de l?autonomie, la gestion de l?éducation secondaire se trouve entre les mains de l?Administration régionale. Je ne sais sur quoi le Parquet va se baser pour dire que l?administration de l?éducation secondaire à Rodrigues doit être obligatoirement confiée au gouvernement central. Si on va dans cette direction, c?est une remise en cause totale du concept de l?autonomie. Ce sera à mon avis un très mauvais signal pour Maurice, pour Rodrigues et pour la région.
● Vous aurez recours aux instances judiciaires ?
Il est trop tôt pour répondre. Nous suivons la situation de près et nous sommes très attentifs. Je ne comprends pas la façon dont les décisions sont prises en ce moment. J?ai eu la possibilité de travailler avec le Dr Navin Ramgoolam en tant que ministre. Je me rappelle que lorsque des décisions devaient être prises dans certains cas, le Premier ministre Ramgoolam avait montré un grand esprit d?ouverture à l?égard de Rodrigues. Un exemple, la décision pour la gestion de l?aéroport de Rodrigues, en créant Airport Of Rodrigues. J?avais émis l?idée pour la création de cette instance qui a été acceptée par le Dr Ramgoolam. L?APR fonctionne de manière autonome avec une entité propre actuellement. C?est la preuve qu?il nous a fait confiance en nous donnant la chance d?assurer notre propre développement. Autre exemple, c?était le débat avant la décision pour le Rodrigues Island Council (RIC). Lorsque j?étais ministre, on me demandait qui allait gérer le RIC. Le ministère de Rodrigues ou celui des Administrations régionales ? Finalement, cette instance est tombée sous l?administration du ministère de Rodrigues. C?est dire à quel point le Premier ministre accordait tout son soutien au développement de Rodrigues. Quelques années plus tard, il fait marche arrière et prend des décisions qui ne cadrent pas avec l?esprit de l?autonomie.
● Qu?avez-vous fait pour atteindre votre but dans ce combat pour garder REDCO ?
Nous avons envoyé deux lettres, une au Premier ministre et une autre au ministre de l?Education le 7 octobre dans lesquelles nous leur avons indiqué notre position sur cette question. Lors d?une réunion entre les membres la semaine dernière, nous avons décidé de demander une nouvelle fois une réponse claire et nette sur la question. On aurait dû avoir eu une réponse pour les deux premières lettres que nous avons envoyées. C?est le moindre geste de respect qu?on nous doit. Nous aurons rencontré le 13 novembre toutes les organisations non gouvernementales et des représentants de la société civile. Je crois beaucoup dans la démocratie participative car cette affaire de REDCO concerne toute la population rodriguaise. Je dois d?abord m?assurer que tout le monde sera au courant des décisions prises autour du REDCO. Nous voulons une bonne réflexion avant de décider de la marche à suivre.
● <B>Il y a une certaine crainte exprimée par quelques Rodriguais à savoir que si REDCO passait sous le contrôle du gouvernement régional, il pourrait y avoir une ingérence politique et qu?elle soit utilisée comme une arme politique ?
Je ne répondrai pas à la place des autres. Si jamais le REDCO devenait une institution rodriguaise, nous allons veiller, en tant que membres de l?association parents d?élèves, qu?il n?y ait pas d?ingérence politique.
● Vous en donnez la garantie?
Je ne peux donner aucune garantie mais si nous avons des preuves concrètes de cas de victimisation ou d?ingérence politique, nous allons agir. De toute façon, ce n?est pas notre rôle de nous ingérer dans la gestion quotidienne de REDCO. Nous allons aussi faire très attention pour ne pas tomber dans le piège parce qu?il est trop facile parfois de dire que nous sommes victimisés.
?Il n?y a pas eu de dialogue?
● Sentez-vous que l?autonomie de Rodrigues est menacée ?
Les décisions prises ces derniers temps par le PM vont à l?encontre de l?esprit de l?autonomie. Je ne sais pas si le Premier ministre mesure la portée de ces décisions et de ce qui se passe actuellement.
● Qu?est-ce qui explique selon vous ce changement d?attitude du Premier ministre quelques années après ?
Je ne peux l?expliquer. Mais cela m?attriste.
● Quelle est votre opinion sur la décision qui a été prise par le Cabinet d?allouer des bourses aux élèves, issus de parents mauriciens travaillant depuis plusieurs années dans l?île ?
Nous n?en avons pas encore étudié toutes les implications. Je déplore toutefois que cette décision ait été prise tout juste quelques semaines après les démarches enclenchées pour la reprise de contrôle de REDCO par le gouvernement central. Deux décisions très rapprochées au même ministère qui ne tiennent pas en ligne de compte ni l?aspiration ni l?opinion des Rodriguais. Il n?y a pas eu de dialogue. Je suis très perplexe. Ce qui donne l?impression que les Rodriguais ne sont pas pris au sérieux.
Est-ce qu?il y a un froid entre le gouvernement central et le conseil exécutif ?
D?après ce que j?ai lu dans les journaux, je sens que les relations ne sont pas au beau fixe. C?est dommage pour la République de Maurice. Il y a des contradictions dans les déclarations faites sur REDCO par le PM au chef commissaire Serge Clair et la déclaration du ministre de l?Education au Parlement. Je reste perplexe. Existe-t-il une mauvaise communication entre le gouvernement central et le conseil exécutif ou une mauvaise communication entre le PM et le ministre de l?Education. Quelque part, il y a une mauvaise communication. En tant que citoyens, il est bon que nous sachions toute la vérité et que des moyens soient trouvés pour mettre fin à cette situation conflictuelle.
Le ministre Ghokool justifie la reprise de contrôle de REDCO en soutenant qu?elle est financée par les fonds de la Private Secondary School Authority (PSSA). Votre avis ?
Le ministre ne nous apprend rien. On le sait déjà, et ce qui est aussi applicable pour tous les autres secteurs ou le gouvernement central investit des milliards chaque année.
Vous faites également partie de l?Association des gîtes et des tables d?hôte, quelle est la raison derrière cette baisse d?arrivées ?
J?attribue cette baisse a un manque de promotion touristique dans l?île. Nous avons terriblement souffert de l?absence d?une campagne agressive de la part des responsables de la Mauritius Tourism Promotion Agency (MTPA). Après l?autonomie, cet organisme s?est presque désengagé de son devoir de promouvoir Rodrigues comme une destination touristique. Je suis satisfait de voir que depuis peu, les choses commencent à bouger dans la bonne direction. Les choses passent bien quand il y a une bonne entente entre les différents secteurs concernés. Je citerai comme exemple, le Festival rodriguais tout récemment au Caudan. C?était l?occasion pour les Rodriguais d?exposer tous les produits pour une opération de charme pour faire découvrir aux Mauriciens la cuisine, la culture, les traditions, la musique et tout ce qui est susceptible de promouvoir Rodrigues.
Si vous aviez à faire un bilan après trois ans d?autonomie, quel serait votre constat ?
Je dirais que n?avons pas échoué dans notre tâche. Personnellement, je suis fier que Rodrigues ait eu son Assemblée régionale. Un espace où nous pouvons discuter, débattre de manière démocratique.
Votre plus grande déception ?
De constater que certaine mentalité n?a pas changé à l?endroit des Rodriguais, malgré l?autonomie.
● Par exemple ?
La décision de reprendre le contrôle de REDCO sans tenir en compte de nos aspirations. Devant une telle attitude, j?ai le sentiment qu?on ne nous prend pas au sérieux.
● Quels sont les grands défis qui sont devant vous ?
L?île Rodrigues étant petite, il faut absolument que nous arrivions à cibler certains produits tels que les piments confits ot le miel pour en exporter vers Maurice, La Réunion et dans d?autres pays de l?océan Indien. Pour réaliser ce projet, il faut impérativement obtenir l?aide du secteur privé pour faire activer les choses dans la bonne direction sans trop de contraintes administratives. Le rôle du gouvernement est de faciliter et rendre plus souple les démarches. Il faut des corps para-étatiques pour faciliter les choses. Il faut faciliter la tâche de ceux qui veulent lancer une affaire en rendant plus flexible la loi. Il faut accélérer les transferts de baux, bien sûr, tout en faisant respecter la loi pour ceux qui veulent faire du développement et lancer des projets.
● Comptez-vous retourner sur la scène politique ?
Je suis heureux là où je suis aujourd?hui. Après avoir travaillé durant deux mandats, j?ai le sentiment d?avoir accompli ma mission. J?ai été toujours plus apte à faire du social que de la politique. ?Mo pas enn roder bout.?
● Vous n?allez tout de même nous dire que vous n?ambitionnez pas de devenir Chef commissaire? vous êtes jeune ?
Je n?ai pas de grandes ambitions politiques. Je peux vous dire que je ne serai pas candidat pour les élections régionales de 2007. Donc, je réponds de ce que je ferai dans l?immédiat. Si jamais je retourne à la politique, je le ferai par devoir. Je précise: Si.
● Vous êtes consul honoraire de la France, votre prise de position concernant certains sujets tels que REDCO ne vous pose pas de problème avec l?ambassade de France.
Il est vrai que je défends l?intérêt et facilite la tâche des Français à Rodrigues mais cela ne veut pas dire que je n?ai pas à défendre les droits de mes frères et de mes s?urs Rodriguais quand le besoin se fait sentir. ?Mo pa kroir ki akoz sa mo bisin vin enn poupet sifon.? S?il arrive que l?ambassade de France trouve que ma prise de position n?est pas compatible avec sa ligne politique et si elle décide de me le faire savoir, je dois certainement faire un choix. Mon choix, c?est mon pays.
Propos recueillis par
Jocelyn ROSE et Patrick ST PIERRE
Publicité
Publicité
Les plus récents