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Nouakchott et Madrid coopèrent pour endiguer le flot d?immigrés
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Nouakchott et Madrid coopèrent pour endiguer le flot d?immigrés
par Nick TATTERSALL
La Mauritanie et l?Espagne ont convenu de renforcer leurs contrôles aux frontières pour tenter d?empêcher le passage des milliers de Subsahariens déterminés à gagner coûte que coûte l?Eldorado européen.
La Mauritanie, qui est devenue ces derniers mois le point de départ d?une nouvelle voie d?immigration vers le Vieux continent, a demandé l?aide de la communauté internationale pour endiguer de flot de clandestins qui embarquent à partir de ses côtes.
Chaque nuit, de nombreux jeunes Africains s?entassent sur des embarcations de fortune et quittent les rivages mauritaniens pour tenter de rallier l?archipel espagnol des Canaries, souvent au péril de leur vie.
Jeudi soir, une délégation de haut rang du gouvernement espagnol a rencontré des responsables de l?armée mauritanienne pour évoquer la façon de régler une crise qui, d?après les estimations de la Croix-Rouge espagnole, a fait un millier de morts depuis le début de l?année.
«Nous avons convenu d?une série de mesures spécifiques comprenant notamment une contribution de la communauté internationale», a déclaré aux journalistes le secrétaire d?Etat aux Affaires étrangères, Bernardino Leon, à l?issue de la réunion.
«La chose la plus importante est d?éviter de nouvelles pertes en vie humaine et d?oeuvrer pour améliorer les conditions dans les pays de départ».
La «Forteresse Europe»
Yahya Ould Cheikh Mohamed Vall, gouverneur de Nouadhibou, port et capitale économique de ce pays semi-désertique, a déclaré à ses hôtes espagnols avoir besoin d?une aide immédiate de 60 millions d?ouguiya (230 000 dollars) par mois.
Selon lui, cet argent est nécessaire pour renforcer les contrôles aux frontières, construire un centre de rétention pour clandestins et lutter contre les rabatteurs, passeurs et autres intermédiaires qui organisent ce trafic humain.
«Nous n?arrivons pas à faire face à cette pression croissante, nous avons besoin d?aide», avait auparavant expliqué le Premier ministre mauritanien, Sidi Mohamed Ould Boubacar, dans les colonnes du quotidien espagnol El Pais.
«Nous allons mettre en place un système de contrôle coordonné par l?Union européenne, l?Espagne et la Mauritanie», a déclaré Bernardino Leon, accompagné de son collègue chargé de la Sécurité, Antonio Camacho.
«Il s?agit d?un phénomène qui submerge la Mauritanie et l?Espagne», a-t-il ajouté.
Plus de 900 clandestins ont réussi à rejoindre les Canaries depuis samedi et selon les estimations de la Croix-Rouge, plus d?un millier d?immigrants africains sont morts depuis le début de l?année en tentant de pénétrer dans «la forteresse Europe».
D?après le gouverneur de Nouadhibou, un millier de Subsahariens affluent chaque mois dans sa ville en vue de passer en Espagne via l?archipel des Canaries.
L?Espagne a annoncé mercredi une série de mesures pour tenter de contenir l?arrivée de nouveaux immigrants, en renforçant notamment la surveillance en mer et en apportant son aide aux forces de sécurité mauritaniennes.
Demain le sénégal ou le cap vert ?
Des vedettes espagnoles seront ainsi dépêchées en appui à l?action de la gendarmerie maritime mauritanienne, bien démunie en équipements et en hommes pour surveiller efficacement le littoral atlantique.
Chaque jour, des dizaines de nouveaux clandestins, pour la plupart des jeunes gens venus du Mali enclavé et du Sénégal, sont arrêtés par la police et la gendarmerie mauritaniennes, généralement après avoir été refoulés sur la côte après s?être égarés en mer ou faute de vivres.
Il faut débourser en moyenne 150 000 ouguiyas, fournis le plus souvent par la famille ou le village d?origine des migrants, pour obtenir une place sur une pirogue en bois ou en fibre de verre.
«Nous voulons simplement du travail, du travail», hurlait jeudi un jeune homme allongé à même le sol d?un commissariat de police de Nouadhibou au moment du passage très bref de la délégation espagnole.
«Je voudrais écrire (au roi d?Espagne) Juan Carlos mais je n?ai pas son adresse», a lancé Malik, un jeune Sénégalais, dans un espagnol impeccable, en tendant au ministre espagnol une demande de visa griffonnée sur une page arrachée d?une revue.
Comme ses compatriotes, Malik souhaite être rapatrié le plus rapidement possible pour pouvoir réunir à nouveau l?argent qui lui permettra de tenter une nouvelle fois de passer en Europe.
La Mauritanie est devenue ces derniers temps le nouveau pays de transit des Subsahariens depuis que le Maroc, plus au Nord, a considérablement renforcé ses frontières à la fin 2005 en réponse aux pressions de l?Union européenne.
«La même chose risque de se produire si les contrôles aux abords de Nouadhibou se renforcent trop», prédit le père Jerôme Otitoyomi Dukiya, un prêtre nigérian qui s?occupe des clandestins dans la capitale économique mauritanienne.
«S?ils bouclent Nouadhibou, ce sera au tour du Sénégal ou des îles du Cap Vert d?attirer les clandestins. Les distances rallongeront, ce qui veut dire qu?un plus grand nombre de candidats à l?émigration périront en mer».
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