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Notre victoire commune et ses leçons
par Olga IVANOVA, ambassadeur de la Fédération de Russie à Maurice
Dans le calendrier des dates commémoratives de la Russie, le 9 mai occupe une place à part. La seule mention du Jour de la Victoire fait involontairement se serrer le c?ur de chaque Russe. A peine trouvera-t-on, même maintenant ? 60 ans après ?, une famille dans le pays, que le feu de la guerre n?ait pas brûlée. Les dures épreuves que les peuples de l?Union Soviétique ont dû subir, ont montré la grandeur de l?esprit humain, fait preuve de plusieurs exemples d?héroïsme, d?exploits individuels et de vrai patriotisme. C?est pourquoi cette guerre est entrée dans l?histoire de notre pays comme la Grande guerre patriotique.
Cette année, la célébration de l?anniversaire de la Victoire a une profonde portée symbolique tant pour l?Etat entier que pour ses citoyens. Comme jamais dans l?histoire, en ces dramatiques années de guerre, le destin du grand pays et de ses gens se sont trouvés entrelacés. Pour beaucoup, surtout pour les anciens combattants, cette fête est très personnelle, mais les anciens combattants, malheureusement, nous quittent. Reste la mémoire. La mémoire éternelle de ceux qui sont tombés, en défendant leur Patrie contre la peste du XXe siècle, qui sont morts des suites des blessures, en prison, en captivité, dans le blocus.
La Seconde Guerre mondiale a été un vrai événement crucial. Ce n?était pas qu?un combat global, dont l?échelle a dépassé tous les conflits armés précédents dans l?histoire mondiale. Dans cette guerre, ne se sont pas simplement affrontés différents intérêts des Etats, et pas tellement les idéologies différentes, mais les approches diamétralement opposées, inconciliables aux bases mêmes de l?existence de l?humanité. Pour la première fois dans l?histoire, la mise dans cette lutte était la survie des peuples entiers. Les chambres à gaz et les fours crématoires d?Auschwitz, de Buchenwald, de Salaspils, ont montré ce que portait le fascisme, quel avenir préparait au monde son soi-disant ?nouvel ordre?. Et ceux qui, aujourd?hui, dans certains pays, mettent en doute la portée de la Victoire et le rôle de notre pays là-dedans, oublient que sans elle, ces pays auraient pu être rayés de la carte.
Comme l?écrivait le premier ministre de la Grande Bretagne, W.Churchill : ?C?est bien l?armée russe qui a éventré la machine militaire allemande.? De nos jours déjà, le president des Etats-Unis G.Bush lui fait écho, en disant, lors de la célébration du soixantenaire du débarquement des alliés en Normandie : ?Sans la Russie, rien de cela n?aurait existé.?
Le bilan principal de la guerre n?est pas la simple victoire d?une coalition d?Etats sur une autre. Au fond, c?est la victoire des forces créatrices et civilisatrices sur les forces de barbarie et de destruction, c?est la victoire de la vie sur la mort.
La guerre est devenue une énorme tragédie pour les peuples de l?Europe et du monde, indépendamment du côté, dont combattaient leurs Etats. Ses conséquences n?ont épargné aucune famille, aucun sort humain. En évaluant les résultats de la guerre, il ne faut pas déplacer les repères moraux. En intervenant le 27 janvier dernier à Auschwitz, V.V. Poutine, président de la Russie, a qualifié de profondément amorales les tentatives de réécrire l?histoire de la guerre, de mettre sur le même pied les victimes et les bourreaux, les libérateurs et les occupants.
Notre diplomatie a fait son chemin de la victoire ensemble avec tout le peuple. La création de la coalition anti-hitlérienne peut être qualifiée de droit de la plus importante percée diplomatique de son temps. La coalition est devenue un exemple de la cohésion des états de diverses idéologies et systèmes politique face à la mortelle menace commune. Les adversaires du fascisme étaient réunis par la compréhension commune du besoin de s?opposer au mal, sans ménager les forces, sans admettre aucun compromis, cession ou accord séparé. Cette leçon est pleinement d?actualité de nos jours.
L?expérience de la fraternité d?armes internationale pendant les années de guerre prend une importance particulière dans les conditions, où l?humanité affronte de nouveau un défi global, cette fois de la part du terrorisme international, qui est aussi dangereux et perfide que le fascisme. Comme le fascisme, le terrorisme n?a rien à proposer au monde, sauf la violence et le mépris de la vie humaine, l?empressement de fouler aux pieds toutes les normes les plus élémentaires de la morale humaine pour obtenir ses objectifs maniacaux.
Notre devoir envers ceux qui ont payé de leur sang la sauvegarde de l?humanité face au fascisme est, avant tout, de dresser une barrière fiable sur la voie de la prolifération des idées d?intolérance, de suprématie raciale, nationale ou religieuse, qui cachent les prétentions à la dominance mondiale, alimentant de nouvelles menaces. La cohésion des pays de la coalition antiterroriste, le développement harmonieux des relations entre différentes nationalités et confessions, la tolérance et le respect réciproque, le maintien de la diversité culturelle, un dialogue ouvert, constructif des civilisations ? telles sont les conditions principales de la victoire sur les forces de la haine, du séparatisme et de l?extrémisme.
Non moins actuelles sont les leçons de la Seconde Guerre mondiale du point de vue de l?édification de l?ordre mondial d?après-guerre. Les résultats de la guerre ont profondément influé sur le développement des relations internationales. Même aujourd?hui, 60 ans après, où le monde a changé à en devenir méconnaissable, les éléments de l?ordre d?après-guerre de l?Europe et du monde entier gardent leur immense importance pour la cause de la garantie de la paix et de la sécurité sur notre planète.
L?aspiration à délivrer à jamais l?humanité des malheurs de la guerre a inspiré les pays de la coalition anti-hitlérienne à la création d?un mécanisme global de la garantie de la paix et de la sécurité internationales ? l?Organisation des Nations unies (Onu). Les Statuts de l?Onu sont devenus la base universellement reconnue du droit international contemporain, la charte de conduite fondamentale des Etats et des organisations internationales. Leurs principes et normes, éprouvés par ?la guerre froide?, constituent aujourd?hui la base sans alternative de la formation d?un nouvel ordre mondial sûr et juste de l?époque de la mondialisation.
Le soixantenaire de la victoire ne devra pas devenir une raison de la confrontation, servir le règlement des vieux comptes et des affronts réciproques. Il est symbolique que l?Onu ait proclamé les 8 et le 9 mai les Jours de la commémoration et de la réconciliation. Dans cette clé, se tiennent les manifestations de fête à Moscou. Il est important que cette fête contribue à l?union de tous les pays et peuples, serve le renforcement de notre solidarité face aux défis globaux du XXIe siècle.
C?est pourquoi l?anniversaire de la victoire constitue, avant tout, l?hommage et la plus profonde reconnaissance à ceux qui ont défendu l?indépendance de notre Patrie et apporté la libération tant attendue aux peuples de l?Europe, dont le fascisme a fait les esclaves. Pour tous les gens honnêtes, la Fête de la Victoire restera un jour lumineux et sacré.
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